Jimmy Beaulieu ou la BD qui dit tout

  • Forum
  • Le 12 mars 2012

  • Daniel Baril

Jimmy Beaulieu«Les jours de bonheur parfait... je dessine. Je dessine tout le temps des femmes», raconte, dans Quelques pelures, le personnage principal des bandes dessinées de Jimmy Beaulieu. Et ce n'est pas un hasard si ce personnage se nomme... Jimmy. Lorsque nous lui avons demandé de tracer un dessin pour les besoins d'une vidéo de Forum en clips, Jimmy Beaulieu a aussitôt dessiné une femme. Même deux femmes. Jimmy le bédéiste et Jimmy le personnage de BD sont une seule et même personne.

 

Quelle est la part de faits réels et la part de fiction qui peuvent entrer dans la création d'une bande dessinée? Jusqu'où un auteur se permet-il d'aller dans les faits de nature autobiographique? Ce sont les questions que débattront le 22 mars quatre bédéistes dont les œuvres ont la particularité de coller de près à leur vécu personnel. À cette occasion, Jimmy Beaulieu échangera ses points de vue avec Pascal Girard, Philippe Girard et Iris.

Le ton de la confession

Jimmy Beaulieu, qui a à son actif neuf recueils de BD en solo et une trentaine de collaborations à des ouvrages collectifs, reconnait qu'il a amorcé sa carrière sur «le ton de la confession». Mais il se garde tout de même une petite gêne. «Mes livres sont intimistes et sont comme des lettres à un ami, avoue-t-il. Tout peut se dire et devrait se dire, mais je ne peux imposer aux autres de se mettre à nu. Je masque certains détails et je change les noms des personnages secondaires qui jouent un rôle superficiel.»

Alors qu'à ses débuts il s'imposait parfois la contrainte stylistique de ne rien inventer, il dit maintenant «inventer à tour de bras». Mais le naturel reprend vite le dessus: «La fibre d'une fiction est toujours autobiographique», ajoute-t-il.

Le style de Jimmy Beaulieu est difficile à définir. Le dessin passe de l'encre au crayon, de l'esquisse à grands traits au dessin travaillé, de séquences sans texte à des phylactères très remplis. «Mon style est énergique et jeté, dit-il pour se décrire. Je mets en scène des jeux d'acteurs et je vise davantage l'expression que la précision.»

Modeste, il dit avoir un lectorat «fidèle mais pas énorme», même si son premier ouvrage, Quelques pelures, en est à sa troisième réédition et même s'il est publié des deux côtés de l'Atlantique.

Texte ou dessin?

Le créateur n'a pas nécessairement de scénario en tête lorsqu'il amorce un dessin qui donnera le coup d'envoi à une bande dessinée. «Le plus souvent, je pars d'une image, je tire un fil et je me retrouve avec une histoire. Il est très rare que j'aie un plan et parfois, c'est une suite d'anecdotes de A à Z.»

Très habile du crayon, Jimmy Beaulieu essaie de réussir du premier coup, sinon il recommence. «Je préfère recommencer 85 fois un dessin et retenir l'expression la plus juste plutôt que de mettre tout ce temps à corriger le premier dessin.»

Même si certaines séquences sont exemptes de texte et que tout passe par le dessin, l'auteur dit adorer le texte. «Dans une bande dessinée, le texte n'est jamais banal ou descriptif. Lorsque je choisis l'écrit, c'est parce que j'ai trouvé une belle façon de présenter un dialogue et de dire les choses.»

Le texte, toujours écrit à la main, n'est toutefois pas réduit aux dialogues. Dans certaines pages, c'est la narration hors du phylactère qui domine. Ce texte livre alors des états d'âme de l'auteur et des réflexions sur le sens de la vie inspirées par une rencontre fortuite, une anecdote ou un fait plus marquant comme un échec amoureux.

Érotisme subtil

Ce qui nous ramène à l'obsession de Jimmy Beaulieu: les femmes. «Des femmes enjouées, espiègles, légères et vivantes», affirme son personnage. Parfois même très légères. Comme dans la vie, l'érotisme occupe une place importante dans son œuvre, notamment dans son dernier volume, Comédie sentimentale pornographique – «qui n'est ni une comédie ni pornographique, mais qui parle plutôt de la perte des idéaux», souligne-t-il –, et dans celui à paraitre le mois prochain, Le temps des siestes.

«L'érotisme est plus subtil en dessin qu'en texte. Mes scènes sont montrées de façon suggestive plutôt que descriptive; il y a une interprétation poétique même si c'est parfois cru. Montrer ne gâche pas plus que nommer; il y a toujours une place laissée au silence et à la suggestion.»

Pour la couverture de son numéro 69 qui, comme par hasard, est consacré à l'érotisme, la revue Le libraire a retenu un dessin tiré de la Comédie sentimentale. Et ce dessin est celui... d'une femme!

Un débat qui s'annonce donc passionné et passionnant.