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| Docteur, j’ai 243 produits chimiques dans mon sang… |
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| 08 décembre 2008 | |
Claude Viau est membre du Comité consultatif d’experts de l’Enquête canadienne sur les mesures de santé de Statistique CanadaSur Google, le terme «toxicologie humaine» renvoie à 170 000 occurrences. Phtalates présents dans les jouets, solvants causant l’infertilité chez l’homme, bactéries dans l’eau potable, exposition des enfants de garderie aux hydrocarbures aromatiques polycycliques, lien entre organochlorés et cancer du sein… Les problèmes associés aux produits toxiques font la manchette et l’objet de diverses publications. ![]() «Les risques liés aux contaminants découlant des activités industrielles et environnementales sont devenus un véritable problème de société», mentionne le professeur Claude Viau. Il rappelle toutefois qu’une substance mesurée dans un organisme ne signifie pas nécessairement que sa présence représente une menace pour la santé. «C’est la dose qui fait le poison», dit-il. Titulaire de la Chaire d’analyse et de gestion des risques toxicologiques et membre du Groupe de recherche en toxicologie humaine, M. Viau est un spécialiste reconnu de la surveillance biologique. À la veille de son départ pour la France, où il se rendait pour participer à une rencontre du Comité d’experts spécialisés sur les valeurs limites d’exposition professionnelle, il a discuté avec Forum de cet outil de mesure des expositions aux polluants conçu par Kannan Krishnan. Ce que le professeur Viau appelle «surveillance biologique», c’est le recours à des indicateurs biologiques (sang, urine, etc.) dénommés «biomarqueurs» pour mesurer directement chez l’humain les expositions environnementales afin de prévenir les maladies qu’elles pourraient provoquer. «Les progrès impressionnants réalisés dans le domaine de l’analyse chimique de traces de substances potentiellement toxiques dans les milieux biologiques ont favorisé un plus grand usage de cet outil, souligne-t-il. Mais l’interprétation des résultats de surveillance biologique n’est pas toujours évidente et doit donc être effectuée par des professionnels du domaine.» Une telle approche, indique le chercheur, a indiscutablement une portée pratique. Les mesures biologiques de l’exposition à diverses substances ont servi à faire avancer plusieurs dossiers, notamment ceux de l’élimination progressive du plomb dans l’essence et le contrôle du tabagisme passif. «Dans d’autres cas toutefois, comme celui de la mesure des éthers de biphényles polybromés, un produit ignifuge, nous devons nous borner à constater que leur concentration augmente dans l’organisme des Nord-Américains sans savoir encore s’il y a là un danger pour la santé.» ![]() Claude Viau C’est en partie afin de jeter des bases scientifiques rigoureuses pour l’interprétation des données de surveillance biologique dans la population que les National Academies des États-Unis ont récemment publié les résultats des travaux d’un comité chargé de se pencher sur cette question. Dans la foulée, Statistique Canada mène présentement une enquête nationale auprès de la population afin de recueillir des mesures (échantillons de sang et d’urine) sur l’exposition aux contaminants environnementaux et sur les habitudes de vie qui ont un lien avec la santé et la maladie. «C’est la première fois que cela se fait au pays à cette échelle, signale M. Viau, qui fait partie du comité consultatif d’experts de l’enquête. Cela va nous permettre de dresser un portrait de l’exposition de la population canadienne à plusieurs polluants de l’environnement.» Puis il ajoute: «Grâce à ces deux études, le médecin sera en meilleure position pour répondre à l’inquiétude de son patient quant aux 243 substances présentes dans son organisme.» D.N.
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