Dans l'antre du TUM

  • Forum
  • Le 12 décembre 2011

De gauche à droite : Marina De Sousa, Catherine Goulet-Tremblay, Marie-Ève Marchand, Ewen Gallic et, allongée sur la civière, Martine Cuillerier (Photo: Frédérique St-Pierre)À plus de 50 ans, la troupe de théâtre de l'Université de Montréal, le TUM, lance une séduisante saison. La première pièce sera jouée dès novembre. Les étudiants se démènent sous la direction de Laurent Trudel pour nous convier au prometteur Jeux de massacre, d'Eugène Ionesco.

 

Bienvenue à la répétition du mercredi soir d'une bande d'amateurs de théâtre enthousiastes, travaillants et éreintés.

Laurent Trudel, metteur en scène, son assistant et les comédiens de Jeux de massacre accèdent à ma demande, hardie, d'assister à une répétition. Vingt-trois jours avant l'affolante première, c'est l'occasion de jeter un coup d'œil sur leur version de la pièce de Ionesco. En arrivant dans le local, j'entends Laurent Trudel lancer «Faisons une italienne de la scène avec vous cinq». Hésitante, une des comédiennes entame la lecture. «Le texte a de la misère à rentrer, prévient-elle. Est-ce que ça parait que j'écris ma maitrise de nuit?»

Les hauts et les bas du TUM

Une italienne, c'est le texte dit de façon neutre. Les actrices débobinent donc leur scène sur le rythme d'une conversation avant de s'installer sur des tabourets au centre du local B-243-1 du pavillon Marie-Victorin. «C'est toujours compliqué de trouver des locaux, glisse au passage une des comédiennes. Le Centre d'essai est souvent pris, alors on se débrouille.» La troupe déménage de répétition en répétition, de pavillon en pavillon. Les étudiants sont pour la plupart à temps plein et viennent de divers horizons. Histoire de l'art, enseignement de l'histoire et de la géographie au secondaire, philosophie, littérature, musique... Leurs programmes d'études sont sans lien nécessaire avec le théâtre. «Si je veux faire du théâtre, je veux que ce soit pour le plaisir», affirme l'une des comédiennes.

Le TUM, c'est une histoire de théâtre, de plaisir, mais aussi de petites et de grandes difficultés. Il fut un temps, Michel Vaïs, Carole Fréchette, Claude Maher et Lorraine Pintal ont foulé ses planches. L'Université a cependant menacé d'en fermer les portes en 2008. Le Posthume, une excroissance théâtrale du TUM, est d'ailleurs né de cette menace et continue de présenter des créations. En septembre dernier, il a fait rire la salle pleine du Centre d'essai avec un exercice de style sur le thème du cornichon.

Qui massacre-t-on?

«On reprend depuis le début. Martine, lance des ordres. Il faut sentir la panique. Ariel, arrête de danser. Arrête de sourire», liste Laurent Trudel. Deux des comédiennes créent un rythme régulier avec des brosses sur le plancher, pendant que deux autres font un contrepoint avec des «push-push» d'eau. Le plancher luit, plein d'eau, le rythme s'accélère. «Nous sommes impénétrables», répète celle qui tient le rôle principal de cette angoissante scène. Le texte gagne en efficacité. C'est drôle.

De quoi parle Jeux de massacre? D'une épidémie qui s'installe, s'infiltre dans une ville sans nom où les gens se retrouvent en huis clos, au bord de la folie. Rien n'est drôle, pourtant tout fait rire dans cette pièce où les êtres se débattent avec ce mal inconnu. Après tout, «le comique n'est comique que s'il est un peu effrayant», a dit Eugène lui-même.

«Pause! Les autres vont arriver bientôt», annonce l'aide-metteur en scène. Tous les acteurs arrivent pour la suite du travail. «OK, tout le monde fait le mort à terre svp», demande Laurent Trudel. Ils s'allongent tous sur le plancher, un peu humide à cause des «push-push» très utilisés durant l'heure précédente. Un des comédiens commence la scène I. Son personnage, à mi-chemin entre Jim Morrison, la mort et un vieux crooner, contraste avec les corps couchés, apathiques. Il laisse entendre que les spectateurs auront un droit de regard sur le déroulement de la pièce. «Pour le vote des morts, l'affiche des résultats sera où sur la scène?» demande-t-il. La curiosité monte. Quel vote des morts? Du théâtre réalité? Mais pas question d'arrêter l'énorme équipe en si bon chemin. Il ne reste que 23 jours durant lesquels il faut situer tous les déplacements, les dialogues, les monologues, les regards, les postures.

Le TUM propose une saison éclatée. Jeux de massacre inaugure la saison 2011-2012 les 25, 26 et 27 novembre. Lilian Rivera propose par la suite La maison de Bernarda, de Federico García Lorca. Cette pièce sera suivie de l'étonnante Cendrillon, une comédie musicale proposée par Fanny Rainville. Douze hommes en colère, de Reginald Rose, mis en scène par Fabien Fauteux, conclura la saison du TUM. Alors: merde!

Charlotte Biron
Collaboration spéciale

 

À lire aussi