Les probiotiques atténuent la dépression après un infarctus du myocarde

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  • Le 5 décembre 2011

  • Marie Lambert-Chan

Jessica Arseneault-BréardAprès un infarctus du myocarde, 65 % des patients présentent des symptômes dépressifs. Parmi eux, 20 % souffriront d'une dépression majeure, c'est-à-dire que leurs symptômes s'étendront au-delà de deux semaines. Une jeune chercheuse récemment diplômée en pharmacologie de l'Université de Montréal a trouvé un moyen d'atténuer ces séquelles: les probiotiques.

 

Déjà réputés pour renforcer le système immunitaire, ces microorganismes vivants seraient capables d'amoindrir la réponse inflammatoire causée par l'infarctus du myocarde.

«La crise cardiaque libère des molécules inflammatoires, appelées “cytokines”, dans la circulation sanguine qui se retrouvent ainsi partout dans le corps, y compris le cerveau. Cela provoque une apoptose, une mort cellulaire programmée, dans la région limbique, là où se situent l'amygdale et l'hippocampe, deux structures qui jouent un rôle dans la régulation des émotions. Voilà comment se produirait la dépression», explique Jessica Arseneault-Bréard, dont le mémoire sur ce sujet a été dirigé par le professeur Guy Rousseau.

Autre conséquence de l'infarctus du myocarde: la barrière intestinale se transforme en véritable passoire. «Des bactéries se faufilent dans le sang, ce qui active la réponse inflammatoire et favorise davantage l'apoptose au cerveau et par le fait même la dépression, souligne-t-elle. Il y a donc des liens importants entre le cœur, l'intestin et le cerveau.»

Dans son étude préclinique, elle a démontré que la prise orale de probiotiques préserve l'intégrité des intestins et diminue la concentration de cytokines circulantes. Les risques d'apoptose au cerveau sont donc considérablement réduits. Ces résultats laissent dire à Mme Arseneault-Bréard que les probiotiques seraient des «antidépresseurs naturels».

Tests comportementaux

Pour prouver son hypothèse, Jessica Arseneault-Bréard a étudié le comportement de 40 rats après un infarctus du myocarde.

Pendant une semaine, certains d'entre eux ont avalé quotidiennement un milliard de bactéries vivantes issues d'une combinaison de Lactobacillus helveticus RO052 et de Bifidobacterium longum RO175 diluées dans leur eau.

On a causé chez la moitié des rats un infarctus par l'occlusion de l'artère coronaire antérieure gauche. Une semaine après, la chercheuse leur a administré de nouveau des probiotiques pendant sept jours.

Par la suite, elle a soumis les rats à trois tests: l'interaction sociale, la nage forcée et l'évitement passif. Le premier consistait à mesurer le temps que passait un rat à interagir avec un congénère, ainsi que le nombre de fois qu'il se levait sur deux pattes et se lavait. «Les rats qui ont avalé des probiotiques avaient un niveau d'interaction sociale semblable à celui des rongeurs témoins, alors que ceux qui n'en ont pas reçu s'isolaient. Certains se sont même battus», remarque-t-elle.

Au cours du deuxième exercice, les rats étaient plongés dans un bassin ne comportant pas d'issue. On évaluait leur détermination à trouver une sortie. «Encore une fois, les probiotiques ont permis aux rats concernés de mieux performer, commente-t-elle. Les autres ont rapidement abandonné. Ils restaient immobiles. Ce comportement d'inertie est typique de la dépression.»

Le dernier test estimait la capacité de mémorisation et le degré d'anxiété des rats. «Un rat dépressif sera forcément plus anxieux», signale la chercheuse. Les animaux étaient placés dans une cage à deux paliers. Ils devaient apprendre à demeurer à l'étage le plus élevé même si d'ordinaire ils apprécient peu les hauteurs. Pour ce faire, un léger courant parcourait le palier le plus bas chaque fois que le rat y descendait. «Les rats devaient rester au deuxième étage de la cage pendant une minute au cours de trois essais consécutifs, précise-t-elle. Peu de rats parmi ceux qui n'avaient pas ingéré de probiotiques y sont parvenus. La peur des hauteurs accroissait tellement leur anxiété qu'ils préféraient redescendre en dépit du choc subi.»

À la lumière de ces résultats, Jessica Arseneault-Bréard ne saurait trop recommander au public de prendre une dose quotidienne de probiotiques. «Déjà, des hôpitaux en administrent à des patients pendant leur séjour, observe-t-elle. Mais il est important de le faire aussi à titre préventif, surtout quand on a des antécédents familiaux de maladies cardiaques et de dépression. C'est d'autant plus important que ces deux troubles s'associent en une espèce de cercle vicieux.» En effet, une étude américaine a établi que la dépression augmente les possibilités de souffrir de maladies cardiovasculaires. Inversement, le risque de mourir d'une cause cardiaque dans les six mois suivant un infarctus du myocarde est quadruplé chez les patients dépressifs. Et le lien entre la mortalité cardiovasculaire et la dépression majeure est observable jusqu'à 10 ans après l'infarctus.

Marie Lambert-Chan

 

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