Normand Trudel invite au voyage

  • Forum
  • Le 20 février 2012

Les livres sont des objets qui parlent, rappelle M. Trudel.Depuis quatre ans, le bibliothécaire Normand Trudel est plongé dans un monde anachronique et surnaturel à l'ère du numérique: celui des livres rares et des collections spéciales de l'Université de Montréal. Autour de lui, environ 100 000 ouvrages couvrant plus de 2000 ans d'histoire. «Une bonne partie de ces documents est encore méconnue. Je suis là, entre autres, pour les étudier et les mettre en valeur.»

 

Dans une nouvelle chronique qui débute aujourd'hui dans Forum, ce diplômé de l'UdeM mettra chaque semaine un ouvrage en évidence. «Je ne me suis pas laissé guider par la valeur matérielle des livres présentés mais par leur particularité historique ou patrimoniale», dit cet homme passionné qui, en plus de conseiller les chercheurs, participe aux expositions de son service, qu'on peut voir au quatrième étage de la Bibliothèque des lettres et sciences humaines. Ces temps-ci, quelques beaux ouvrages sur la ville de Rome sont en vedette; on peut y admirer, notamment, le précieux Magnificenze di Roma, de Piranèse (voir «Un trésor aux collections spéciales», Forum, 26 mars 2001).

Les coups de cœur de M. Trudel qui seront présentés au cours des prochaines semaines relatent les débuts de l'édition, mais reflètent aussi des époques plus récentes. Si l'on demande au bibliothécaire de nous parler de sa plus grande découverte dans les rayons de la voute à température contrôlée où sont conservés les documents, il refuse de nommer un seul titre. «Il y en a trop.»

Il évoque tout de même les Sermons de saint Augustin (1631), de Jacques Sirmond, un des premiers livres parvenus en Nouvelle-France dont on a gardé la trace. «Il était destiné à la mission canadienne des Jésuites à Québec en 1632. S'il est bien arrivé cette année-là, comme on le pense, il est donc un témoin des premiers temps de notre histoire.»

Une visite dans ces lieux feutrés en compagnie de Normand Trudel nous fait passer du plus petit livre de la collection, le Bijou Almanach de 1837, de la taille d'un timbre-poste, au plus volumineux (écrit par François Morel en 1829). Certains sont particulièrement étonnants à condition de savoir les manipuler, tel ce recueil du poète britannique Alfred Tennyson dont la tranche dorée est illustrée à la main sur ses deux versants. Au premier coup d'œil, rien ne parait; pour découvrir les images, on doit pencher le livre d'un côté et de l'autre.

Normand Trudel a aussi découvert des dédicaces qui témoignent du passage de générations de lecteurs, dont certains faisant partie de la monarchie européenne. Comme ce livre ayant appartenu à une princesse française... Les lecteurs en sauront plus dans les semaines à venir.

Si les collections spéciales recèlent tant de trésors, c'est que les dons se sont succédé au cours de l'histoire de l'Université de Montréal sans qu'on puisse cependant documenter précisément, chaque fois, le contenu des legs. Encore récemment, un don de livres de médecine que possédait le Dr Jean-Guy Provost (1919-1990) a permis de découvrir des titres portant l'exlibris de près d'une dizaine de chirurgiens qui ont travaillé en Nouvelle-France.

N'est-il pas singulier de consacrer une carrière aux vieux livres lorsque l'édition semble de plus en plus tournée vers la dématérialisation des supports? «Au contraire, lance Normand Trudel, on a plus que jamais besoin de spécialistes du livre. Ils sont les mieux placés pour aider les chercheurs dans leurs travaux. Les livres sont des objets qui parlent.»

Il donne l'exemple d'un ouvrage de la collection du Musée Stewart (où il travaillait avant d'entrer à l'UdeM). Les historiens croyaient qu'ils avaient affaire à l'édition originale de 1796. Or, le filigrane, ce texte invisible qui se révèle sous la lumière, mentionnait plutôt la date de 1812!

M.-R.S.

 

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