Rééquilibrer croissance économique et progrès social

  • Forum
  • Le 12 décembre 2011

  • Daniel Baril

Toute planification du développement doit être fondée sur le dialogue permanent entre les instances politiques, économiques et techniques. (Photo: iStockphoto)Il faut abandonner cette pensée magique qui consiste à croire que l'économie de marché est le seul modèle de développement et que le développement économique peut être profitable à tous. Le développement repose toujours sur des choix politiques et sur une vision de la société.

 

C'est en substance le message qu'a livré l'économiste Christian Coméliau dans la conférence d'ouverture du Colloque international et interdisciplinaire sur le développement durable et l'équité sociale tenu à l'Université de Montréal les 7 et 8 décembre. Ce colloque avait pour but d'explorer le concept d'équité dans ses dimensions sociales, spatiales et temporelles.

L'impasse du développement à tout prix

Christian Coméliau est professeur honoraire à l'Institut universitaire d'études du développement à Genève, en Suisse. Il a étudié le développement et l'économie au sein de diverses organisations internationales, dont la Banque mondiale et l'OCDE. Mais il n'a pas vraiment aimé son passage dans ces organisations, a-t-il confié. «On n'y discute jamais des objectifs du développement; les acteurs tiennent pour acquis que les objectifs sont les mêmes pour tous, que tous cherchent la croissance et que la même approche peut donc être adoptée par tous.»

Le conférencier, qui a repris le questionnement développé dans son volume La croissance ou le progrès?, s'insurge contre cette façon de voir les choses et qui a conduit tout droit à l'impasse où nous sommes. «Le contexte économique actuel est plein d'absurdités, d'inégalités, d'iniquités et de solutions non durables. La situation est grave et il faut être réaliste», a-t-il déclaré.

Si Christian Coméliau remet en question le développement à tout prix, il n'adhère pas pour autant à la théorie de la décroissance ni au courant du «postdéveloppement». La décroissance, dit-il, se heurte aux mêmes difficultés que la croissance.

Sa position est plutôt de mettre en évidence le fait que le développement nécessite d'arrêter des choix, puisque nous faisons face à des intérêts divergents. Si nous désirons un développement équitable, il faut faire les choix en conséquence et éviter de se leurrer en pensant que tout ira bien si on laisse aller l'économie de marché. «L'économie de marché n'est qu'une partie de l'économie», rappelle-t-il.

Choisir le progrès social

Il y a eu du progrès dans l'histoire de l'humanité, reconnait le conférencier, mais ce progrès n'a jamais profité à tous. Le développement implique donc de privilégier des intérêts au détriment de certains autres.

De tels choix sont évidemment difficiles à faire et l'économiste ne s'en cache pas. Mais il est d'avis que la situation actuelle nécessite de redéfinir le développement en fonction du progrès social. Les outils d'intervention et de gestion lui paraissent toutefois mal adaptés aux enjeux de l'heure et le déploiement de nouveaux moyens demandera de mettre en place des mécanismes d'arbitrage entre les forces en présence.

La définition du développement doit tenir compte à la fois des objectifs matériels (consommation) et immatériels (dignité, reconnaissance, loisir, etc.), des objectifs individuels et collectifs, de la répartition des pouvoirs et de la gestion des ressources naturelles. «Il n'y a pas de critère unique pour guider nos choix à travers ces finalités, affirme-t-il. Ou s'il s'en trouve un, c'est la conception qu'on se fait de l'homme et de la société et ce critère n'est pas économique.»

Les outils économiques et techniques doivent aussi être au service du politique et non l'inverse. Le politique doit pour sa part orienter ses réformes en fonction des choix exprimés dans de véritables débats citoyens.

«Toute planification du développement doit être fondée sur le dialogue permanent entre les instances politiques, économiques et techniques, sinon il y aura blocage et échec.»

Le professeur estime par ailleurs que les universitaires ont une responsabilité à prendre et un rôle à jouer dans la mise en forme de nouveaux outils et qu'ils ne font pas tout ce qui serait attendu d'eux.

Daniel Baril

 

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