La prévention du TDAH doit se faire dès la petite enfance... et même avant!

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  • Le 13 février 2012

  • Marie Lambert-Chan

Richard E. Tremblay (Photo: Jean-François Hamelin)Pour la première fois, des chercheurs ont suivi plus de 2000 enfants de l'âge de 17 mois à 8 ans afin de mieux comprendre l'apparition des symptômes d'hyperactivité-impulsivité et d'inattention et de cerner les facteurs de risque environnementaux pendant la grossesse et les premières années de vie.

 

Résultat: les symptômes du trouble déficitaire de l'attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) auraient des trajectoires plus diversifiées qu'on croyait. Les symptômes d'hyperactivité tendent à décroitre de 17 mois à 8 ans, alors que ceux d'inattention augmentent de façon substantielle.

«Cependant, l'hyperactivité-impulsivité et l'inattention sont fortement associées: à cet âge, rares sont les enfants qui sont affectés seulement par l'une ou par l'autre», remarque Richard E. Tremblay, directeur du Groupe de recherche sur l'inadaptation psychosociale chez l'enfant de l'Université de Montréal et directeur scientifique de l'Étude longitudinale du développement des enfants du Québec (ELDEQ). Il cosigne cette recherche avec Cédric Galéra, Sylvana Côté, Manuel P. Bouvard, Jean-Baptiste Pingault, Maria Melchior, Grégory Michel et Michel Boivin. En effet, parmi les 2057 participants, 12,3 % manifestaient un haut niveau d'hyperactivité et d'inattention; 3,7 % présentaient uniquement une forte hyperactivité; et 0,7 % avaient seulement des troubles de l'attention.

Grâce à l'ELDEQ, un échantillon populationnel, les chercheurs ont pour la première fois désigné les facteurs de risque périnataux associés à la manifestation des symptômes du TDAH de 17 mois à 8 ans: le jeune âge de la mère (moins de 21 ans), le tabagisme de la mère pendant la grossesse, la prématurité, un faible poids à la naissance, la dépression de la mère, les problèmes de comportement du père et une famille éclatée avant la naissance de l'enfant.

«Plusieurs recherches ont déjà soulevé le rôle joué par certains de ces facteurs, mais la majorité d'entre elles étudiaient seulement de petites cohortes d'enfants d'âge scolaire, ce qui ne permettait pas de comprendre que les symptômes apparaissent très tôt au cours de la petite enfance», explique Richard E. Tremblay.

Le TDAH est un problème complexe qui tire ses origines à la fois de la génétique et de l'environnement, ajoute-t-il. «On ne peut exclure que l'une ne soit pas liée à l'autre. Prochainement, nous nous pencherons sur l'interaction entre les facteurs génétiques et environnementaux.»

Des interventions dès la petite enfance

Selon M. Tremblay, les résultats de l'étude confirment l'importance d'aider très tôt les parents et les enfants à risque. «Les traitements du TDAH commencent beaucoup trop tard, croit-il. On attend le milieu ou la fin du primaire, alors que ces enfants connaissent déjà l'échec scolaire et que les parents sont découragés. Les écoles doivent faire du dépistage et offrir un soutien intensif dès l'entrée en prématernelle et en maternelle.»

Il préconise également une assistance soutenue pour les femmes enceintes et leur conjoint qui présentent plusieurs des facteurs de risque. «Certains sont plus en péril que d'autres, comme les jeunes femmes enceintes déprimées et seules», mentionne-t-il.

Intervenir au moment de la grossesse se traduira par des effets bénéfiques à long terme et pas que sur la prévention du TDAH. «Les facteurs de risque mis au jour sont liés à d'autres troubles chez l'enfant comme la dépression, l'anxiété, l'agressivité et l'échec scolaire. Tous ces problèmes se rencontrent aussi chez les enfants qui ont des troubles d'attention et d'hyperactivité», précise Richard E. Tremblay.

Cette étude a été publiée dans le numéro de décembre 2011 de la revue Archives of General Psychiatry.