Six femmes et six hommes en colère

Les étudiants comédiens en répétition début mars. (Photo: Alexis Gagnon)La troupe Théâtre Université de Montréal (TUM) présente Douze hommes en colère, un texte de Reginald Rose mis en scène et adapté par Fabien Fauteux. Les 16, 17 et 18 mars prochains, six comédiens et six comédiennes incarneront des jurés dans un huis clos auquel même le spectateur ne pourra échapper.

 

Douze hommes en colère a fait date en 1957 dans un film réalisé par Sidney Lumet (avec Henri Fonda). Pour sa quatrième mise en scène au TUM, Fabien Fauteux a choisi le texte de Reginal Rose: «L'idée de monter Douze hommes en colère avec la troupe de l'UdeM m'est venue parce que je voulais faire autre chose que ce qui est standard.»

L'histoire de ce huis clos se résume à une confrontation judiciaire de deux heures. Le spectateur vit presque une discussion en temps réel. Au terme d'un procès, 12 jurés se retrouvent enfermés dans une salle isolée du tribunal. Ils doivent déterminer l'avenir d'un garçon de 16 ans accusé du meurtre de son père. L'adolescent sera condamné à mort si les membres du jury s'entendent unanimement sur sa culpabilité. Seul le juré numéro huit doute que l'accusé ait véritablement assassiné son père. Confronté aux 11 autres hommes, il persiste à remettre en cause le verdict de culpabilité auquel toutes les preuves mènent pourtant. Dans un processus lent d'argumentation, le huitième juré finit par convaincre tous les autres non pas de l'innocence de l'accusé mais d'une incertitude quant à sa culpabilité.

En choisissant la pièce Douze hommes en colère, Fabien Fauteux voulait «faire autre chose que ce qui est standard». (Photo: Alexis Gagnon)Fabien Fauteux s'est senti interpelé par cet idéal d'exactitude et d'intégrité, nerf de la pièce: «Je ne souhaitais pas particulièrement monter un drame judiciaire. C'est surtout la notion d'honnêteté intellectuelle qui m'a importé. Le numéro huit est capable de mettre ses émotions de côté parce qu'il se soucie de l'autre et ne devient pas émotif. Socialement, il y a une réflexion intéressante sur la manière dont on peut laisser l'émotivité miner les débats.»

Pour engager pleinement le spectateur dans ces délibérations, Fabien Fauteux propose comme lieu d'interprétation une salle de réunion. Nécessairement moins nombreux, les spectateurs seront donc enfermés avec le jury. «J'ai douté à un certain moment: est-ce que tout va rentrer? Finalement, tout rentre, il n'y a pas un pouce de trop», confirme le metteur en scène.

Avec la troupe, il s'est permis d'explorer la pièce en changeant certains détails. Toujours colériques, les personnages ne sont plus uniquement masculins dans la version du TUM. Véronique Poirier, responsable des décors, des costumes et des accessoires, explique que le jury est formé de 6 femmes sur les 12 membres et que l'accusation porte ici sur un matricide au lieu du parricide original: «Le propos s'en trouve actualisé, même s'il garde cette touche intemporelle qu'apportent autant le propos que les costumes et le décor. On veut vaguement rappeler l'arrière-plan initial des années 50, mais les références sont maintenant montréalaises et plus contemporaines. Par exemple, le baseball est remplacé par le hockey, et le groupe ethnique dont il est question dans la pièce a changé.»

Le défi sur scène sera d'être présent mentalement et physiquement pendant deux heures, dit Victor Klein, comédien du TUM. «On peut avoir une toute petite ligne à dire à travers une foule d'interventions, et le seul repère est la réplique d'avant. Il ne faut pas s'assoupir», commente celui-ci. Étant donné la qualité des pièces de la saison du TUM, le comédien affirme toutefois que les 12 comédiens et comédiennes se surpassent.

Fabien Fauteux mise sur l'écoute et l'énergie de ses personnages en colère: «Je vois ça comme une partie de hockey. Tu embarques sur la glace: c'est go pour toute la partie. Tu peux être épuisé au bout d'un sprint, mais tu ne retournes pas au vestiaire.» En espérant que tous donnent leur 110 %.

Charlotte Biron
Collaboration spéciale

 

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