Une étude en géocriminalité fait son chemin jusqu'en Équateur

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  • Le 30 janvier 2012

  • Marie Lambert-Chan

Les chercheurs ont pu déterminer quel type de voitures étaient plus susceptibles d’être volées et les endroits où ces vols risquaient le plus de se produire. (Photo: iStockphoto)En 2007, Jean-François Allaire et Tony Brien ont collaboré avec les policiers de la Ville de Sherbrooke pour analyser de façon géostratégique les vols de véhicules sur leur territoire. Ils ont découvert, entre autres, que les Honda Civic et les Chevrolet Cavalier étaient les autos les plus convoitées et que les délits survenaient surtout à proximité des autoroutes. C'est ce qu'on appelle la géocriminalité.

 

Au cours des cinq dernières années, M. Brien, chargé de cours à l'École de criminologie de l'Université de Montréal, et M. Allaire, statisticien principal et coordonnateur du Groupe de consultation en statistique du Centre de recherche de l'Institut Philippe-Pinel, ont présenté leur étude dans diverses rencontres, notamment à la 3e Conférence internationale sur l'observation de la criminalité. Cette participation leur a ouvert les portes du 2e Congrès international sur la sécurité publique, qui se tenait en octobre dernier à Guayaquil, en Équateur. Une invitation dont ils ne sont pas peu fiers.

Parmi les 400 personnes qui ont assisté à leur présentation se trouvaient des avocats, des juges, des représentants de la sécurité publique, des cadres policiers et des universitaires, dont le gouverneur de la province de Guayas, Roberto Cuero Medina, et le professeur canadien Irwin Waller, une sommité internationale en prévention de la criminalité. Ce dernier a d'ailleurs souligné aux conférenciers que «leur propos avait été très intéressant et cadrait tout à fait avec les objectifs du congrès, qui étaient justement d'établir des ponts de communication entre les autorités policières et les différents partenaires du système de justice», indique Jean-François Allaire.

Jean-François Allaire et Tony Brien lors de leur conférence à Guayaquil, en Équateur.En effet, une collaboration entre des statisticiens et des policiers n'est pas courante. «Traditionnellement, les policiers travaillent entre eux autant à l'échelon local qu'à l'échelle internationale. Ils craignent de partager leurs renseignements avec des organisations externes. Nous voulions démontrer qu'un tel partenariat est possible et fructueux», remarque Tony Brien, qui est aussi chef de section des données opérationnelles au Service de police de la Ville de Sherbrooke.

Bien que la criminalité soit plus importante à Guayaquil – de cinq à six homicides sont commis par semaine – qu'à Sherbrooke, où ce type de crime se produit moins d'une fois par année, Jean-François Allaire croit que l'implantation d'un projet comme le leur est envisageable. «On recourt un peu plus souvent qu'avant à la géocriminalité, mais il reste encore à convaincre l'ensemble des acteurs d'y participer», signale-t-il.

Cette rencontre a donc donné lieu à des échanges profitables, mais aussi à quelques quiproquos amusants. «À la fin de la conférence, des policiers chiliens nous ont entretenus de leur réalité des braquages de véhicules motorisés, relatent les spécialistes. Après quelques minutes de discussion, nous avons compris qu'ils concevaient la réalité sherbrookoise de la même façon et croyaient que les automobiles étaient volées au moyen d'une arme à feu! Lorsque nous leur avons expliqué qu'il s'agissait plutôt de véhicules inoccupés garés dans des stationnements commerciaux, ils se sont montrés plutôt surpris et cela les a fait sourire.»

Il est question que MM. Brien et Allaire coopèrent avec ces autorités locales pour élaborer d'autres projets en sécurité publique. «Nous pourrions leur présenter comment mieux utiliser et analyser leurs données, ajoute M. Allaire. Les systèmes policiers en produisent tant qu'il peut être difficile de savoir lesquelles sont les plus pertinentes.»

Les deux hommes ne chôment pas non plus au Québec. Cette année, ils chercheront à concevoir d'autres outils d'analyses géostratégiques. «Nous songeons à inclure dans nos travaux d'autres types de délits, comme les introductions par effraction, les fraudes et les voies de fait», annonce Tony Brien.

Marie Lambert-Chan

 

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