L'Atelier d'opéra et l'OUM présentent l'opéra de Debussy

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  • Le 27 février 2012

Le chanteur Joseph Rouleau et l'une des deux Mélisande.Une rencontre au sommet se prépare à la salle Claude-Champagne. L'Atelier d'opéra et l'Orchestre de l'Université de Montréal (OUM) y présenteront l'opéra «Pelléas et Mélisande», de Claude Debussy, les 1er et 3 mars. Pour interpréter l'œuvre phare du compositeur français, les étudiants chanteurs et musiciens pourront profiter de la «présence» toute spéciale d'une voix de basse de réputation internationale, celle du chanteur Joseph Rouleau.

 

Selon Jean-François Rivest, directeur de l'OUM, Joseph Rouleau était la personne idéale pour tenir le rôle d'Arkel. «Des voix de basse comme celle-là, il n'y en a pas, donc j'espérais qu'il accepte! De plus, il a un grand amour pour les jeunes», indique M. Rivest, qui a enseigné le violon à la fille de M. Rouleau, à Orford, il y a plusieurs années.

Pour le chanteur internationalement connu, il n'y a pas eu d'hésitation. «C'est un grand plaisir pour moi, puisque c'est important d'aider les jeunes à lancer leur carrière», dit M. Rouleau, qui est président des Jeunesses musicales du Canada depuis 22 ans et cofondateur du Concours international musical de Montréal.

La voix d'un maitre

Joseph Rouleau a commencé à chanter à 17 ans et affirme avoir toujours le même plaisir à le faire. «J'aurai 83 ans le 28 février. D'habitude, à cet âge, les chanteurs d'opéra chantent dans leur salle de bain, alors j'ose!» s'exclame celui qui considère les jeunes de la production comme de vrais professionnels.

«En compagnie de Joseph Rouleau, les jeunes verront ce qui ne s'achète pas et ne s'apprend pas à l'école: comment emplir une salle, comment incarner un rôle, comment communiquer», fait remarquer Jean-François Rivest.

Pour jouer Arkel, Joseph Rouleau a opté pour la simplicité. «C'est tellement humain ce qu'Arkel chante. Il faut avoir une émotion très forte qui vient de l'intérieur.»

Splendeurs et méandres de l'amour

«“Pelléas et Mélisande”, c'est d'une beauté et d'une poésie telles que les spectateurs en sortiront transfigurés», croit Jean-François Rivest, directeur musical de la production. «Pour moi, on y trouve le plus beau duo d'amour», précise Joseph Rouleau, qui a campé le sage Arkel plusieurs fois dans différentes villes du monde dès 1955.

Cette œuvre raconte l'histoire d'amour entre Mélisande et Pelléas, qui est le demi-frère de son mari. On est loin du scénario traditionnel hollywoodien où tout est noir ou blanc.

«L'histoire va dans les subtilités de l'âme humaine. Elle est très profonde. C'est un défi pour les jeunes. Je dis souvent que, si je les emmenais faire de l'escalade, ce n'est pas sur le mont Royal que nous irions. Ils doivent pouvoir se dépasser. Il n'y a rien de plus le fun que de voir ces jeunes se dépasser», observe le chef.

Le directeur de l'OUM, Jean-François Rivest, dirige les musiciens au cours d'une répétition récente.Sobriété et lumière

La mise en scène et le concept scénographique sont assurés par François Racine, qui a travaillé notamment avec Robert Lepage. «Je connaissais très peu cette œuvre et ce fut un coup de foudre. Elle fait partie à mes yeux des cinq plus grandes œuvres lyriques», mentionne celui qui espérait depuis belle lurette travailler pour la Faculté de musique de l'UdeM.

Le metteur en scène voit dans «Pelléas et Mélisande» un monde où toute forme d'optimisme est tuée dans l'œuf. «On est dans le fatalisme, dans l'amour impossible, dans la tragédie annoncée. Il y a également beaucoup de mystère chez Mélisande. J'ai voulu que les étudiants jouent dans l'entre-deux, alors que l'opéra va généralement dans les émotions exacerbées. C'est un grand défi pour les jeunes, puisque la couleur de l'émotion s'enrichit avec l'âge et l'expérience.»

François Racine a bien aimé l'idée de réunir sur scène Joseph Rouleau, avec toute la tradition qu'il incarne, et les étudiants de l'UdeM. «Il y a une sorte de décalage, souligne le metteur en scène. Je n'ai pas essayé de l'atténuer. Ça fonctionne très bien étant donné que M. Rouleau interprète le grand sage de l'histoire.»

Pour Jean-François Rivest comme pour François Racine, ce genre de production demeure un exercice pédagogique. «Il n'était pas question de bâtir le spectacle autour d'un concept. Comme décor, je m'en tiens à des moustiquaires suspendues qui agissent comme surface réfléchissante. La seule chose qui se marie vraiment avec la musique, c'est la lumière. Les deux sont des ondes, les deux peuvent avoir des crescendos, des demi-teintes», explique le metteur en scène.

Il tenait aussi à ce que les étudiants soient à leur aise et crédibles. «Ils sont ma priorité. J'ai beaucoup travaillé leur posture physique, l'angle de leur corps, pour que leur voix porte. Dans cette production, la musique et les chanteurs sont vraiment au premier plan.» Assurément, le mariage des «ondes» sera à l'honneur les 1er et 3 mars prochain!

Martine Letarte
Collaboration spéciale

 

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