Les adolescents sont plus affectés par les commotions cérébrales liées au sport

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  • Le 16 janvier 2012

  • Marie Lambert-Chan

L'attention soutenue et la mémoire de travail risquent d'être fragilisées chez le jeune qui a subi une commotion cérébrale. (Photo: Wigwam Jones)Les adolescents sont plus sensibles aux conséquences d'une commotion cérébrale liée au sport que les adultes et les enfants. Leur mémoire de travail serait plus atteinte.

 

Cette fonction exécutive permet de traiter et de retenir des informations à court terme. Elle est essentielle lors d'activités comme la lecture ou le calcul mental.

Toutefois, autant les adolescents que les adultes et les enfants présentent des séquelles neurophysiologiques qui persistent de six mois à un an après une première commotion cérébrale. L'attention soutenue, en plus de la mémoire de travail, est touchée.

Ce sont les conclusions auxquelles sont arrivés le professeur Dave Ellemberg et son équipe. «Pourquoi davantage les ados? s'interroge ce docteur en neuropsychologie qui enseigne au Département de kinésiologie de l'Université de Montréal. Les régions frontales du cerveau seraient plus vulnérables aux commotions cérébrales. Ces zones sont responsables de l'ensemble des fonctions exécutives qui servent à planifier, organiser, gérer les informations. À l'adolescence, ces fonctions sont en pleine croissance, ce qui les fragiliserait relativement au stress et aux traumatismes.»

Cette étude est la première du genre à mesurer les effets des commotions cérébrales liées au sport chez des enfants. Elle est également la première à comparer les conséquences de ce traumatisme chez trois groupes d'âge.

«On a longtemps cru que le cerveau de l'enfant était très plastique et se remettait donc facilement d'un accident ou d'un stress, explique M. Ellemberg. Depuis quelques années, on réalise qu'au contraire il y serait plus vulnérable. Notre recherche le démontre: les enfants sont aussi affectés que les adultes quand ils subissent une commotion cérébrale.»

Dave EllembergDes tests plus poussés

Cette étude se distingue aussi par son recours à des techniques d'évaluation en électrophysiologie qui ciblent mieux les séquelles persistantes.

Le professeur Ellemberg et son équipe ont réuni 96 athlètes, dont le tiers était des adultes. Les autres étaient âgés de 9 à 12 ans et de 13 à 16 ans. Ils les ont soumis à des tests neuropsychologiques classiques – utilisés par la Ligue nationale de hockey. Ils ont comparé les résultats avec ceux obtenus en électrophysiologie à l'aide de tâches informatisées qui mesuraient la mémoire de travail, l'attention et l'inhibition.

«Les tests traditionnels sont fort efficaces pour cerner les répercussions immédiates des commotions cérébrales, mais semblent moins percevoir les conséquences à long terme, ce que fait l'électrophysiologie. Elle nous permet de voir la réponse du participant et celle de ses neurones, réponses qui parfois sont indépendantes l'une de l'autre», signale-t-il. Ainsi, certains sujets ont manifesté des faiblesses dans les tâches électrophysiologiques que les tests neuropsychologiques n'ont pas su détecter.

Conséquences dramatiques pour les jeunes

La rechute du joueur de hockey vedette Sidney Crosby après des mois de convalescence en raison d'une commotion cérébrale a alarmé plus d'un supporteur et soulevé bon nombre de discussions sur les effets de ce traumatisme.

Mais selon Dave Ellemberg, Sydney Crosby n'est pas le plus à plaindre. «N'oublions pas qu'il a le loisir de prendre quelques mois de congé. Un enfant et un adolescent ne peuvent se permettre un tel luxe. Après une commotion cérébrale, on leur impose un repos cognitif – pas d'école, pas de télévision, pas de jeux vidéos – et physique. Ce retrait, ajouté à un trouble de mémoire de travail qui peut devenir persistant, handicape l'avenir d'un jeune.»

Pour le professeur, ces résultats nous forcent à revoir notre compréhension des commotions cérébrales liées au sport. «La situation est plus grave qu'on pense, affirme-t-il. Contrairement aux athlètes, les jeunes n'ont pas de médecin du sport et il n'y a pas de protocole de retour au jeu. Pourtant, à mes yeux, leur cerveau est plus important que celui d'un hockeyeur vedette. Il faut le protéger avec les bons outils de diagnostic et un encadrement adap-té. Bien sûr, les commotions font partie du sport, mais on peut en diminuer l'incidence en éliminant les situations de danger. Les jeunes doivent poursuivre leurs activités dans un contexte sécuritaire où l'on sait prendre en charge les commotions cérébrales.»

Marie Lambert-Chan

 

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