Combattre le VIH par le nez?

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  • Le 13 février 2012

  • Daniel Baril

Les recherches démontrent la pertinence d’approfondir la piste du vaccin administré par voie nasale. (Photo: iStockphoto)Malgré la course au vaccin contre le sida, l'épidémie continue de faire des ravages un peu partout dans le monde. Actuellement, plus de 33 millions de personnes vivent avec le VIH sur la planète et les trois quarts d'entre elles habitent en Afrique subsaharienne.

 

«Dans cette région du monde, les femmes représentent plus de 60 % des cas et cette proportion est en hausse constante», précise le Dr Michel Roger, professeur au Département de microbiologie et immunologie de l'Université de Montréal et chercheur au Centre de recherche du CHUM. Depuis une quinzaine d'années, le professeur mène des travaux de recherche auprès des femmes du Bénin et du Zimbabwe afin de comprendre les mécanismes immunologiques et moléculaires en jeu dans la transmission du VIH.

Ces pays ont été ciblés non seulement parce que de nombreuses femmes y sont affectées par la maladie, mais aussi parce qu'on y rencontre une catégorie de femmes qui ont toujours intrigué les chercheurs: les travailleuses du sexe qui ont été en contact avec le virus mais qui demeurent séronégatives.

«L'étude de ces femmes naturellement résistantes à l'infection permettra d'obtenir des données probantes pour la mise au point de vaccins ou microbicides contre le VIH», estime le chercheur.

Moins de véhicules pour le VIH

Les travaux de l'équipe du Dr Roger ont montré que les prostituées résistantes au VIH présentent une réponse immunitaire vaginale très faible alors que les chercheurs s'attendaient au contraire à observer une forte réaction immunitaire étant donné l'exposition importante au virus.

Au contact du VIH, les cellules immunitaires vaginales de ces femmes semblent donc produire moins de molécules inflammatoires (cytokines et chémokines) que celles des sidéennes. Ces deux protéines sont des signaux qui commandent notamment l'action et le recrutement  de lymphocytes T, lesquels s'attaquent normalement à l'agent infectieux pour le détruire.

L’équipe du Dr Roger poursuit les recherches sur le VIH, qui est un virus très rusé.Mais le VIH est très rusé. Ce sont précisément les lymphocytes T qu'il utilise pour envahir l'organisme. «Moins il y a de lymphocytes T, moins le virus a de véhicules à sa disposition pour contaminer l'organisme», explique le Dr Roger.

En outre, en comparant les réponses immunitaires dans le sang et dans le vagin de ces femmes, le chercheur a constaté que la réponse immunitaire dirigée contre le VIH dans la muqueuse vaginale est très différente de celle observée dans le sang chez une même femme.

Les recherches se poursuivent afin de mieux comprendre les mécanismes moléculaires derrière cette réponse davantage contrôlée et plus efficace des cellules immunitaires. Des facteurs génétiques pourraient être en cause comme le laisse croire le fait que des sœurs qui sont dans le même milieu affichent le même profil de résistance au VIH.

Nouvelle voie pour un vaccin

Ces nouvelles connaissances montrent qu'il serait sans doute avantageux de viser l'élaboration d'un vaccin qui bloque l'entrée du virus dans la zone de contact plutôt que de chercher à le combattre de l'intérieur de l'organisme.

«Les recherches sur un vaccin contre le sida ont toutes porté sur la voie sanguine et cette approche a été jusqu'ici un échec, déclare le professeur. Nos travaux ont montré que la réponse immunitaire est différente au site d'infection; il faut donc se tourner vers les portes d'entrée pour découvrir un moyen de bloquer le virus.»

Le vaccin envisagé pourrait être administré par voie nasale et immuniserait toutes les muqueuses de l'organisme.

Daniel Baril

 

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L'importance du dépistage

Le Dr Michel Roger travaille également sur les caractéristiques de l'épidémie de sida en Amérique du Nord. Au Canada, on dénombre 60 000 personnes infectées par le VIH, dont 13 000 au Québec. Si l'épidémie semble maitrisée chez les hétérosexuels, il en va tout autrement dans la communauté homosexuelle, où plusieurs ont encore des comportements à risque.

Dans 5 % des cas, les personnes séropositives développeront le sida en moins de 2 ans, alors que chez 10 % d'entre elles le système immunitaire résistera encore après 15 ou 20 ans. Comme pour les prostituées séronégatives africaines, le Dr Roger cherche à comprendre ce qui cause ces réponses immunitaires différentes.

Ses travaux ont par ailleurs montré que 50 % des nouveaux cas d'infection au VIH sont dus à des relations sexuelles survenues avec un porteur en phase aigüe, c'est-à-dire qui est dans la première année de son infection encore silencieuse. «Il faut donc trouver une façon d'améliorer le dépistage de ceux qui sont en phase aigüe», souligne le chercheur.

Présentement, les tests peuvent déceler les antigènes du VIH dans les deux ou trois semaines qui suivent l'infection. «Il est important que les gens à risque passent ces tests tous les deux ou trois mois», fait valoir le médecin.

D.B.