Pharmacien d'hôpital... et fier de l'être

  • Forum
  • Le 16 janvier 2012

  • Mathieu-Robert Sauvé

Jean-François BussièresJean-François Bussières voulait devenir artiste. Il a choisi la pharmacie. «Je n'ai aucun regret. Ce que j'apprécie le plus dans mon métier, c'est la possibilité de créer en équipe. Créer de nouveaux outils, de nouvelles pratiques; introduire de nouveaux médicaments, de nouvelles façons de les évaluer.

 

L'Unité de recherche en pratique pharmaceutique, que j'ai fondée en 2002, compte déjà près de 400 articles scientifiques», dit le pharmacien en chef du CHU Sainte-Justine, à Montréal.

C'est au sous-sol de l'établissement, où se trouvent la majorité des pharmacies hospitalières, que l'entrevue a lieu. Autour de nous, des millions de pilules, granules, flacons et pommades. Ici, on traite annuellement 1,4 million d'ordonnances. Le personnel est composé de plus de 110 pharmaciens et assistants techniques en pharmacie, sans oublier les étudiants rattachés à l'unité de recherche ou en stage. «À chaque patient correspond un tiroir où nous plaçons les doses de médicaments individualisées pour une période de 24 heures, commente le pharmacien en montrant un contenant de plastique marqué par un code-barres. À 15 h 30, les distributions commencent dans tout l'hôpital», explique le professeur de la Faculté de pharmacie.

À la fin de l'année 2011, M. Bussières a publié avec l'historienne Nancy Marando De l'apothicaire au spécialiste, le premier ouvrage sur l'histoire de la pharmacie hospitalière au Québec. Un travail qui lui a demandé quelque 700 heures puisées dans ses temps libres (voir «Le pharmacien d'hôpital, ce méconnu», Forum, 5 décembre 2011). «Les pharmaciens hospitaliers cherchent à faire reconnaitre leur statut de “spécialistes” à l'intérieur du système de santé. Or, connaitre son histoire est essentiel pour justifier cette reconnaissance», souligne-t-il.

La profession a beaucoup évolué depuis l'apothicaire, qui mélangeait des poudres et des liquides dans son arrière-boutique, jusqu'au professionnel interdisciplinaire qui doit maitriser des notions de médecine, d'éthique et de droit, en plus de sa propre discipline. Travailler auprès des enfants et des femmes enceintes pose des défis très particuliers à l'équipe du professeur Bussières. Un grand nombre de molécules reconnues efficaces ne sont jamais administrées à ces clientèles, faute d'essais cliniques concluants ou en raison d'effets secondaires appréhendés.

Moins populaire que la pharmacie communautaire, la pharmacie hospitalière souffre actuellement d'un manque de spécialistes; la pénurie de pharmaciens atteint 20% dans le réseau hospitalier. Un problème de rémunération explique en partie cette désaffection, mais Jean-François Bussières pense que c'est aussi parce que cette voie n'est pas très reconnue. Ceux qui sont attirés par une carrière universitaire y trouveront un champ de recherche et d'enseignement passionnant, assure-t-il. Lui-même a été maintes fois honoré pour son travail, recevant par exemple en 2007 le titre de pharmacien de l'année, décerné par l'Association des pharmaciens du Canada. Nommé la même année pour un troisième mandat à la tête de la pharmacie du CHU Sainte-Justine, il n'a jamais cessé de se renouveler, s'inscrivant à un stage professoral à l'Université Paris Descartes, expérience qu'il compte renouveler en 2012.

Que reste-t-il de l'artiste en Jean-François Bussières? En plus d'une pratique musicale (il joue de la guitare), il s'est passionné pour... le journalisme et la généalogie. Sa collection de unes de journaux fera l'objet d'une exposition prochainement.

Mathieu-Robert Sauvé

 

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