Statistiques et méthodes quantitatives: du bonbon pour Claire Durand

  • Forum
  • Le 30 janvier 2012

  • Mathieu-Robert Sauvé

Claire DurandAvant de plonger dans des études universitaires qui l'ont conduite jusqu'à un poste de professeure au Département de sociologie de l'Université de Montréal, Claire Durand a dirigé une maison de sondage pendant cinq ans. «Les sondages sont restés un de mes axes de recherche.

 

Pendant les élections, je suis particulièrement occupée à les analyser et à les commenter. Aux dernières élections fédérales, j'ai tenu un blogue sur les sondages», dit cette femme énergique qui enseigne aussi la méthodologie quantitative et la psychosociologie.

Les chiffres utilisés en sciences humaines, à ses yeux, représentent le «summum de la philosophie». Car pour les gens comme elle, qui n'ont jamais eu peur des mathématiques, les phénomènes sociaux sont plus faciles à étudier lorsqu'ils sont synthétisés sous forme de modèles. «Pour nous, un chiffre n'est jamais un chiffre; c'est la représentation d'un phénomène de société.»

Avec ses étudiants des cycles supérieurs, Mme Durand aime s'attaquer aux mythes qui colorent la pensée populaire. Récemment, Mélanie Deslauriers démontrait dans son mémoire de maitrise (sous la codirection de Claire Durand et de Gérard Duhaime, de l'Université Laval) que, lorsqu'on tient compte du lieu de résidence et de la scolarité, les écarts entre autochtones et non-autochtones relativement à l'accès à l'emploi et aux revenus ne sont pas très grands.

Autre mythe déboulonné: la fluctuation de l'appui à la souveraineté. Une analyse de quelque 700 sondages politiques effectués au Québec entre 1976 et 2008 faite par François Yale dans le cadre de sa maitrise montre que cet appui a connu une hausse constante bien avant l'échéance de l'accord du lac Meech, en 1990. «On dit souvent que l'échec de cet accord a provoqué une augmentation de l'appui à l'idée d'indépendance. Une analyse plus fine révèle que l'anticipation de cette échéance a joué un rôle majeur dans l'opinion publique. Dans les faits, la hausse de l'appui avait commencé bien avant le rejet des provinces.»

Il faut se méfier des moyennes, souligne-t-elle; avoir la tête dans un four et les pieds dans la glace ne signifie pas qu'on se sente à l'aise...

En poste depuis 1993, Claire Durand a mis les nouvelles technologies de la communication de son côté. Dès 2009, elle prenait l'initiative de filmer ses cours afin de permettre aux étudiants de réviser la matière sur le Web, à leur convenance. Immédiatement, la réaction a été positive, ce qui s'est traduit par des notes significativement plus élevées. Aujourd'hui, elle ne jure que par StudiUM et permet l'accès libre et gratuit à la partie magistrale des contenus de ses cours en méthodes de sondage et en analyse quantitative avancée. «Les grands établissements universitaires rendent accessible un contenu de qualité à des gens qui, parfois, n'ont aucune intention de s'inscrire à l'université. Mais ces contenus sont presque tous en anglais. Ma contribution est en français. Ça fait une excellente vitrine pour le département. Depuis que je permets l'accès libre au contenu de mes cours en méthodologie, le nombre d'inscriptions à mes cours s'est s'accru. De plus, en méthodes de sondage, près de la moitié des étudiants inscrits suivent le cours de formation à distance en ligne.»

Grâce à une application du moteur de recherche Google, on peut voir qui consulte le site de Claire Durand: les visiteurs viennent du Canada et de France principalement, mais aussi de Belgique, d'Afrique du Nord et de l'Afrique francophone en général, d'Allemagne, du Brésil, etc.

La sociologue ne regrette nullement d'avoir quitté la maison de sondage pour une carrière universitaire qu'elle adore. Elle lie constamment l'enseignement et la recherche dans ses échanges avec des personnes qu'elle choisit en fonction de leurs champs d'intérêt en recherche, mais aussi de leurs qualités tout court. «Je ne collabore qu'avec des gens avec qui j'ai du plaisir», confie-t-elle.

Et uniquement avec ceux qui répondent à leurs courriels, précise-t-elle en souriant.

Mathieu-Robert Sauvé

 

Voir le clip