Futurs architectes en stage au Japon

  • Forum
  • Le 5 décembre 2011

  • Daniel Baril

Le bâtiment NEXT 21, à Osaka, reconnu comme le complexe multifamilial le plus adaptable du monde.(photo: Roger-Bruno Richard)Depuis maintenant six ans, les étudiants à la maitrise de l'École d'architecture de l'Université de Montréal ont la chance unique de pouvoir faire un stage intensif de formation en technologie du bâtiment... au Japon!

 

Pourquoi envoyer nos futurs architectes au Japon? «Parce qu'il s'agit d'un séminaire en industrialisation du bâtiment et que c'est au Japon que cette approche est la plus avancée», répond le professeur Roger-Bruno Richard, responsable de ce séminaire.

L'industrialisation du bâtiment, c'est en fait la fabrication en usine des structures entrant dans la composition d'un immeuble, que ce soit les pièces de la charpente, les cloisons ou le revêtement extérieur.

Selon le professeur, il y a plusieurs avantages liés à ce type de production. «La fabrication en usine assure une protection climatique, permet un meilleur contrôle de la qualité, élimine la poussière et le bruit des chantiers et réduit les déchets de l'ordre de 50 %. C'est plus économique et plus rapide. Une fois que la fondation est faite, certaines maisons peuvent être montées en une journée.»

Bâtiments adaptables

Mais il y a plus. Les Japonais sont passés maitres dans la conception de bâtiments adaptables, ce qui semble être l'une des caractéristiques majeures de leurs constructions préusinées.

Ci-dessus, la chaine de montage de la compagnie Sekisui HEIM, où sont produites chaque année plus de 10 000 maisons toutes différentes les unes des autres. (photo: Sekisui Chemical) «Dans le secteur résidentiel, explique Roger-Bruno Richard, les constructions peuvent être modifiées en fonction des besoins des familles qui changent avec le temps. Certaines maisons sont conçues de façon modulaire, ce qui permet de les transformer en limitant les démolitions au minimum. On peut par exemple agrandir une pièce en déboulonnant une cloison ou même déplacer la cuisine grâce aux conduits qui passent sous un plancher double. On peut aussi changer l'apparence extérieure du bâtiment. C'est du véritable développement durable.»

Contrairement à ce qu'on pourrait croire à partir des maisons préusinées fabriquées ici et qui semblent toutes pareilles, les méthodes japonaises permettent, grâce à cette flexibilité, d'individualiser les constructions au maximum.

Autant de bonnes raisons pour aller voir comment on fait les choses au Japon. Le stage, organisé en collaboration avec l'Université de Tokyo, est d'une durée de 10 jours et s'effectue au moment de la relâche d'octobre. Une dizaine de visites industrielles sont au programme et se font en groupe.

Chaque étudiant doit par la suite approfondir l'une des techniques de fabrication observées sur place et voir comment elle peut être adaptée au Québec en tenant compte de la grosseur de nos familles, de l'espace vital propre à notre culture, de notre climat et de nos matériaux. Ces travaux doivent être présentés sous forme d'affiches pouvant être exposées.

«L'École d'architecture de l'Université de Montréal est la seule au Canada à offrir une telle formation sur les systèmes de fabrication usinés et industrialisés, affirme le professeur Richard. Le séminaire intensif au Japon permet ainsi à nos étudiants d'être mieux préparés pour intervenir dans cette direction avec les manufacturiers québécois et canadiens, voire sur la scène internationale.»

À l'avant-plan, le professeur Roger-Bruno Richard, entouré par des étudiants de son séminaire.Le cout d'un tel stage dépasse les 3000 $ par étudiant. Les 12 participants de cette année ont toutefois pu bénéficier d'une aide financière de la Direction des relations internationales de l'Université de Montréal et de l'Office Québec-Monde pour la jeunesse (ministère des Relations internationales). Cette aide, à laquelle s'ajoute celle de la Délégation générale du Québec à Tokyo, qui assure l'accueil et les services d'un interprète, permet d'abaisser le cout à environ 1000 $ par étudiant.

Haut niveau de précision

À en juger par les commentaires qu'ont exprimés les étudiants, un tel stage est fort apprécié. Ils ont été impressionnés par le haut niveau de précision apporté aux bâtiments usinés dont la fabrication est complètement robotisée. Alors qu'ici de telles constructions sont souvent de qualité moindre, ils ont pu constater que c'est tout le contraire au Japon et que le contrôle de la qualité est un élément fondamental dans le processus. Ces méthodes de fabrication leur paraissent transposables au Québec, mais cela nécessiterait un changement de mentalité de la part de l'industrie. Le contact avec la culture et la société japonaises a été pour eux une expérience tout aussi fascinante que l'expérience architecturale.

Seule ombre au tableau, le choc du retour et la grisaille de Montréal...

Les travaux des participants à ce séminaire seront exposés au début février dans les locaux de l'École d'architecture, au deuxième étage du pavillon de la Faculté de l'aménagement.

Daniel Baril

 

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