Comment écrire un bon article scientifique?

  • Forum
  • Le 9 avril 2012

  • Marie Lambert-Chan

Dès leur arrivée aux cycles supérieurs, les étudiants apprennent que le succès d'un chercheur se mesure entre autres à sa capacité de publier régulièrement des articles dans des revues scientifiques. «Publier ou périr», affirme le fameux adage.

Les éditeurs reçoivent des centaines de propositions d'articles chaque jour. Comment un étudiant peut-il se détacher du lot? En ayant un bon sujet, mais aussi en suivant la méthode de Linda Pagani. Cette professeure de l'École de psychoéducation de l'Université de Montréal et chercheuse au CHU Sainte-Justine compte de nombreuses publications à son actif dans des périodiques prestigieux sur plusieurs sujets en sciences humaines et en médecine.

Son secret? La planification. «J'écris mes papiers en deux semaines, révèle-t-elle. Les meilleurs sont ceux qui sont rédigés de façon intensive.»

Semaine 1. La lecture

Elle consacre la première semaine à la lecture de tous les articles pouvant aider à sa rédaction. «Ma quête est dirigée par mon objectif de recherche, mentionne Linda Pagani. Je cible les articles les plus solides provenant des meilleures revues dans le domaine qui m'intéresse.»

Elle recommande aux étudiants de se fier aux publications des sociétés savantes représentant leur discipline, comme l'American Medical Association, parce que «ce sont les exemples à suivre et à citer».

La chercheuse limite son exploration aux cinq dernières années. «Mais je peux remonter 10 ans en arrière si je ne trouve rien.» Généralement, elle sélectionne deux recensions d'écrits et plusieurs articles empiriques. «Gardez toujours votre objectif en tête afin de ne pas vous perdre dans des détails», ajoute celle qui travaille depuis peu au campus de l'UdeM à Laval.

Linda Pagani est alors mure pour la rédaction. Avant la fin de la semaine, elle met noir sur blanc son objectif de recherche.

Semaine 2. La rédaction

Lundi: Cette journée est consacrée à la méthodologie. «C'est votre premier brouillon, alors ne cherchez pas à polir votre texte dès le départ, rappelle Mme Pagani. Allez à l'essentiel.» Un truc pour surmonter l'angoisse de la page blanche: «Un paragraphe ne nécessite que trois phrases et une phrase peut ne contenir que cinq mots», signale-t-elle.

Mardi: Rédigez la partie des résultats, tableaux et graphiques compris.

Mercredi: Attaquez-vous à l'introduction. D'abord, le contexte: «Commencez par un paragraphe d'introduction qui situera le lecteur par rapport au phénomène étudié ou aux gens touchés par ce phénomène», suggère-t-elle.

Puis, rapportez ce qui est connu sur le sujet et comment la science en est arrivée à ces conclusions. Poursuivez avec les problèmes rencontrés dans l'état actuel des connaissances. Avec tact, ajoutez ce qui devrait maintenant être étudié ou quelle nouvelle approche devrait être empruntée, avant de dévoiler votre objectif (écrit la semaine précédente!) et vos hypothèses.

Jeudi: Écrivez votre discussion – appelée aussi interprétation, conclusion ou commentaire. «Une erreur fréquente dans cette section est la répétition des résultats, dit Linda Pagani. Débutez plutôt par une phrase-choc, comme celles des communiqués de presse, qui est à la fois vraie et attrayante et qui se concentre sur le lien général unissant vos résultats et le sujet de recherche. Ce petit paragraphe devrait être le seul élément qui ressemble à un communiqué de presse.»

Après, expliquez la signification de chacun des résultats. Si l'espace vous le permet, ajoutez un paragraphe qui résume votre recherche et ce que cette dernière implique pour votre pratique ou les politiques publiques.

Ne reste plus que les limites de votre expérience. «Commencez par une phrase disant que votre recherche comporte des limites et soulignez-en deux», conseille la chercheuse. Formulez à la suite des suggestions en vue de recherches futures.

Vendredi: Listez vos références et polissez votre écriture. «N'échappez aucune coquille. C'est une erreur impardonnable, selon les éditeurs.» Enfin, rédigez la partie la plus importante de votre manuscrit: le résumé. «À cette dernière étape, il vous sera facile de le faire», indique Mme Pagani.

Le style

Toutes les grandes revues ont une section sur leur site Web expliquant leur politique d'écriture. Consultez celle qui vous concerne et appliquez-la en conservant un style concis. Sinon, vous risquez de voir votre papier rejeté dès le premier tour.

«Parlez à la troisième personne du singulier ou à la première personne du pluriel, fait remarquer Linda Pagani. N'écrivez jamais “nos résultats”, car vous ne pouvez prétendre que ces résultats vous appartiennent.»

La lettre de présentation

Mal rédigée, la lettre de présentation peut compromettre votre soumission. «En une page, vous devez convaincre l'éditeur tout en demeurant humble», observe la professeure, qui donne sa recette personnelle.

1er paragraphe: «Je vous soumets cet article portant sur le sujet X et j'espère que vous le considèrerez pour une future publication.»

2e paragraphe: Donnez les grandes lignes de votre article sans répéter le résumé officiel.

3e paragraphe: Liez votre objectif à la mission de la revue.

4e paragraphe: Mentionnez que votre recherche a été approuvée par le comité d'éthique de votre établissement et que votre article est soumis uniquement à cette revue, qu'il ne sera pas envoyé ailleurs tant que l'éditeur ne vous aura pas donné une réponse.

5e paragraphe: Le cas échéant, soulignez que les coauteurs ont approuvé la dernière version de votre article.

6e paragraphe: Remerciez l'éditeur du temps qu'il accordera à votre demande et indiquez que vous êtes disponible pour répondre à toutes ses questions.

(Illustration: Benoît Gougeon)