L'algèbre de la danse

Les étudiantes en répétition au début du mois. (Photo: Alexis Gagnon)Le titre de la chorégraphie que présenteront les interprètes de Danse Université de Montréal (DUM) renvoie au mot anglais «jam», qui désigne aussi une séance de performance improvisée (originalement par des musiciens de jazz). Cependant, la référence aux fruits bouillis et sucrés évoque aussi l'humour et la légèreté qui teintent les répétitions de DUM. Dans le local du chic édifice Gaston-Miron, les 10 interprètes rient, courent, volent.

 

Raphaëlle Perreault, chorégraphe de DUM, remonte à la première étape du processus chorégraphique: «On a commencé par jammer. J'ai demandé à chaque danseuse d'apporter des morceaux de musique sur lesquels elle avait envie de danser. On a élaboré des tableaux avec ces jams. On a mis toutes les pièces ensemble et réalisé que ce n'était plus de la confiture.»

«J'ai ajouté ma petite touche après les sessions du début, poursuit-elle. Je travaille de façon très mathématique sur les espaces, les rythmes et la structure. Nous avons conçu un jeu de société.» Le jeu de société pose des balises pour la chorégraphie. En même temps les interprètes se déplacent sur une horloge imaginaire à même le sol. Sur les heures, elles bougent selon des combinaisons qui reprennent leur numéro de téléphone. Et cela semble tout à fait logique aux yeux de la chorégraphe.

Raphaëlle Perreault (Photo: Alexis Gagnon)Après tout, une troupe de danse, c'est aussi un groupe de personnes qui travaillent toutes à l'atteinte d'un même objectif et qui se plient à des contraintes. «Ça semble super théorique! lance en riant Raphaëlle Perreault. Je suis contente que les filles aient embarqué même si ce n'est pas simple comme proposition. J'ai besoin de sentir que tout le monde a une mission. Notre mission a quelque chose de très abstrait. On s'est aperçues que c'était lié au temps qui file, d'où l'intégration d'un cadran par terre.» À ce titre, les balises imposées par la chorégraphe concordent avec la mouvance actuelle en danse contemporaine. Dans un domaine qui profite d'autant de liberté de création, la contrainte est stimulante.

L'aspect très cartésien du projet devient plus évident quand Raphaëlle Perreault revient à la base de la chorégraphie: la musique. Selon la jeune femme, la danse ne doit pas soutenir le son. La musique doit véritablement devenir visible: «Je me sers de la musique comme d'un outil. Une fois le travail fait, je peux carrément l'enlever.» Chaque son doit être exprimé corporellement. Afin de créer la chorégraphie, la musique est indispensable pour fournir un rythme, une ambiance, bref de la matière. Mais une fois absorbée par les corps, elle peut être complètement retirée. «Ce qui m'intéresse au-delà du son, c'est la partition. Je veux une troupe de danse qui forme un orchestre devant moi. Je vois des sons calculés dans la danse.»

Pour cette raison, la chorégraphe a alloué une portion importante de son budget à la création musicale: Olivier Van Tassel, compositeur et membre du groupe Le Grand Nord, est responsable de proposer une composition originale pour le spectacle.

«J'ai fait appel à un musicien parce que Danse Université de Montréal, c'est un beau laboratoire, note-t-elle. La troupe permet de travailler avec beaucoup d'interprètes, alors que dans le milieu de la danse on travaille habituellement à deux ou à trois. C'est aussi un bel exercice de vulgarisation et de pédagogie pour moi parce que, même si les membres de DUM ont déjà touché à la danse, ça reste une troupe non professionnelle. J'ai très envie de poursuivre mon travail ici.»

En 1999, à la naissance de DUM, c'est un certain Dave St-Pierre qui saisissait l'occasion de faire danser la troupe de l'UdeM. Si vous voulez être d'avant-garde dans le milieu de la danse contemporaine, vous pouvez commencer dès maintenant à suivre Raphaëlle Perreault et ses danseuses.

Charlotte Biron
Collaboration spéciale

 

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