Le Dr Stanley Vollant rencontre les jeunes Attikameks

  • Forum
  • Le 27 février 2012

  • Mathieu-Robert Sauvé

Le Dr Stanley Vollant parle de médecine avec des jeunes de l’école primaire Niska, à Obedjiwan, afin de les éveiller à la possibilité qu’un jour, eux aussi, embrassent la profession. (Photo: Marc Larocque)«Quelqu'un connait-il le nom de cet instrument médical?» lance le Dr Stanley Vollant à un groupe de jeunes de l'école primaire Niska de la réserve d'Obedjiwan, en Haute-Mauricie. Plusieurs lèvent la main et donnent la bonne réponse. «Oui, c'est un stéthoscope et ça sert à écouter les pulsations cardiaques. Mais on l'utilise aussi pour écouter les poumons et le système digestif», ajoute le conférencier, coordonnateur de la santé des Premières Nations à l'Université de Montréal.

 

Dans cette communauté isolée de 2000 âmes, où sévissent des problèmes sociaux telles la violence familiale et la toxicomanie, le médecin innu a choisi de parler d'espoir. «Je suis ici pour vous encourager à croire en vos rêves», lance-t-il aux enfants rassemblés autour de lui dans le gymnase de l'école.

Pourtant, la route n'a pas été facile pour lui. Il a dû surmonter sa peur du sang et des cadavres. Et après avoir pratiqué la médecine pendant plusieurs années, un divorce et la perte de la garde de son fils Xavier l'ont mené au bord du suicide. «J'avais le fusil dans la bouche, mais je n'ai pas appuyé sur la gâchette», confiera-t-il plus tard à un groupe d'élèves de l'école secondaire Mikisiw.

Premier autochtone à avoir obtenu un diplôme de chirurgien (à l'UdeM), Stanley Vollant a entrepris en 2010 une grande marche de sensibilisation à la santé des Premières Nations du Québec qui se terminera en 2015. Son intention est de s'arrêter dans toutes les communautés autochtones de la province. Au total, 4000 kilomètres à parcourir. Après avoir couvert la distance entre Blanc-Sablon, sur la Côte-Nord, et Mashteuiasth, au Lac-Saint-Jean, il s'est rendu l'automne dernier à Obedjiwan, où la marche de cet hiver reprend. Jusqu'à maintenant, il a franchi quelque 1900 kilomètres. «La marche qu'on entreprend demain doit nous mener jusqu'à Manouane en passant par Wemotaci», dit à Forum le médecin de 46 ans qui souffrait encore, la veille du départ, d'une pneumonie traitée aux antibiotiques.

Peu couteuse et excellente pour la santé, la marche constitue un moyen de renouer avec les mœurs traditionnelles des autochtones du Québec, explique-t-il. La particularité de cette marche hivernale, c'est qu'elle réunit une quarantaine de marcheurs, dont une majorité d'Attikameks. Plusieurs ainés rêvaient de traverser à pied leurs terres ancestrales.

«Les jeunes considèrent Stanley Vollant comme un modèle de réussite, explique la directrice de l'école Niska, Francine Gagnon-Awashish. Des médecins autochtones, il n'y en a pas beaucoup.» En effet, le Dr Vollant confime que les quatre places réservées chaque année depuis 2008 dans les facultés de médecine québécoises aux candidats autochtones ne sont pas occupées. «Cette année, il n'y a que deux personnes qui ont été acceptées dans le cadre de ce programme», déplore-t-il. Il n'y aurait actuellement qu'une dizaine de médecins autochtones dans tout le Canada et seulement un autre chirurgien.

Avec cinq étudiants en médecine de l'Université de Sherbrooke, Sharon Hatcher a fait le voyage dans la réserve d'Obedjiwan pour accompagner le Dr Vollant à la «miniécole de médecine» où les jeunes peuvent manipuler des instruments médicaux et expérimenter des manœuvres comme la réanimation cardiorespiratoire sur des mannequins. Après l'atelier, on photographie les participants vêtus de la blouse blanche, stéthoscope au cou. «Mine de rien, ça leur montre qu'une carrière en médecine est possible pour eux aussi», signale Mme Hatcher.

Les quatre facultés de médecine québécoises offrant un programme de doctorat se sont unies pour contribuer au programme jedeviensmedecin.com, destiné aux jeunes autochtones. L'Université de Montréal est du nombre. De plus, ce partenariat permet de nouer des liens entre les établissements et les Premières Nations. D'ailleurs, deux étudiantes viennent tout juste de terminer leur stage chez les Attikameks, après y avoir passé un peu plus de deux semaines. «Une des grandes qualités de Stanley Vollant est d'avoir un pied dans chaque monde et d'être aussi à l'aise dans l'un que dans l'autre», dit la Dre Hatcher.

En tout cas, à Obedjiwan, on attendait le héros du jour depuis plusieurs mois. À l'école Niska, des affiches annonçant sa venue tapissent les murs. À la fin de son allocution, les enfants lui ont remis des dessins qui les montrent tels qu'ils se voient dans leurs rêves: policiers, joueurs de hockey, intervenants sociaux... médecins.

Mathieu-Robert Sauvé

 

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