Le lait maternel est ce qu'il y a de mieux pour le prématuré

  • Forum
  • Le 13 février 2012

  • Daniel Baril

Même s’il requiert un grand effort, l’alimentation du bébé prématuré au lait maternel reste souhaitable, selon Marjolaine Héon. (Photo: iStockphoto)À l'heure où il semble y avoir un regain d'intérêt pour l'allaitement maternel au Québec, on doit malheureusement déplorer une recrudescence des naissances prématurées. Mais contrairement à ce qu'on pourrait croire, la naissance avant terme n'est pas un empêchement à l'allaitement maternel. Il faut juste un peu plus de soutien et d'accompagnement.

 

Marjolaine Héon, professeure à la Faculté des sciences infirmières de l'Université de Montréal, a mené un projet pilote auprès de 40 mères de nouveau-nés prématurés afin de vérifier si un soutien infirmier pouvait améliorer la production lactée chez ces mères.

Nourrir... un tire-lait!

La complexité de la situation que doivent affronter les mères de bébés prématurés n'a rien pour encourager l'allaitement maternel. «Un allaitement maternel nécessite une production minimale de 500 ml de lait par jour, explique Marjolaine Héon. Mais les mères de prématurés sont trois fois plus à risque que les autres d'avoir une production de lait insuffisante.»

Toute naissance survenue avant 37 semaines est considérée comme prématurée, la durée normale de la grossesse étant d'environ 39 semaines. Sept pour cent des naissances au Québec surviendraient avant terme et le phénomène est à la hausse, notamment à cause des grossesses multiples liées à la fécondation in vitro.

Marjolaine HéonEn plus de la production lactée insuffisante des mères, les grands prématurés – c'est-à-dire les enfants nés avant 30 semaines de gestation, comme c'était le cas dans cette étude – doivent demeurer à l'hôpital, où ils sont placés en incubateur. Comme ils n'ont pas encore le réflexe de succion, ils doivent être nourris par sonde nasogastrique. Ce qui implique que la mère doit exprimer, c'est-à-dire tirer, son lait à l'aide d'un tire-lait, puis se présenter à l'hôpital pour le donner à l'enfant par gavage.

Un tel contexte n'a rien de l'expérience psychologiquement riche que vit normalement la mère qui allaite de façon naturelle, convient la chercheuse. Difficile en effet d'avoir une relation intime avec un tire-lait électrique!

Pourtant, «le lait maternel est ce qu'il y a de meilleur à donner à un bébé prématuré, affirme Marjolaine Héon. Il favorise le développement de la flore intestinale, renforce le système immunitaire et combat la nécrose des tissus intestinaux. Et la croissance de l'enfant nourri avec ce lait est plus rapide que celle de l'enfant nourri au lait commercial.»

Il lui apparait donc important que ces mères bénéficient d'un soutien qui les encourage à opter pour l'allaitement maternel malgré les difficultés que cela comporte.

Plus d'expressions... lactées

Les mères qui ont participé à son expérience ont été réparties en deux groupes. Le groupe témoin a reçu les services de base accordés à toute mère de prématuré, c'est-à-dire le soutien d'une infirmière lors des séjours à l'hôpital. Le groupe expérimental a reçu pour sa part un soutien de six semaines incluant une séance d'information donnée par une infirmière consultante et portant sur le maintien d'une production lactée suffisante, un suivi téléphonique régulier pour s'assurer que tout va bien et un service d'aide téléphonique continu. Les deux groupes ont aussi reçu un tire-lait électrique prêté gratuitement.

Au terme de l'expérience, les mères qui avaient bénéficié du soutien plus marqué procédaient encore à six séances d'expression lactée par jour contre cinq pour les mères du groupe témoin. C'est sur le plan de la durée de ces expressions que la différence est la plus grande: les mères du groupe expérimental ont augmenté la durée de ces séances en passant de 112 minutes par séance au début de l'expérience à 128 minutes après six semaines, alors que les mères de l'autre groupe ont plutôt réduit le temps consacré à cette activité en passant de 104 à 93 minutes.

«Il est important d'accorder tout le temps nécessaire à l'expression lactée puisqu'en fin de processus le lait contient deux à trois fois plus de lipides qu'au début», souligne Marjolaine Héon. Le volume de lait était plus élevé de 50 ml chez les mères du groupe expérimental, mais cette différence n'est pas apparue significative.

La différence de temps accordé à l'expression du lait est pour sa part significative et la chercheuse en attribue l'augmentation, chez les mères du groupe expérimental, au soutien et aux conseils qu'ont reçus ces femmes. «Les mères de nouveau-nés prématurés sont fortement encouragées à tirer leur lait, mais on ne les soutient pas assez, affirme la professeure. C'est aussi le témoignage que nous recevons de ces mères. Notre projet pilote montre qu'un accompagnement plus long et mieux suivi donne des résultats encourageants.»

Daniel Baril

 

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