Sage à la maternelle, brillant en quatrième année!

  • Forum
  • Le 30 janvier 2012

  • Mathieu-Robert Sauvé

Une recherche conclut que les politiques de santé publique relatives au développement de l'enfant devraient prendre en compte l'importance de la préparation à l'école. (Photo: iStockphoto)C'est dans de petits gestes qu'on observe des attitudes prédisposant à la réussite scolaire. L'enfant en maternelle qui écoute les consignes, se concentre sur les exercices demandés – même ceux qui ne lui plaisent pas d'emblée – et respecte l'autorité aura de meilleures notes en quatrième année du primaire que celui qui désobéit, défie l'éducatrice et ne termine pas ses exercices.

 

Tel est le constat auquel est parvenue Caroline Fitzpatrick au terme d'une étude sur plusieurs centaines d'enfants suivis entre la maternelle et le deuxième cycle du primaire. «Les indicateurs de réussite sont assez clairs; l'enfant d'âge préscolaire qui coopère avec les autres et qui manifeste des signes d'engagement personnel dans ses actions à la maternelle a de bien meilleurs résultats à l'école dans des matières comme les mathématiques et le français», dit l'auteure de la première thèse de doctorat de l'École de psychoéducation, soutenue avec succès au début de l'année. Si cette unité de la Faculté des arts et des sciences est engagée depuis longtemps dans les études aux cycles supérieurs, elle n'offre un programme d'études de troisième cycle que depuis 2006. Sous la direction de la professeure Linda Pagani, la thèse de Mme Fitzpatrick marque donc l'histoire.

C'est grâce aux données tirées de l'Étude longitudinale du développement des enfants du Québec que la chercheuse a pu rassembler les données nécessaires à sa démonstration. «Cette étude nous permet de suivre les enfants sur une très longue période, de la petite enfance à l'adolescence par exemple. On peut donc documenter les facteurs de réussite, ce qui peut aider les enseignants dans leur approche pédagogique», affirme-t-elle. Parents et professeurs ont été mis à contribution pour rapporter les attitudes d'enfants du Québec entre 2004 et 2010. Au départ, 2000 enfants figuraient dans la base de données; 960 ont été retenus.

Caroline FitzpatrickDes petits gestes qui en disent long

Dans la communauté scientifique, il est admis que «les aptitudes cognitives, physiques et socioaffectives de même qu'une attitude positive envers l'apprentissage constituent des composantes essentielles de la préparation à l'école», comme l'écrit Mme Fitzpatrick dans un article publié par l'Institut de la statistique du Québec et cosigné par sa directrice de thèse, Michel Janosz et Luc Belleau: «Prédire la réussite scolaire des enfants en quatrième année à partir de leurs habiletés cognitives, comportementales et motrices à la maternelle». De l'avis des auteurs, la préparation à l'école doit être prise en considération dans les politiques de santé publique relatives au développement des enfants.

Ils recommandent que «davantage d'efforts soient consacrés afin de mieux comprendre le lien entre l'engagement scolaire de l'élève, la préparation à l'école ainsi que la réussite scolaire en général».

Le doctorat de Mme Fitzpatrick met en lumière un lien direct entre l'attitude à la maternelle et la réussite scolaire en quatrième année, non seulement dans des milieux défavorisés, comme l'avaient montré d'autres chercheurs, mais dans un échantillon représentatif de l'ensemble du Québec. «Les résultats suggèrent que les habitudes de travail dès l'entrée à l'école représentent des prédicteurs robustes du rendement académique quatre ans plus tard», peut-on lire dans le résumé de la thèse. Trois études ont été menées dans le cadre de cette recherche et toutes «soulignent l'importance de tenir compte de l'engagement dans les évaluations de la maturité scolaire à la maternelle».

À la lumière de ces connaissances, les enseignants peuvent-ils intervenir tôt afin de favoriser l'engagement scolaire dès la maternelle? «Bien sûr, on peut favoriser des jeux éducatifs appropriés et être plus vigilant devant des comportements à problème. Mais les conditions d'enseignement sont peut-être plus difficiles qu'avant. On compte de plus en plus d'enfants par classe, ce qui laisse moins d'occasions à l'enseignant de se concentrer sur des cas individuels», déplore la diplômée en psychoéducation.

Psychologie et psychoéducation

Après avoir obtenu des diplômes de l'Université McGill (baccalauréat en psychologie) et de l'Université Concordia (maitrise), Mme Fitzpatrick s'est jointe à l'équipe de la professeure Pagani, dont les champs de recherche étaient à ses yeux en droite ligne avec ses thématiques de travail. «J'étais intéressée par cette question de l'engagement scolaire comme facteur de réussite et c'était l'un des créneaux de Linda Pagani. Nous nous sommes très bien entendues», mentionne-t-elle.

Un moment fort de son parcours? Certainement sa soutenance de thèse. «J'ai dû retenir mes larmes plusieurs fois», avoue-t-elle. Elle vise une carrière universitaire de façon à en apprendre tous les jours.

Mme Fitzpatrick poursuit actuellement des études postdoctorales à l'Université de New York en vertu d'une bourse annuelle de 40 000 $ obtenue du Fonds de recherche du Québec – Société et culture. Elle avait auparavant obtenu une bourse Fullbright pour ses études au doctorat. Ses travaux précédents sur le tabagisme durant la grossesse ou l'influence de la télévision sur l'apprentissage, notamment, l'ont menée dans des congrès aux quatre coins du monde.

Mathieu-Robert Sauvé

 

Voir le clip

Sur le Web