Comment gérer les conflits entre un étudiant et un directeur de recherche?

  • Forum
  • Le 26 mars 2012

  • Marie Lambert-Chan

Le lien qui unit un étudiant à son directeur de recherche est unique et complexe. Ce n'est pas une relation amicale ni un rapport professionnel traditionnel. «Cela relève davantage de la relation maitre-apprenti du Moyen Âge», estime Roch Chouinard, doyen de la Faculté des études supérieures et postdoctorales (FESP).

Mais comme dans toute relation interpersonnelle, il peut surgir des conflits. Comment les régler quand on est un nouveau venu aux cycles supérieurs qui n'a jamais vécu un tel rapport? «Les étudiants ont peu d'éléments de référence en la matière et un différend avec leur directeur peut prendre une importance démesurée compte tenu des enjeux, c'est-à-dire leur projet de recherche et leur réussite scolaire», constate Josée Sabourin, psychologue en aide à l'apprentissage au Centre étudiant de soutien à la réussite de l'Université de Montréal.

La prévention est toujours la première option. Elle se fait en deux temps, selon M. Chouinard. «Tout d'abord, assurez-vous d'avoir des atomes crochus, car cette relation durera plusieurs années. Ce conseil vaut autant pour le professeur que pour l'étudiant. Le premier doit prendre le temps de choisir les étudiants qu'il encadrera et le second doit rencontrer au moins quelques directeurs potentiels avant de prendre sa décision.»

Par la suite, les parties discutent de leurs attentes respectives qui peuvent être consignées dans un plan d'études – la FESP et diverses unités en offrent des modèles – ou dans une autre forme de document. «Vous éviterez de petits irritants qui peuvent causer un mauvais climat de travail», signale le doyen.

Cependant, ajoute-t-il, «la prévention n'empêche pas tous les problèmes, elle en limite seulement le nombre et la gravité.»

Quand il y a conflit

Les premiers signes de désaccord sont aisément reconnaissables: l'absence de contact entre l'étudiant et le directeur et des divergences d'opinions fréquentes et insurmontables. Dans ces cas, Josée Sabourin et Roch Chouinard recommandent aux parties de s'assoir pour trouver un terrain d'entente, avant d'envisager une rupture définitive.

Règle no 1 : Reconnaissez que les conflits font partie de la vie. «Le savoir aide à y réagir de manière proactive», remarque Mme Sabourin.

Règle no 2 : Dépersonnalisez le litige. «Ce n'est pas la faute de l'étudiant ni du directeur, affirme-t-elle. C'est plutôt la dynamique relationnelle et de travail qui est en cause. Le voir ainsi permet de garder une saine distance.» En ce sens, formuler vos propos comme si vous vous adressiez à un patron peut aider. Au lieu de dire «Je trouve vos commentaires durs à mon égard et je ne sais pas quoi en faire», il vaudrait mieux exprimer votre inquiétude par une question comme «Êtes-vous satisfait de l'utilisation que je fais de vos commentaires après nos rencontres?»

Règle no 3 : Désamorcez la situation au plus vite. «Sinon, elle se dégradera rapidement», constate M. Chouinard.

Règle no 4 : Cernez le type de conflit et reprécisez vos attentes. «Y a-t-il une confusion dans les informations partagées? Est-ce plutôt les méthodes de travail qui sont en cause? Les rôles sont-ils mal définis? Y a-t-il des mésententes quant aux valeurs ou aux idéologies?» demande Josée Sabourin. La réponse à ces questions vous aidera à revoir vos attentes. «C'est le moment de réviser l'entente de départ en fonction des problèmes ciblés», mentionne le doyen. Selon lui, ce plan devrait être revu annuellement.

Si le différend ne peut être réglé, les parties devront s'informer du modus opérandi pour cesser la direction de recherche. «Même si elle s'appuie sur le cadre règlementaire que constitue le Règlement des études, la procédure peut varier d'une unité à l'autre. Il est recommandé de vous rendre à votre secrétariat des cycles supérieurs pour vous informer de la marche à suivre», indique Roch Chouinard.

Sachez toutefois que les conséquences d'une séparation peuvent être importantes, voire dramatiques. «Changer de directeur n'est pas une mince affaire, poursuit-il. L'expertise requise pour superviser la recherche d'un étudiant peut être si précise qu'il sera difficile pour ce dernier de trouver quelqu'un d'autre. Cela peut remettre en cause le projet d'études, allonger grandement le temps requis pour le mener à terme ou même mener à l'abandon des études.»

Quant au directeur de recherche, ajoute-t-il, la fin inopinée de l'encadrement représente une déception sur le plan professionnel et donne l'impression d'avoir investi du temps malheureusement perdu.

C'est pourquoi les efforts fournis pour résoudre le conflit en valent la peine. «De tels litiges surviendront au cours de votre future carrière et c'est une occasion d'apprendre à les gérer efficacement», renchérit Josée Sabourin.

(Illustration: Benoît Gougeon)