Quelles sont les stratégies d'étude quand on souffre d'un TDAH?

  • Forum
  • Le 16 janvier 2012

  • Marie Lambert-Chan

Gérer son temps, écrire et organiser un texte, lire de longs articles, manger et dormir à des heures régulières, faire le ménage... Ces tâches semblent banales à première vue, mais, pour un étudiant souffrant d'un trouble déficitaire de l'attention avec ou sans hyperactivité (TDAH), elles représentent des défis quotidiens.

«Le TDAH est connu pour provoquer un déficit de concentration, rappelle Josée Sabourin, psychologue en aide à l'apprentissage au Centre étudiant de soutien à la réussite (CESAR) de l'UdeM. Un aspect méconnu de cette maladie est qu'elle fragilise les fonctions exécutives, notamment la capacité d'organiser. Plusieurs étudiants atteints de ce trouble en viennent à procrastiner ou à étudier à la dernière minute. D'autres s'obligent à demeurer devant leurs bouquins sans être concentrés, ce qui ne produit aucun résultat et entraine un sentiment de culpabilité.»

Pour sortir de ce cercle vicieux, Mme Sabourin propose quelques stratégies.

1. Planifier son temps. «C'est le plus grand problème de ces étudiants», remarque la psychologue. Pour surmonter cet obstacle, ils doivent établir une routine de travail à l'aide d'un agenda papier ou électronique. Tout y sera consigné: les heures de sommeil, de repas, de ménage, d'étude, de loisirs. «Il faut être réaliste, poursuit-elle. À quelle heure je ferai telle activité, pendant combien de temps et comment? À travers cette organisation, on trouvera un meilleur équilibre de vie, ce qui fait souvent défaut aux étudiants aux prises avec un TDAH.» Le hic: les étudiants sous-estiment souvent le temps requis pour une tâche. Afin d'y arriver, ils doivent minutieusement observer leurs habitudes.

2. Déterminer les périodes efficaces de concentration. Après avoir bien organisé son horaire, on doit cerner les moments de la journée où la capacité d'attention est la plus grande. Une personne souffrant d'un TDAH ne peut se concentrer très longtemps. «Cela peut varier, mais en général, ce sont de courtes périodes qui doivent tout de même être suffisamment longues pour que l'étudiant ait le temps de plonger dans son travail, comme une trentaine de minutes», explique Josée Sabourin.

3. Mettre en pratique des trucs pour perfectionner les facultés cognitives, y compris l'attention. «Ce n'est pas parce qu'on a une faiblesse qu'on ne peut la compenser, voire la corriger», signale Mme Sabourin.

Elle suggère d'abord de s'activer pour mieux se motiver. «On y parvient en se mettant au travail avec un but en tête. Par exemple, combien de pages dois-je lire et combien de minutes devrais-je y consacrer? La volonté d'atteindre l'objectif renforcera peu à peu la motivation.» Josée Sabourin conseille également de cibler les sources possibles de distraction et de les éliminer.

Les étudiants affectés par un TDAH peuvent aussi avoir recours à l'évocation, cette habileté à traduire une notion en des termes propres à soi pour mieux se l'approprier. Toutes les façons sont bonnes: parler à haute voix en s'enregistrant, dessiner, discuter avec un proche...«Cette méthode favorise un ancrage de l'information dans la mémoire à long terme», souligne Josée Sabourin.

Ces étudiants doivent surtout apprendre à s'autoréguler intellectuellement et émotionnellement. «Cela signifie se développer de façon organisée et consciente et aller chercher de l'aide pour ce faire, explique-t-elle. Cela signifie aussi contenir ses émotions qui, dans le cas où il y a présence d'impulsivité, prennent souvent toute la place et embrouillent l'esprit.»

Enfin, il faut retrouver le plaisir d'étudier. «Plusieurs étudiants qui vivent avec un TDAH trouvent les études pénibles, car elles sont associées à l'idée de longues périodes infructueuses», dit Mme Sabourin. En appliquant ces différentes stratégies, ils pourront atteindre leurs objectifs et renouer avec la satisfaction du travail accompli.

(Illustration: Benoît Gougeon)