Le vieillissement et la maladie d'Alzheimer parcourent-ils un même chemin?

  • Forum
  • Le 19 mars 2012

  • Marie Lambert-Chan

La maladie d'Alzheimer livrera davantage ses secrets si les chercheurs de plusieurs disciplines mettent leurs efforts en commun, estiment les organisateurs d'un symposium sur le vieillissement. (Photo: iStockphoto)La maladie d'Alzheimer est la forme de démence la plus fréquente au Canada. On en connait les effets dévastateurs sur les patients et leur famille.

 

Depuis des décennies, les scientifiques cherchent à en cerner les causes. Mais ils commencent seulement à en comprendre les mécanismes. Peut-être est-il temps de considérer le problème sous un autre angle, se disent certains chercheurs.

«Nous nous concentrons sur le vieillissement pathologique, alors qu'on devrait se pencher davantage sur le vieillissement normal. Ce faisant, on pourrait arriver à mieux saisir la naissance de maladies neurologiques associées à ce stade de la vie, comme l'Alzheimer et le Parkinson», observe Richard Robitaille, professeur au Département de physiologie de l'Université de Montréal et l'un des organisateurs du 34e symposium international du Groupe de recherche sur le système nerveux central (GRSNC).

La rencontre, qui se tiendra les 7 et 8 mai prochain, s'inspire de ce questionnement et a pour thème «La neurobiologie du vieillissement et de la maladie d'Alzheimer: un même chemin?»

«On soupçonne que tous deux empruntent le même parcours, mais on ignore où et quand ils se séparent», mentionne M. Robitaille. Quelques indices pointent dans cette direction, à commencer par la formation des plaques séniles dans le cerveau, précise son collègue Jannic Boehm. «Plusieurs chercheurs croient que ces plaques, qui provoquent la mort cellulaire, sont responsables de la maladie d'Alzheimer. Or, le lien de causalité demeure assez ténu, puisqu'on a découvert que les plaques séniles se forment même dans les cerveaux de personnes âgées en pleine santé. Les problèmes de mémoire peuvent survenir bien avant leur apparition. D'où l'importance de comparer les vieillissements normal et pathologique», explique ce chercheur en physiologie de l'UdeM. Il fait aussi partie du comité organisateur du symposium, aux côtés de Karl Fernandes et Nicole Leclerc, tous deux associés au Département de pathologie et biologie cellulaire.

Richard Robitaille (à gauche) et Jannic Boehm.Une vision intégratrice

Le symposium comprend quatre volet: la perturbation globale des circuits et réseaux neuronaux; les mécanismes de la communication intercellulaire altérée; la signalisation intracellulaire impliquée dans la dégénérescence neuronale; le sauvetage des neurones et le rajeunissement du cerveau.

À travers ces séances, Richard Robitaille espère créer des ponts entre les chercheurs. Selon Jannic Boehm, le secteur de recherche sur la maladie d'Alzheimer est divisé en plusieurs camps qui commencent à peine à interagir entre eux. «Certains travaillent sur la cellule, alors que d'autres étudient les réseaux neuronaux. Peut-on décloisonner les domaines et voir comment, par exemple, tel mécanisme moléculaire a le potentiel d'expliquer tel changement neuronal? Si l'on peut amorcer une transformation dans l'approche de la maladie, on aura accompli notre mission», indique M. Robitaille.

M. Boehm souhaite que les étudiants – qui constituent les deux tiers de l'assistance d'année en année – apprennent de ces échanges. «On doit les exposer aux différents points de vue afin qu'ils aient une meilleure vue d'ensemble et que cela les incite à réfléchir à des idées qui, peut-être, feront un jour partie de la solution.»

Environ 200 participants canadiens, américains et européens sont attendus, dont de nombreuses têtes d'affiche comme Carol Barnes, Lennart Mucke et Sangram S. Sisodia.

Les organisateurs du symposium bénéficient du soutien financier des Instituts de recherche en santé du Canada, du Fonds de recherche du Québec – Santé, du Réseau québécois de recherche sur le vieillissement, de la Faculté de médecine, de la Fondation Savoy et de l'Université de Montréal.

Le programme complet peut être consulté sur le Web.