L'oeil au coeur de passionnantes recherches

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  • Le 12 décembre 2011

  • Paule Des Rivières

Il y a quelque temps, le Dr Jean-Daniel Arbour, ophtalmologiste, recevait un jeune homme de 34 ans dont le diabète avait eu raison de l'œil droit. Il avait trop tardé avant de consulter. Chez les moins de 60 ans, la rétinopathie diabétique est la principale cause de cécité.

 

«Cet homme aurait eu avantage à rencontrer un spécialiste plus rapidement, se désole le Dr Arbour, directeur du Département d'ophtalmologie de l'Université de Montréal. Les yeux, c'est tellement important; on estime que 90% de l'information sur notre environnement provient de notre vision.»

Dans ce contexte, on conçoit aisément que les statistiques sur les maladies de l'œil soient préoccupantes, notamment en raison du vieillissement de la population mais aussi de la propagation de maladies tel le diabète. On prévoit d'ailleurs que cette affection touchera deux fois plus de personnes d'ici à 20 ans. Quant à la dégénérescence maculaire liée à l'âge (DMLA), première cause de cécité chez les patients de plus de 60 ans dans les pays industrialisés, elle affecte plus de 25 millions de personnes dans le monde et plus d'un million de Canadiens.

Malgré tout, les plus grands espoirs sont permis, car les recherches sur les maladies de l'œil ont connu un essor extraordinaire au cours des 15 dernières années.

Le Dr Jean-Daniel Arbour est emballé par la qualité et la  profusion des travaux de recherche des membres du Département  d'ophtalmologie.Et le Département d'ophtalmologie de la Faculté de médecine est un contributeur notable à ces efforts de recherche.

«Le département s'attaque aux principales maladies qui font perdre la vue», résume le Dr Arbour, lui-même chirurgien de la rétine et du vitré au CHUM et spécialiste de la DMLA. Il a en outre mis sur pied l'unité de recherche clinique en ophtalmologie du CHUM il y a une dizaine d'années.

De nouveaux locaux

De nouveaux locaux ultramodernes voués à la recherche fondamentale viennent par ailleurs d'être inaugurés à l'Hôpital Maisonneuve-Rosemont et la moitié d'un étage est désormais consacrée aux maladies de la vision.

«De cette manière, les liens avec les cliniciens sont grandement favorisés, ce qui est un atout indispensable pour la recherche fondamentale. Ce parti pris pour la recherche dite translationnelle a permis l'arrivée chez nous de grands chercheurs», souligne le Dr Arbour. De sorte que le département a pu constituer une véritable «équipe du tonnerre» qui couvre plusieurs secteurs de recherche liés à l'œil et dont font partie le Dr Sylvain Chemtob et le Dr Leonard Levin, mondialement connu pour ses travaux sur le nerf optique.

C'est la Dre Hélène Boisjoly, doyenne de la Faculté de médecine, qui a lancé ce centre de recherche de l'Hôpital Maisonneuve-Rosemont, aidée par le Dr Mark Lesk, qui a travaillé à son développement pendant plus de 10 ans. Mark Lesk, un spécialiste du glaucome, a repéré une déficience importante dans l'autorégulation du flot sanguin du nerf optique dans cette maladie de l'œil et a conçu une technologie pour mieux la détecter et la traiter. Deux brevets ont ainsi été obtenus par le Dr Lesk concernant le laminomètre dynamique.

Pour illustrer la précision micrométrique de leur technique, des chercheurs, dont au premier chef Santiago Costantino, ont reproduit le chef-d'œuvre du grand peintre hollandais Jan Vermeer, La jeune fille à la perle, en dimension miniature de 200 microns de largeur ou l'équivalent de l'épaisseur de deux cheveux.Maladies de la cornée

Une autre chercheuse, Isabelle Brunette, a été titulaire de la Chaire Charles-Albert-Poissant de transplantation cornéenne de l'UdeM. La Dre Brunette travaille actuellement sur la fabrication d'une cornée artificielle pour pallier un cruel manque de greffons de cornée. Elle se sert du laser femtoseconde, une technique peu répandue, qui permet des coupes d'une extrême précision. Grâce à ce volet de la recherche, l'Université a recruté le chercheur en physique Santiago Costantino, dont la microreproduction du tableau La jeune fille à la perle a fait le tour du monde il y a deux ans. Le procédé laser révolutionnaire permet aussi de reproduire des environnements cellulaires infiniment petits.

Pour sa part, le Dr Gilbert Bernier s'intéresse notamment aux cellules souches, dont la transplantation est envisageable dans un avenir plus ou moins rapproché. «C'est très excitant», lance le Dr Arbour.

Du côté du CHUM, Mona Harissi-Dagher, cornéologue, fait porter ses travaux sur la kératoprothèse de Boston, une prothèse de cornée qui est utilisée chez les patients atteints de maladies graves de la cornée et à laquelle très peu de spécialistes recourent. Peu de gens le savent, mais la cécité par atteinte de la cornée est la deuxième cause de cécité dans le monde.

Même les tumeurs oculaires, beaucoup plus rares, sont des sujets de recherche. La Dre Christine Corriveau y travaille et, grâce à elle, le CHUM a reçu récemment la désignation de centre supranational pour les tumeurs de l'œil.

Santé publique

Les maladies de l'œil ont des conséquences majeures sur la santé des populations. La Dre Ellen Freeman consacre ses recherches à l'épidémiologie des maladies de l'œil et à la compréhension des répercussions physiques, psychologiques et sociales des maladies oculaires à un âge plus avancé. Elle étudie aussi de quelle façon les maladies de l'œil influent sur la mobilité des personnes âgées. Elle travaille entre autres avec les Dres Boisjoly et Marie-Josée Aubin.

Ces chercheuses se penchent sur l'effet des déficits visuels des personnes atteintes de dégénérescence maculaire liée à l'âge sur leur qualité de vie. Enfin, au cours d'un entretien, Jean-Daniel Arbour a tenu à dire que toutes ces recherches ne pourraient se poursuivre sans un soutien philanthropique très important. Il signale à cet égard le Fonds de recherche en ophtalmologie de l'Université de Montréal, institué à la fin des années 90 par Suzanne Lévesque, de la Fondation Jeanne et Jean-Louis Lévesque; les sommes léguées par André Turmel (qui ont entre permis permis de bâtir le nouvel étage de recherche à l'Hôpital Maisonneuve-Rosemont); la fondation Wolfe, donatrice de la chaire Léopoldine A. Wolfe de recherche clinique et translationnelle en prévention de la cécité causée par la DMLA; ainsi que le Fonds Besner Valois, le Fonds de bour-se perpétuel Suzanne Véronneau-Troutman, la Succession Liette-Languérand, et les dons sans restriction des partenaires industriels.

Paule des Rivières

 

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