Des oiseaux monogames... qui regardent chez le voisin!

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  • Le 23 janvier 2012

  • Daniel Baril

Ce diamant mandarin mâle a donné naissance à une nichée nombreuse; ce succès reproducteur sera un critère de sélection lorsque les femelles choisiront leur prochain partenaire. (Photo: Dominique Drullion)Chez les oiseaux, c'est bien connu, les couleurs, le chant et la parade nuptiale sont des atouts utilisés par le mâle pour séduire la femelle; plus ces signaux – qui sont des indices d'une bonne génétique et donc d'un bon potentiel reproducteur – recevront une cote élevée de la part de la femelle, plus le mâle aura de chances d'être retenu comme partenaire.

 

Mais cette règle de base n'est pas la seule qui détermine le choix des femelles. Aussi étonnant que cela puisse paraitre, les oiseaux savent utiliser les données de leur environnement social pour maximiser leurs chances de reproduction. Frédérique Dubois, professeure au Département de sciences biologiques de l'Université de Montréal, a déjà montré que les femelles diamants mandarins accordent une préférence à un mâle qu'elles ont vu être choisi par une autre femelle. La professeure parle alors d'imitation et d'utilisation d'«information publique» dans le choix du partenaire.

Dans une nouvelle expérience réalisée avec sa doctorante Dominique Drullion, elle est allée encore plus loin dans l'observation de ces comportements d'imitation: en cas d'échec reproducteur, la femelle diamant mandarin va sélectionner un nouveau mâle dont elle sait qu'il a déjà donné naissance à une couvée nombreuse.

Un œil sur le voisin

Le diamant mandarin est une espèce monogame saisonnière: le mâle et la femelle forment un couple le temps de la couvaison et les deux participent à l'alimentation des oisillons, mais ces couples se refont presque chaque année.

Pour les besoins de leur expérience, les deux chercheuses ont manipulé les œufs de 18 couples de diamants mandarins afin de créer des couvées stériles (à l'aide d'œufs non fécondés) et des couvées fertiles. Les nichées étaient placées dans des cages doubles, ce qui permettait à chaque oiseau de savoir ce qui se passait chez le voisin et de constater l'échec ou la réussite de la couvée. En laboratoire, la période de reproduction peut être déclenchée n'importe quand en modifiant les conditions d'éclairage et d'alimentation.

Au bout de sept semaines, lorsque les oisillons sont devenus autonomes et ont pu quitter le nid, les chercheuses ont mesuré l'attention accordée par les femelles à leur partenaire comparativement à celle manifestée au mâle de l'autre couple en recréant les conditions d'accouplement. La préférence pour l'un ou pour l'autre est déterminée par le temps passé par la femelle en compagnie de chacun des mâles placés dans des compartiments séparés et par ses réactions à la parade nuptiale.

«Dans les cas de reproduction réussie, soit les nichées comptant de deux à cinq oisillons, les femelles ont maintenu leur préférence pour leur premier partenaire, affirme Frédérique Dubois. Mais dans chaque cas d'échec, elles ont réduit le temps accordé à ce partenaire; si l'autre mâle avait obtenu un meilleur succès reproducteur, elles lui accordaient une très nette préférence. Le divorce est donc très probable dans ce dernier cas.»

Ce qui veut dire que les femelles savent retenir et utiliser l'information sociale dont elles disposent. Elles savent aussi reconnaitre chaque individu à son plumage, la teinte de son bec et son chant, et peuvent faire le lien avec le résultat de sa nichée précédente.

«Dans la nature, les diamants mandarins vivent en larges communautés et se reproduisent tous en même temps, souligne la professeure. Les oiseaux sont donc témoins du succès des autres couples et l'utilisation de cette information constitue un avantage pour la sélection sexuelle. Si les autres couples n'ont pas de succès, il est inutile de divorcer, puisque les causes de l'échec peuvent être dues à l'environnement. Mais si, dans les mêmes conditions, le voisin a du succès, c'est qu'il est un bon géniteur et il est avantageux de le choisir.»

À son avis, ces résultats, qui peuvent être extrapolés aux autres espèces d'oiseaux monogames, expliquent pourquoi la théorie voulant que les couples devraient se défaire en cas d'échec reproducteur n'est pas toujours confirmée.

Cette expérience ne suppose pas que le succès ou l'échec n'est attribuable qu'au mâle; le protocole a été conçu de la sorte parce que la femelle est plus sélective que le mâle. L'étude pourrait être refaite en contrôlant cette fois les préférences du mâle.

Plus de mâles, plus de testostérone

L'expérience a révélé une autre particularité dans le choix des femelles: tant les femelles qui ont connu du succès que celles qui ont subi un échec préfèrent les mâles qui ont légué une plus grande descendance masculine! Cette discrimination est possible du fait que le mâle possède un plumage distinctif.

Frédérique Dubois avance ici une hypothèse qui reste à vérifier: «Une couvée comportant plusieurs mâles est peut-être due à un haut taux de testostérone chez le père», suggère-t-elle. Le mécanisme conduisant à un tel résultat n'est pas connu, mais une hypothèse de ce type a déjà été proposée pour les mammifères. Le fait d'être un bon reproducteur et d'avoir un haut taux de testostérone révèle une excellente résistance aux maladies, puisque la testostérone a généralement un effet immunosuppresseur.

Cette étude a été publiée dans l'édition de décembre 2011 de la revue PloS ONE.

Daniel Baril

 

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