Les rétines des prématurés et des ainés présentent plusieurs similitudes

  • Forum
  • Le 12 décembre 2011

  • Marie Lambert-Chan

Pour mieux comprendre la dégénérescence maculaire liée à l'âge, il faut explorer davantage les facteurs d'inflammation, de stress oxydant et d'intégrité cellulaire, dit le Dr Chemtob. (Photo: iStockphoto)Les yeux des nouveau-nés prématurés n'ont encore rien vu alors que ceux des personnes âgées ont beaucoup vécu. Bien que tout semble les séparer, ils sont affectés par des pathologies aux caractéristiques semblables. En effet, la rétinopathie du prématuré et la dégénérescence maculaire liée à l'âge partagent des mécanismes similaires.

 

Depuis 2002, le Dr Sylvain Chemtob s'intéresse aux liens qui les unissent.

«Dans les deux cas de figure, il y a une insuffisance d'antioxydants et un excès d'oxydants», résume celui qui est professeur aux départements de pédiatrie, d'ophtalmologie et de pharmacologie de l'Université de Montréal. Ce néonatologiste du CHU Sainte-Justine est aussi titulaire de la chaire de recherche du Canada en science de la vision et de la chaire Léopoldine A. Wolfe de recherche translationnelle en vision, dont les laboratoires sont situés depuis peu à la polyclinique Maisonneuve-Rosemont.

«La rétinopathie du prématuré s'enclenche lorsque le nouveau-né sort du milieu utérin et se retrouve dans un environnement où il y a trop d'oxygène nécessaire à son développement», poursuit le Dr Chemtob, dont l'expertise est reconnue mondialement. Cette oxygénation tissulaire relativement excessive est à l'origine de la formation des radicaux libres. Ces molécules pourraient avoir des effets indésirables en plus d'accélérer le vieillissement des tissus et des cellules. En trop grand nombre, elles épuisent les réserves d'antioxydants.

Chez le prématuré, cela engendre une dégénérescence des microvaisseaux de la rétine. «Ce manque d'oxygène empêche la vascularisation de la rétine, qui ne peut croitre correctement, explique le néonatologiste. Pendant ce temps, les vaisseaux restants se multiplieront de façon anormale en pénétrant le vitré. Cela exercera une traction de la rétine qui peut éventuellement se décoller et entrainer la cécité.»

Les radicaux libres sont également en cause dans la dégénérescence maculaire. Ils seraient responsables de l'inflammation de la rétine qui en produira davantage et donc amplifiera la formation d'oxydants. L'effet sera des plus néfastes pour la choroïde, le tissu du corps humain le plus vascularisé. Elle nourrit les photorécepteurs rétiniens et les cellules épithéliales pigmentaires essentielles à la survie de ces mêmes photorécepteurs et de l'endothélium choroïdien.

«L'inflammation mènera à une dégénérescence de la choroïde, où la circulation sanguine s'affaiblira, diminuant du coup l'apport d'oxygène, mentionne-t-il. Les photorécepteurs et l'épithélium pigmentaire seront affamés et lanceront des signaux de croissance, ce qui stimulera une néovascularisation aberrante de la choroïde. Ces vaisseaux envahiront la couche de l'épithélium pigmentaire et des photorécepteurs, comme ils le font anormalement dans le vitré chez le prématuré souffrant de rétinopathie.»

Le Dr Chemtob ne cesse de découvrir de nouveaux parallèles entre la rétinopathie du prématuré et la dégénérescence maculaire. «Nous avons découvert cette année que la rétinopathie du prématuré provoque aussi des stigmates dans la choroïde qui reproduisent en quelque sorte ce qu'on détecte dans la dégénérescence maculaire liée à l'âge.»

Des avancées prometteuses

Sylvain Chemtob est titulaire de la chaire de recherche du Canada en science de la vision et de la chaire Léopoldine A. Wolfe de recherche translationnelle en vision.Le Dr Chemtob et son équipe cherchent à mettre au point des applications thérapeutiques novatrices. Ils ont été les premiers à démontrer les bienfaits de l'ibuprofène par rapport à l'indométhacine dans la fermeture du canal artériel chez le prématuré.

Ce vaisseau existe uniquement chez les nouveau-nés et doit se refermer après la naissance. Dans le cas contraire – ce qui arrive souvent chez les prématurés –, des complications surviennent, notamment sur le plan pulmonaire, ce qui peut contribuer à l'apparition de la rétinopathie.

«L'ibuprofène a moins d'effets secondaires que l'indométhacine, signale le néonatologiste. C'est aujourd'hui le médicament de choix pour ce trouble au Canada et en Europe.»

Il souligne également sa collaboration avec le professeur de chimie William Lubell qui a mené à l'élaboration d'un peptide pour diminuer les contractions utérines. Le produit en est à la phase de l'essai clinique. «On éviterait ainsi le travail préterme, la naissance prématurée et par conséquent des complications associées comme la rétinopathie!» s'exclame-t-il.

Du côté de la dégénérescence maculaire, le Dr Chemtob travaille avec M. Lubell et le professeur de la Faculté de pharmacie Huy Ong pour concevoir des molécules qui s'attaquent au récepteur vidangeur CD 36, responsable en partie de la forme sèche de la maladie.

Des défis

Les deux tiers des prématurés qui naissent à moins de 26 semaines de gestation souffrent de rétinopathie, tandis que le quart des personnes âgées de plus de 90 ans sont atteintes de dégénérescence maculaire. Ces chiffres, ainsi que d'autres données, font dire au Dr Chemtob qu'il existerait une susceptibilité génétique à ces pathologies. Reste à mettre au jour le processus. Cette quête fait partie des nombreux défis qui attendent son équipe.

«Chez le prématuré, nous cherchons à accélérer la revascularisation de la rétine et à mieux comprendre les mécanismes de la prolifération des vaisseaux dans la région intravitréenne, énumère-t-il. Quant à la dégénérescence maculaire, la première chose à faire est d'améliorer le modèle animal pour représenter plus fidèlement le fonctionnement de cette maladie chez l'humain. Celui de la rétinopathie du prématuré est excellent, ce qui permet de nombreuses percées. Nous n'en sommes pas encore là pour les personnes âgées. Nous devons explorer davantage les facteurs d'inflammation, de stress oxydant et d'intégrité cellulaire qui sont en jeu dans la dégradation de l'épithélium pigmentaire, des photorécepteurs et de la choroïde. Enfin, comme pour le prématuré, nous tentons de désigner d'autres causes afin de freiner la vasoprolifération.»

Marie Lambert-Chan

 

Lire l'article

Sur le Web