Maman, je ne vois pas les choses comme toi...

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  • Le 13 février 2012

  • Marie Lambert-Chan

Comment favoriser une saine relation entre la mère et l’enfant si l’on ne s’intéresse pas à l’opinion de l’enfant? (Photo: iStockphoto)La violence conjugale a des effets dramatiques sur le noyau familial. Mais dans la tourmente, plusieurs mères arrivent à préserver la relation avec leur progéniture, souvent grâce à l'intervention de services d'aide. Les experts s'entendent pour dire qu'une relation mère-enfant de qualité protègerait l'enfant d'éventuels symptômes de dépression et d'anxiété.

 

Ces conclusions se basent toutefois presque entièrement sur la perception de la mère ou de l'enfant séparément. Très peu d'études ont comparé leurs deux points de vue sur la qualité de leur relation. Intriguée, Louise-Anne Deshaies a entrepris d'explorer le sujet dans son mémoire de maitrise.

«J'ai découvert que les enfants et les mères ont des écarts de points de vue sur la qualité de leur relation. Il n'y a pas forcément divergence, mais parfois ils sont loin d'être d'accord. J'ai tenté de comprendre d'où provenaient ces différences», explique l'étudiante en psychologie lauréate de la Bourse du 6-Décembre, remise chaque année par le Comité permanent sur le statut de la femme de l'Université de Montréal pour commémorer la tragédie de Polytechnique et soutenir la recherche sur les enjeux liés à la violence faite aux femmes.

Louise-Anne Deshaies s'est appuyée sur les données collectées par sa directrice de recherche Andrée Fortin, professeure titulaire au Département de psychologie, auprès de 117 mères victimes de violence conjugale et de leurs enfants, 55 garçons et 62 filles, âgés de 8 à 12 ans.

Bien que ses résultats demeurent préliminaires, la jeune chercheuse est déjà en mesure de donner un aperçu des éléments qui peuvent causer les écarts de points de vue entre la mère et l'enfant.

Louise-Anne DeshaiesLa façon dont la mère évalue les troubles extériorisés de son enfant, comme l'agressivité, l'hyperactivité, l'opposition, est ce qui influe le plus sur le décalage d'opinion. En effet, plus la mère rapporte des troubles de ce genre chez son enfant, plus elle évalue négativement la qualité de la relation mère-enfant. L'enfant, lui, n'a pas un point de vue aussi sombre. «Est-ce plus éreintant pour une mère d'avoir un enfant qui présente des troubles de comportement qu'un enfant renfermé et déprimé?» s'interroge Louise-Anne Deshaies, qui est associée au Centre de recherche interdisciplinaire sur la violence familiale et la violence faite aux femmes.

Les symptômes dépressifs de la mère jouent aussi un rôle. Plus cette dernière se juge dépressive, moins ses rapports avec son enfant apparaitront sous un bon jour à ses yeux. «Bien entendu, l'enfant ne voit pas les choses ainsi, quand seule la mère appréhende son environnement avec un filtre noir, remarque-t-elle. Le phénomène inverse est aussi vrai, mais de manière plus marginale: un enfant rapportant des troubles intériorisés comme la dépression jugera plus sévèrement la qualité de la relation avec sa mère.»

Le degré de parentification de l'enfant se révèle également comme un facteur important. C'est le processus par lequel l'enfant devient peu à peu le parent de ses parents. Plus l'enfant se sent investi de cette responsabilité, plus négative sera sa vision de la relation mère-enfant. «La mère peut y voir un effet positif, observe l'étudiante. Elle pourrait se sentir plus proche de son enfant qui la conseille, l'écoute, la soutient. L'enfant, pour sa part, ne trouve pas agréable de jouer à l'adulte et d'assumer des responsabilités qui ne sont pas les siennes.»

Louise-Anne Deshaies souhaite que les résultats de son mémoire puissent servir en milieu clinique. «En thérapie, on cherche à maintenir une saine relation entre la mère et l'enfant, mais comment y arriver pleinement si l'on ne s'intéresse pas à l'opinion de l'enfant? Cela nous offre des renseignements précieux sur ses symptômes et ceux de sa mère. Il est donc important d'interroger les deux afin de mieux réduire le fossé qui peut les séparer.»

Marie Lambert-Chan

 

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