Nino Gabrielli a (au moins) deux passions

  • Forum
  • Le 6 février 2012

  • Mathieu-Robert Sauvé

Nino GabrielliLa première fois que Nino Gabrielli a écouté un concert de gamelan, ensemble balinais de métallophones, c'était en 2001 dans une salle de la Faculté de musique de l'Université de Montréal. «J'ai été immédiatement séduit. J'ai assisté à chaque concert de l'ensemble à partir de ce moment-là. Je suis devenu un inconditionnel de cette musique.»

 

Quelques années plus tard, il a été invité à prendre place auprès des musiciens du groupe Giri Kedaton – «montagne royale» en balinais. «Il n'est pas nécessaire d'avoir une formation musicale pour jouer de cet instrument; c'est par tradition orale que le répertoire est transmis d'une génération à l'autre. Notre directeur musical, I Dewa Made Suparta, originaire de Bali, nous montre notre partition et nous la reproduisons. Le gamelan forme en soi un seul instrument.»

Aujourd'hui codirecteur de Giri Kedaton avec Éric Vandal, étudiant en ethnomusicologie à l'UdeM, Nino Gabrielli s'est rendu deux fois à Bali afin de perfectionner sa connaissance du répertoire. Il a notamment reçu une bourse du Conseil des arts et des lettres du Québec pour un voyage d'études. Le musicien a coproduit le disque du groupe en 2009, Projet Bali X.

Sur l'instrument offert par le gouvernement balinais à la Faculté de musique en 1986, l'ensemble en résidence présente régulièrement des concerts au cours desquels des danseuses accompagnent les musiciens; l'une de ces prestations a eu lieu l'automne dernier à la salle Bourgie du Musée des beaux-arts de Montréal. Une salle bondée a chaleureusement applaudi les artistes. «C'était un de nos bons spectacles», relate Nino Gabrielli.

Au cours de ses études en philosophie, le jeune homme s'était intéressé aux traditions de la pensée chinoise. Il a même appris des rudiments de mandarin. Après avoir obtenu son baccalauréat en 2005, ce «touche-à-tout», comme il se définit lui-même, se lance dans un programme de maitrise à l'École de bibliothéconomie et des sciences de l'information. Il est à présent bibliothécaire à la Bibliothèque des lettres et sciences humaines (BLSH). «C'est un métier qui me permet d'aborder différents aspects de la culture et d'être constamment en contact avec les étudiants et les professeurs», explique le bibliothécaire rattaché à la Faculté de théologie et de sciences des religions, un secteur où les collections sont particulièrement riches.

Dans un tout autre registre, Nino Gabrielli s'intéresse à l'écrivain québécois Hubert Aquin. En 2010, avec sa collègue Catherine Bernier, il a présenté à l'atrium de la BLSH une exposition sur l'œuvre méconnue de l'auteur de Prochain épisode (voir Forum du 1er novembre 2010: «Deux employés de l'UdeM font revivre Hubert Aquin»). «On connait mal la production non littéraire d'Aquin, et l'exposition que nous avons organisée visait à mettre en valeur son rapport avec les médias. Hubert Aquin a été réalisateur à la radio et à la télévision; il a fait du cinéma et du journalisme. Il aurait été heureux de connaitre les moyens de communication actuels. S'il vivait aujourd'hui, il ne faudrait pas s'étonner de le trouver ici même en train de consulter une base de données sur la pensée antique...»

Il arrive que les gouts personnels et professionnels convergent. Alors qu'il était commis de bibliothèque, il a découvert l'existence d'une entrevue que l'écrivain britannique Aldous Huxley a accordée à Hubert Aquin à l'émission Premier plan, diffusée à Radio-Canada en 1960. Il a obtenu une copie de ce document rarissime que les membres de la communauté universitaire peuvent à leur tour emprunter.

L'histoire personnelle de Nino Gabrielli est intimement liée à l'UdeM, comme il le fait remarquer, puisque depuis 2000 il y a étudié, travaillé et joué de la musique presque quotidiennement. «Je suis un pur produit de l'Université de Montréal», déclare-t-il en souriant.

Mathieu-Robert Sauvé

 

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