Gilles Lavigne, le dentiste qui a mal tourné

  • Forum
  • Le 13 février 2012

  • Mathieu-Robert Sauvé

Gilles LavigneAvec sa queue de cheval et ses allures anticonformistes, Gilles Lavigne n'est pas le type d'homme qu'on imagine à la tête d'une faculté universitaire. Lui-même est surpris de se retrouver dans le bureau du pavillon Roger-Gaudry qui a été dessiné par Ernest Cormier pour accueillir le recteur de l'Université de Montréal. «J'ai été dentiste, professeur, chercheur, puis j'ai mal tourné. Je suis devenu doyen de la Faculté de médecine dentaire», blague celui qui dit avoir l'UdeM «gravée sur chacune de ses dents».

 

Fils d'un anesthésiste qui devait régulièrement mettre fin aux activités familiales pour aller soigner des patients, Gilles Lavigne s'était bien promis de ne pas devenir médecin. C'était sans s'imaginer qu'il serait un jour happé par le monde de la recherche. «Remplir des demandes de fonds exige parfois de s'y consacrer le soir et la fin de semaine. De plus, comme je mène des recherches sur le sommeil, j'ai eu à me rendre à l'hôpital à de multiples reprises en pleine nuit.»

Très heureux de diriger la Faculté de médecine dentaire, qui vient de connaitre une rénovation majeure de ses installations, Gilles Lavigne est intarissable au sujet des cliniques. Elles reçoivent de 8000 à 10 000 patients par année et ont plus de 20 000 dossiers actifs. Certains jours, ce sont plus de 500 personnes qui s'y présentent.

Son coup de foudre pour la recherche remonte à un moment précis de sa formation de dentiste, en deuxième année. «Je me souviens que c'était un matin et notre professeur de prosthodontie nous a parlé du rôle du système nerveux dans l'activation des muscles: son rôle dans la mastication, la respiration, la déglutition. Ça m'avait fasciné et je suis allé voir le professeur pour lui dire qu'un jour je deviendrais chercheur et que je contribuerais à faire avancer ce domaine-là.»

Après quelques années de pratique en cabinet, le jeune homme a tenu parole. Il a fait une maitrise à l'UdeM, un doctorat à l'Université de Toronto, puis un postdoctorat aux États-Unis. Il est l'auteur de plusieurs dizaines d'articles scientifiques et est aujourd'hui un des spécialistes mondiaux du bruxisme, cette anomalie qui fait grincer des dents la nuit. «Quand j'étais étudiant, nos professeurs nous disaient que le grincement des dents était provoqué par la présence de vers. Rapidement, on a rejeté cette hypothèse et l'on a attribué le phénomène au stress. Même si le stress peut être en cause, on sait à présent que c'est en grande partie un dérèglement du système nerveux autonome. Avant un épisode de bruxisme, on observe une activation cardiaque et respiratoire; le bruxisme est donc causé par une instabilité du sommeil.»

S'il était attiré par un métier qui lui permettrait de manipuler avec soin de très petits objets – l'art dentaire, fait-il remarquer, compte beaucoup de musiciens amateurs dans ses rangs –, le professeur Lavigne a été ravi de découvrir le caractère interdisciplinaire de sa profession. «On touche aux biomatériaux, à l'environnement, à la pharmacologie, à la médecine. La médecine dentaire me permet de faire un peu de tout ça.»

La profession confère également beaucoup de liberté. Aucun risque d'être victime de délocalisation quand on exerce ce métier. «J'aurais pu choisir de m'installer au bord du fleuve ou dans les Laurentides, ce que j'ai fait quelques années. Être dentiste, c'est être libre», déclare-t-il en souriant.

Père de deux enfants, Gilles Lavigne découvre actuellement le plaisir d'être grand-père. La première fois qu'il a vu son petit-fils, il lui a examiné le palais et la mâchoire «pour être certain qu'il ne grincera pas des dents».

Mathieu-Robert Sauvé

 

Voir le clip

Sur le Web