De Mithra au père Noël

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  • Le 12 décembre 2011

  • Daniel Baril

Le terme «père Noël» n'apparait dans le vocabulaire que dans les années 1900. Et en 1930, Coca-Cola diffuse son image aux quatre coins de la planète.S'il est une figure folklorique universellement connue, c'est bien celle du père Noël. Étroitement associé à la fête de Noël, le vieil homme débonnaire à la barbe blanche et au costume rouge fait rêver les enfants même en dehors du monde chrétien, de New York à Tokyo et de la Scandinavie à l'Afrique du Sud.

 

On sait que le père Noël tire son origine de saint Nicolas, évêque de Myre, en Turquie, mais l'histoire de ses multiples transformations de même que l'histoire des autres symboles rattachés à Noël sont plus méconnues. Les habitués des Belles Soirées ont eu droit à une véritable initiation à la symbolique de Noël à la conférence présentée le 24 novembre par Yvan Fortier, ethnohistorien à Parcs Canada. À l'aide de l'iconographie religieuse allant de l'Antiquité à aujourd'hui, le conférencier a tiré de l'oubli les origines lointaines et parfois étonnantes des éléments sans lesquels Noël ne serait pas tout à fait Noël.

Le culte de Mithra

Selon la tradition chrétienne, c'est le pape Libère qui, en l'an 354, aurait retenu la date du 25 décembre pour célébrer la naissance de Jésus, a rappelé le conférencier.

Au moment où l'Église catholique a choisi cette date, le 25 décembre était déjà une journée de célébration dans la Rome préchrétienne. Vers 270, l'empereur Aurélien avait en effet consacré le 25 décembre, jour du solstice d'hiver dans le calendrier julien, à la commémoration de la naissance de Mithra. «Mithra était un homme dieu représentant le soleil, qui nait dans une grotte, qui meurt et qui ressuscite comme le soleil», a expliqué Yvan Fortier.

Mithra  sacrifiant le taureau primordial. Du sang purificateur de l'animal va  naitre la vie.Cette fête fut appelée natalis dies sol invictus, c'est-à-dire le jour de naissance du soleil invaincu, puisque le soleil, à partir du solstice, reprend le dessus sur les ténèbres de la nuit. Par contraction et élision, le mot natalis, par lequel les Romains nommaient cette fête, va finir par donner le mot «Noël».

Mais la figure de Mithra, en tant que dieu solaire, est bien antérieure à l'Empire romain. On retrouve cette divinité dans le zoroastrisme au premier siècle avant notre ère en Perse. C'est également du zoroastrisme que viendra plus tard la légende des mages adorateurs que la tradition populaire transformera en rois.

Vers 312, lorsque l'empereur Constantin se convertit au christianisme, le mithriacisme est progressivement abandonné au profit du nouveau culte chrétien. Mais la religion naissante sera fortement imprégnée des symboles du culte précédent. Au concile de Nicée en 325, les évêques conviennent de «présenter le Christ comme un homme dieu, né d'une femme et dont on peut par conséquent célébrer l'anniversaire de naissance», a souligné le conférencier.

À ses yeux, les similitudes entre le christianisme et les religions antérieures ne sont pas des emprunts ni même du syncrétisme religieux mais des «coïncidences troublantes»!

Sinter Klaas

C'est aussi à cette époque que l'ancêtre du père Noël entre en scène. Vers 325, l'évêque de Myre s'oppose au culte solaire et acquiert une réputation de thaumaturge et de protecteur des enfants. La légende lui attribue le sauvetage de trois jeunes filles de la prostitution en emplissant de pièces d'or leurs bas accrochés à la cheminée. Puis il ressuscite trois enfants dépecés par un boucher, bien que ces trois enfants aient été, dans le récit d'origine, des soldats condamnés à être décapités.

«Rapidement, le culte de saint Nicolas en tant que personnage récompensant les enfants sages s'est répandu dans toute l'Europe, en Russie et même en Chine, affirme Yvan Fortier. On lui donnera un double négatif en la personne du père Fouettard, qui punit les enfants désobéissants.»

Saint Nicolas intègre les traits des divinités locales comme, dans les pays germaniques, la faculté de se déplacer dans les airs, qui est empruntée au dieu Odin. En néerlandais, saint Nicolas se dit Sinter Klaas; les Hollandais apportent avec eux cette appellation dans la Nouvelle-Amsterdam, qui deviendra New York, où le nom sera déformé en Santa Claus.

Déjà au Moyen Âge, l'iconographie représente saint Nicolas avec une longue barbe blanche. Au milieu du 19e siècle, il sera vêtu d'une chape rouge bordée de blanc. Comme sa fête a été fixée au 6 décembre, ses récompenses vont finir par être distribuées à Noël ou au jour de l'An et elles deviendront des étrennes. Ce terme nous renvoie à une autre divinité romaine, Strena, fêtée le 1er janvier. Les Romains avaient l'habitude de souligner cette fête en s'offrant des bouquets de verveine en guise de porte-bonheurs et qui prendront le nom d'«étrennes», dérivé du nom de la déesse.

En 1822 parait le premier conte de Noël. Intitulé A Visit from St. Nicholas (La nuit avant Noël en version française), ce conte attribué au pasteur protestant Clement Clarke Moore fait de saint Nicolas un lutin espiègle, joufflu et dodu, qui voyage avec un traineau volant tiré par des rennes. Il porte un sac plein de jouets et passe par la cheminée.

Le terme «père Noël» n'apparait dans le vocabulaire qu'au début des années 1900. À la même époque, il fait son entrée dans le monde de la publicité. En 1930, la compagnie Coca-Cola diffuse son image aux quatre coins de la planète, contribuant ainsi à en fixer les caractéristiques.

L'arbre du paradis

L'arbre de Noël trouve pour sa part son origine dans l'Allemagne du Moyen Âge, alors qu'on avait l'habitude de représenter, sur le parvis des églises, la scène de la tentation d'Adam et Ève. Le jour consacré à ces deux figures archétypales était le 24 décembre. Étant donné que c'est l'hiver, on choisissait un conifère pour cette scène afin que l'arbre de vie n'ait pas l'air d'un arbre mort.

«On décorait ce sapin avec des pommes et la tradition va gagner les cours royales d'Angleterre puis de France, où ces arbres seront richement décorés et illuminés de bougies, relate l'historien. Plus tard, on placera les étrennes dans l'arbre qui deviendra ainsi le symbole d'un saint Nicolas donateur.»

Cette tradition a sans doute été influencée par des coutumes beaucoup plus anciennes. Chez les Celtes, on accrochait des branches d'épinette aux habitations lors du solstice d'hiver; cet arbre était appelé «arbre de l'enfantement» et était associé à la lune de décembre. Chez les Vikings, on attachait des offrandes à un conifère au moment du solstice et on faisait bruler l'arbre.

Quant à la crèche, elle remonterait à saint François d'Assise, qui aurait eu la permission du pape pour représenter, avec des personnages vivants, la scène de la nativité à une messe de Noël.

Beaucoup d'autres détails pourraient être mentionnés sur chacun de ces symboles et leur histoire. Yvan Fortier, manifestement emballé par la magie de cette symbolique, aurait pu continuer son récit pendant des heures ou jusqu'à ce qu'un père Noël passe...

Daniel Baril

 

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