Les ainés des quartiers bien pourvus en services marchent plus

  • Forum
  • Le 12 mars 2012

  • Marie Lambert-Chan

La chercheuse a suivi pendant trois ans plus de 500 personnes âgées, réparties en groupes déterminés selon la distance les séparant de 16 services, comme les épiceries, les banques et les pharmacies. (Photo: iStockphoto)Plus un ainé demeure proche de services et de ressources comme les dépanneurs, les épiceries, les banques et les bibliothèques, plus grandes sont les chances qu'il marche tous les jours et qu'il conserve cette pratique dans le temps. 

Ce sont les résultats obtenus par Lise Gauvin et son équipe de chercheurs, qui ont fait l'objet d'un article dans le dernier numéro de la revue The Journals of Gerontology.

«Longtemps, la recherche sur les habitudes de vie s'est concentrée sur les facteurs individuels, c'est-à-dire les connaissances, les coutumes et les croyances des gens, explique-t-elle. En effet, le fait d'avoir une attitude favorable à l'égard d'une activité physique, par exemple, prédispose à la poursuivre. C'est une condition nécessaire mais non suffisante pour que la personne soit active. Même avec toute la volonté du monde, il peut être difficile d'adopter une bonne habitude de vie si l'environnement n'y est pas adapté, et cela est vrai pour toutes les tranches d'âge», observe Mme Gauvin, chercheuse au Centre de recherche du CHUM (CRCHUM) et professeure au Département de médecine sociale et préventive de l'Université de Montréal.

Avec ses collègues, elle a suivi pendant trois années plus de 500 personnes âgées de la cohorte NuAge – une étude longitudinale sur le vieillissement – résidant dans le Grand Montréal. Les données issues de cet échantillon ont été recoupées avec celles du système d'information géographique Megaphone, mis au point par Yan Kestens et Mark Daniel, tous deux chercheurs au CRCHUM et professeurs au Département de médecine sociale et préventive, qui mesure les caractéristiques physiques, sociales et communautaires des quartiers de cette région.

Les participants étaient divisés en quatre groupes déterminés en fonction de la distance moyenne séparant leur domicile de 16 services et ressources, soit les épiceries ou supermarchés, les dépanneurs, les boutiques d'alimentation spécialisée, les banques, les pharmacies, les centres communautaires ou de loisirs, les centres sportifs, les restaurants, les bistros ou cafés, les chaines de restauration rapide, les bibliothèques, les librairies, les centres commerciaux, les lieux de culte, les salles de cinéma ou de théâtre et les parcs.

Les ainés habitant à environ 650 et 890 mètres de ces endroits marchaient plus fréquemment – tous les jours ou presque – que ceux demeurant à 1185 et 1900 mètres. Au cours de l'étude, cette habitude n'a ni fléchi ni augmenté. Cela laisse dire à Lise Gauvin que «l'environnement joue un rôle central dans l'adoption et le maintien de bonnes habitudes de vie, et ce, au-delà des comportements et des caractéristiques individuels des participants».

Lise GauvinUn souci de santé publique

Selon Mme Gauvin, les campagnes de sensibilisation sur les bienfaits de l'activité physique ont fait œuvre utile, mais désormais «il faut créer des milieux de vie qui lui sont favorables afin que la population soit active de manière durable». Cela est d'autant plus important que la sédentarité est aujourd'hui reconnue comme l'une des principales causes de décès dans le monde.

Alors que plusieurs villes élaborent de nouveaux plans d'aménagement de leur territoire, la professeure croit qu'il importe de saisir cette occasion pour faire connaitre les travaux dans son domaine aux acteurs communautaires et municipaux. «Nous devons accroitre la densité des ressources dans les quartiers, estime-t-elle. Prenez les stations de métro. Ce sont des points de connexion avec d'autres endroits. En implantant des services et des ressources à proximité, on facilite l'accès à la marche au quotidien.»

La réflexion ne fait que commencer, souligne-t-elle. D'autres recherches doivent être entreprises. «Pour orienter de futures interventions dans l'aménagement d'un quartier, nous aurons à effectuer des études de type expérimental. Que se produit-il s'il y a des transformations majeures dans un quartier par exemple? Comment s'en ressentiront les habitudes de vie des résidants?»

Pour le moment, Lise Gauvin et ses collègues se penchent sur l'alimentation et la participation sociale des ainés. «On découvre que les dimensions environnementales qui sont propices à la marche ne favorisent pas forcément ces composantes», mentionne-t-elle sans en dire davantage. À suivre.