Deux découvertes de l'UdeM au palmarès de Québec Science

  • Forum
  • Le 16 janvier 2012

  • Mathieu-Robert Sauvé

«Je suis bien contente de voir que mes travaux peuvent susciter l'intérêt du public et avoir une influence sur la santé de la population; en tout cas, c'est le signal que m'envoient les journalistes», dit Maryse Bouchard, dont l'étude épidémiologique sur l'effet des pesticides sur le développement cognitif des enfants a été retenue parmi les 10 découvertes de l'année 2011 de la revue Québec Science. Cette recherche a aussi fait l'objet d'un reportage de l'émission Découverte, à Radio-Canada, diffusé en septembre dernier.

 

Mme Bouchard a réussi le rare exploit d'être sélectionnée deux fois en deux ans par le jury du mensuel (formé cette année de Jean-Marie De Koninck, Thomas Gervais, Robert Lamontagne, Mario Masson, Linda Moussakova, Lucie Parent, Chantal Srivastava et l'équipe de rédaction), la sélection précédente ayant mis en lumière son étude sur le rapport entre l'exposition au manganèse par l'eau potable et un déficit cognitif chez l'enfant.

Maryse BouchardLa carrière de Mme Bouchard a débuté en trombe après son postdoctorat aux universités Harvard et de Californie à Berkeley de 2007 à 2010. Même si elle est actuellement en congé de maternité, une équipe de cinq personnes travaille sous sa direction sur l'effet des contaminants environnementaux sur la santé humaine. Elle a reçu des subventions de recherche totalisant quelque 800 000$, notamment des Instituts de recherche en santé du Canada et de Santé Canada.

Pour Philip Awadalla, l'autre vedette de l'année, le fait de figurer sur cette courte liste est «un honneur très apprécié». D'autant plus que, à ses yeux, les recherches en génétique humaine menées à Montréal sont parfois sous-estimées au Canada. «Le Centre de recherche du CHU Sainte-Justine est certainement l'un des endroits les plus performants du pays, et je ne crois pas que cela soit reconnu à sa juste valeur», mentionne le chercheur originaire de Toronto arrivé à Montréal en 2007 pour diriger l'équipe scientifique de CARTaGENE.

Philip AwadallaLe professeur Awadalla a retenu l'attention du jury grâce à ses travaux sur les mutations de l'ADN humain, moins nombreuses qu'on aurait cru jusqu'à la publication de son article dans Nature Genetics. «Il semble que nous ressemblions tous un peu aux X-Men, ces superhéros au bagage génétique ultra évolué, écrit le journaliste Joël Leblanc dans son reportage. Dans nos gènes se trouvent en effet une quarantaine de mutations que nos parents n'avaient pas. Et il en apparait autant à chaque génération.»

Profitant des avancées exceptionnelles de la bio-informatique, Philip Awadalla a décrypté les génomes complets de deux parents et de leur enfant, qu'il a ensuite comparés. Résultat: les mutations seraient deux fois moins fréquentes qu'on pensait. Il reproduit actuellement cette approche sur plus de 2500 individus. Un travail qui aurait été impensable il y a quelques années, mais que la technologie rend aujourd'hui possible.

Les nanomatériaux visent la cible

L'École Polytechnique est aussi à l'honneur dans le premier numéro de l'année de la revue de vulgarisation scientifique grâce à Sylvain Martel et son équipe, qui ont fait atteindre à des médicaments des cibles cellulaires. Guère plus de un à deux pour cent des doses de médicaments anticancéreux s'attaquent directement à la tumeur, explique Sylvain Martel à la journaliste Bouchra Ouatik. La dispersion tous azimuts endommage les cellules saines, provoquant des effets secondaires si néfastes que de nombreux patients doivent être exclus des traitements.

En recourant à la nanotechnologie, son équipe passe par un appareil d'imagerie à résonance magnétique pour acheminer les médicaments au bon endroit. Un peu à la manière du vaisseau du Voyage fantastique, célèbre film de science-fiction américain réalisé en 1966, les nanorobots ont suivi leur chemin vers la tumeur, téléguidés par les chercheurs.

Jean-Christophe Leroux (professeur à la Faculté de pharmacie), Pierre Pouponneau, étudiant au doctorat à l'École Polytechnique, Gilles Soulez et Louis Gaboury (professeurs à la Faculté de médecine) ont aussi participé à l'étude.

Le public est invité à voter pour sa découverte numéro un de l'année sur le site de Québec Science.

Mathieu-Robert Sauvé

 

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