La fusillade à Dawson a créé des problèmes de dépendance

  • Forum
  • Le 23 janvier 2012

  • Marie Lambert-Chan

Peu de chercheurs ont étudié les conséquences d’incidents violents de masse et encore moins celles de fusillades en milieu scolaire.La fusillade au collège Dawson a laissé des marques profondes chez les étudiants victimes et témoins des évènements. Dans les 18 mois qui ont suivi le drame, cinq pour cent des femmes et sept pour cent des hommes ont fait face pour la première fois de leur vie à un problème de dépendance à l'alcool ou aux drogues, ce qui est «considérable» aux yeux de Natasha Dugal.

 

Dans son mémoire de maitrise, cette étudiante au doctorat en criminologie s'est penchée sur la consommation de substances psychoactives chez les étudiants de Dawson à la suite de la fusillade. Son étude faisait partie d'une recherche d'envergure comprenant une dizaine de chercheurs  du Centre de recherche Fernand-Seguin et du Centre universitaire de santé McGill qui ont sondé 948 étudiants du collège pour mesurer les répercussions de cette tragédie sur leur santé mentale.

Peu de chercheurs ont étudié les conséquences d'incidents violents de masse et encore moins celles de fusillades en milieu scolaire – même si ce genre d'acte criminel est de plus en plus fréquent. «Mon étude est l'une des seules à avoir analysé quantitativement les contrecoups de meurtres de masse sur les victimes et plus précisément les problèmes de dépendance», estime Natasha Dugal, qui s'intéresse depuis longtemps aux liens entre les traumatismes et la consommation d'alcool et de drogues.

Jusqu'à présent, ce phénomène a surtout été observé chez les militaires. «Je voulais vérifier si cela se manifestait aussi chez les civils après un trauma. Je pense avoir démontré que la fusillade à Dawson a augmenté de manière inquiétante le pourcentage d'étudiants qui ont un trouble de consommation», mentionne celle dont l'étude est publiée dans la Revue canadienne de psychiatrie.

La chercheuse Natasha Dugal espère que ses travaux permettront  d’améliorer le soutien apporté aux étudiants exposés à un incident  violent de masse.En incluant les étudiants qui avaient déjà un problème de dépendance, la prévalence de ce trouble grimpe à 13,4 % chez les hommes et à 10 % chez les femmes inscrits au collège au moment de la fusillade. À titre de comparaison, dans une enquête de 2002, Statistique Canada rapportait que les taux de dépendance à une substance psychoactive parmi la population canadienne étaient de 5,6 % chez les 15 à 19 ans et de 8,6 % chez les 20 à 24 ans durant l'année précédant l'enquête.

Hommes et femmes ne consomment pas pour les mêmes raisons

Natasha Dugal a exploré les variables pouvant prédire la manifestation d'un problème de dépendance à la suite d'une fusillade. Chez les hommes, les troubles de consommation de substances psychoactives étaient directement liés au fait d'avoir été âgé de 19 ans ou moins au moment de la tragédie, à la présence de pensées suicidaires au cours de leur vie et au fait d'avoir vu le tireur. Chez les femmes, aucun des facteurs précurseurs étudiés ne s'est avéré significatif.

«Il n'est pas surprenant que les hommes et les femmes réagissent différemment à ce traumatisme, observe l'étudiante. On a déjà noté maintes distinctions entre les deux sexes dans divers troubles psychologiques. Il est étonnant, par contre, qu'aucun élément précurseur ne ressorte du côté des femmes. Je poserais comme hypothèse que les hommes sont plus vulnérables à des éléments objectifs liés à l'évènement, comme le fait d'avoir vu le tueur, alors que les femmes vivent le traumatisme de façon plus subjective. Comment se sentaient-elles alors? Comment ont-elles perçu le drame? Que se passait-il dans leur vie à ce moment-là?»

Mme Dugal a aussi découvert que les hommes et les femmes ne noyaient pas leur douleur dans l'alcool pour les mêmes raisons. Les premiers tentaient de soulager des symptômes d'état de stress post-traumatique qu'on dit d'évitement et d'émoussement des affects. «Ils consomment pour se donner le courage de renouer avec des habitudes de leur vie d'avant, comme retourner à la cafétéria du collège, ou encore ressentir la joie, le bonheur, éprouver un intérêt pour la vie», illustre la doctorante.

Les femmes boivent plutôt pour contrer des symptômes d'activation neurovégétative, c'est-à-dire un état d'hypervigilance, des réactions de sursaut exagérées, des problèmes de sommeil, etc. «Elles cherchent à se calmer», résume-t-elle.

Natasha Dugal espère que les résultats de son mémoire aideront les professionnels de la santé et les intervenants en milieu scolaire à apporter un soutien adéquat aux étudiants exposés à un tel drame et à prévenir les problèmes de dépendance. D'autant plus, souligne-t-elle, que les jeunes adultes constituent une population particulièrement vulnérable à la consommation de drogues et d'alcool.

Marie Lambert-Chan

 

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