Les femmes sont moins portées à mémoriser les souvenirs émotionnels déplaisants

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  • Le 30 janvier 2012

  • Daniel Baril

(Photo: iStockphoto)Les évènements de la vie quotidienne ne sont évidemment pas tous encodés de la même façon dans notre mémoire: la charge émotive associée à chacun d'eux sera déterminante dans ce que notre mémoire retiendra ou mettra de côté.

 

Mais tout contenu émotif est-il retenu de la même façon? Y a-t-il une différence entre ce que retiennent les hommes et ce que retiennent les femmes?

Les recherches sur ces questions ont donné jusqu'ici des résultats fort différents. «L'une des limites de ces travaux est de ne pas avoir tenu compte de l'aspect plaisant ou déplaisant de l'activation émotionnelle suscitée par les stimulus utilisés», avance Marc Lavoie, professeur au Département de psychiatrie de l'Université de Montréal et chercheur au Centre de recherche Fernand-Seguin de l'Hôpital Louis-H. Lafontaine.

Le professeur vient de diriger une équipe de chercheurs qui ont tenté de clarifier les données dans ce domaine afin de préparer une prochaine étude portant sur les différences cognitives intersexes chez les personnes atteintes de schizophrénie. Les résultats de leurs travaux montrent des différences intersexes dans la mémorisation des stimulus émotifs, différences modulées à la fois par l'activation (forte ou faible) et par la valence émotionnelle (caractère plaisant ou déplaisant) attribuées au stimulus.

Différences intersexes

Les chercheurs ont dans un premier temps présenté à 17 hommes et 17 femmes une série de 100 images suscitant des émotions agréables ou non et d'intensité variable. À titre d'exemples, les stimulus agréables comportaient des scènes sensuelles alors que des images d'amputation se trouvaient parmi les stimulus désagréables.

Dans un deuxième temps, une autre série de 200 images, comprenant les 100 premières et 100 nouvelles, leur étaient présentées aléatoirement. Chacun des sujets devait établir, le plus rapidement possible, s'il s'agissait d'une nouvelle image ou d'une image déjà présentée en appuyant sur le bouton approprié pendant que leur activation cérébrale était enregistrée.

En tenant compte du temps de réponse et des bonnes réponses, l'expérience a montré que les hommes avaient des résultats supérieurs aux femmes lorsque les stimulus étaient déplaisants (valence faible), et cela, quel que soit le niveau d'activation émotive.

Les femmes avaient quant à elles de meilleurs résultats avec les stimulus plaisants. De plus, elles réagissaient plus rapidement que les hommes aux stimulus agréables en décodant plus vite qu'eux si l'image avait déjà été présentée ou non.

«On peut en conclure que les femmes ont une plus grande difficulté que les hommes à discriminer les stimulus émotionnels déplaisants alors qu'elles réussissent mieux que les hommes à discriminer les stimulus plaisants», affirme Marc Lavoie.

Considérant le type de photos employées, on peut aussi dire que les hommes ont moins de réactions de rejet face aux situations émotionnellement négatives.

Les chercheurs s'étaient assurés que les deux groupes d'hommes et de femmes avaient des caractéristiques socioéconomiques identiques tant pour l'âge, la scolarité, l'orientation sexuelle, les revenus et le QI que pour la personnalité. Les différences observées ne seraient donc pas attribuables à de tels facteurs. «Nos résultats sont solides et semblent refléter les différences sexuelles dans la façon de discriminer les stimulus émotionnels», ajoute le chercheur.

L'étude a également montré des différences notables dans l'activation des hémisphères cérébraux. De façon générale, l'activation cérébrale des femmes était moins latéralisée que celle des hommes, ce qui est notamment dû à une plus forte activation dans leur hémisphère frontal droit. «Cette zone est celle de la reconnaissance émotionnelle des visages et de l'intonation de la voix», précise Marc Lavoie.

À poursuivre auprès de schizophrènes

Les différences intersexes, observées tant dans les réponses au test que dans l'activité cérébrale, pourraient être dues aux hormones sexuelles. Cette recherche se veut en fait une étape préliminaire à une autre étude qui portera sur le même sujet et qui sera réalisée auprès de patients schizophrènes. Rappelons qu'une collègue de Marc Lavoie, la professeure Adrianna Mendrek, a déjà montré que le profil d'activation cérébrale propre à chacun des sexes semblait être inversé chez certains schizophrènes, les femmes affichant une activation plus caractéristique d'un cerveau masculin et vice versa. Les hormones seraient possiblement en cause.

«On sait que les personnes atteintes de schizophrénie éprouvent certains problèmes de mémoire ainsi que de perception et d'expression des émotions, reprend le chercheur. Pour comparer les différences entre hommes et femmes schizophrènes, il faut d'abord comprendre ce qui se passe chez les sujets en santé et c'est ce que visait notre étude.»

Les résultats de cette première phase, financée par une subvention à la découverte du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie (CRSNG) du Canada, seront publiés dans le prochain numéro de l'International Journal of Psychophysiology ; le premier auteur de l'article est l'étudiante Emma Glaser, titulaire d'une bourse de stagiaire d'été du CRSNG.

Daniel Baril

 

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