La planète universitaire est en ébullition

  • Forum
  • Le 20 février 2012

  • Marie Lambert-Chan

«Le monde universitaire est un échiquier beaucoup plus vaste qu'on pensait; il ne se limite pas à nos relations avec les États-Unis, l'Europe et l'Amérique latine. On a donc intérêt à savoir où l'on va», a observé Jacques Frémont, ancien provost de l'Université de Montréal, le 13 février dernier, alors qu'il était de retour sur le campus pour prononcer une conférence ayant pour thème «Les tendances lourdes en matière d'internationalisation de l'enseignement supérieur: perspective internationale et leçons pour nos universités».

 

Aujourd'hui directeur de l'International Higher Education Support Program à l'Open Society Foundations – un organisme financé par le philanthrope milliardaire George Soros –, M. Frémont est appelé à parcourir le globe pour favoriser l'avancement de l'enseignement supérieur dans les sciences humaines et sociales en fournissant un soutien technique et financier à des individus et un réseau de ressources allant d'universités de premier cycle à des programmes de doctorat et des centres pour les études supérieures.

Observateur privilégié, il constate que la planète universitaire est en ébullition. «L'enseignement supérieur est devenu un important objet de préoccupation des États, en Afrique comme en Asie centrale, partout! s'exclame-t-il. C'est un enjeu de développement, de diplomatie, de positionnement international qui est incontournable actuellement.»

L’enseignement universitaire est devenu une importante préoccupation pour plusieurs États, qui y injectent des sommes considérables, a souligné l’ex-provost de l’UdeM, Jacques Frémont.Un tour du monde éclairant

L'Europe est touchée par la crise économique et, bien qu'on en ignore encore les retombées sur le système universitaire, cela n'empêche guère la France d'investir massivement dans l'enseignement supérieur, remarque Jacques Frémont. «On a appris que les Français créeront un pôle d'excellence autour de huit universités dont le budget sera augmenté de 17 milliards d'euros au cours des prochaines années. Cela laisse croire que nous sentirons bientôt le souffle chaud de leur concurrence...»

La Turquie s'impose comme un nouveau joueur dans le monde universitaire international. «J'y suis allé quatre fois l'année dernière et ce qui s'y passe est ahurissant, relate-t-il. Ce pays explose sur les plans économique et intellectuel.»

Le continent africain peut compter sur des pays comme l'Afrique du Sud et le Ghana, «qui sont en train de le relancer sur les plans intellectuel et universitaire», estime-t-il. L'Afrique du Sud a transformé ses établissements en universités de «classe mondiale» qui ont désormais leur place dans les classements internationaux. Elle s'est même dotée d'un réseau inspiré de celui des chaires de recherche du Canada. Son influence est telle que l'Angola, le Nigeria, le Zimbabwe et le Kenya l'imitent progressivement.

«On sent un bouillonnement en Afrique, affirme Jacques Frémont. Une classe moyenne apparait tranquillement et, pour elle, l'enseignement supérieur est très important. La machine est donc sur le point de démarrer.»

Étonnamment, des pays de l'ex-Union soviétique veulent aussi leur part du gâteau. «Le Kazakhstan espère devenir une société du savoir d'ici 20 ans, rapporte M. Frémont. La réforme de son système universitaire sera en grande partie financée par les revenus pétroliers.»

Son voisin, le Kirghizstan, connait une ouverture démocratique avec l'élection d'une première femme à sa tête. «Ce pays remet ses universités sur pied et certaines d'entre elles vont très bien», ajoute-t-il.

La Géorgie est un État «qui n'a l'air de rien, mais qui a beaucoup de potentiel», croit-il, ne serait-ce que parce que son gouvernement a réussi à éliminer la corruption en deux ans et demi et qu'il souhaite développer les capacités intellectuelles de son corps enseignant.

La Mongolie est «l'endroit où ça bouge le plus intellectuellement sur la planète», entre autres dans le domaine de l'anthropologie sociale. «Les Américains et les Européens spécialisés dans cette discipline font la queue pour étudier là-bas», précise-t-il. La Birmanie, la Thaïlande et la Corée du Sud seraient des pays à surveiller également.

Bref, Jacques Frémont invite ses anciens collègues de l'Université à garder l'œil ouvert sur ces pays en effervescence intellectuelle et à créer des liens avec quelques-uns d'entre eux. «Mettons sur pied de petites masses critiques composées de membres de notre communauté et envoyons-les en reconnaissance pour discuter des besoins de ces établissements, comme on l'a fait il y a plus de 10 ans en Chine avec la Faculté de droit, suggère-t-il. Trouvons des créneaux disciplinaires qui susciteront leur intérêt.»

Et comment savoir lequel de ces pays constituera un partenaire intéressant pour l'UdeM? «Il y a des choix stratégiques à faire bien sûr, répond Jacques Frémont. Vous pouvez commencer en examinant les communautés culturelles de Montréal. D'où viennent-elles? Pourquoi ont-elles choisi de s'établir ici? Les réponses à ces questions pourront sans doute orienter votre réflexion.»

Marie Lambert-Chan

 

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