Les universitaires ne sont pas à l'abri du cyberharcèlement

  • Forum
  • Le 26 mars 2012

  • Daniel Baril

Le cyberharcèlement ne touche pas que les adolescents. Aux États-Unis, on trouve de plus en plus de sites Internet spécialisés dans les potins sur des professeurs et des étudiants de divers collèges et campus ou encore consacrés à la critique de professeurs et d'établissements d'enseignement. Bien souvent, le tout peut se faire dans l'anonymat le plus complet.

 

Le fléau atteint moins les campus canadiens, mais ils ne sont pas épargnés: certains sites américains sont en effet ouverts à tout établissement où qu'il soit et on peut y retrouver les universités québécoises et bon nombre de leurs professeurs.

Le contenu de ces sites, qui se situe parfois à la limite de la diffamation, peut être associé à de la cyberintimidation, estime Nika Naimi, chargée de cours au certificat en cyberfraude à l'École Polytechnique. Mme Naimi a levé le voile sur cette réalité au cours de la table ronde sur le cyberharcèlement tenue à l'Université de Montréal à l'occasion de la Journée internationale des femmes.

L'un des pires sites du genre, Juicy Campus, a dû fermer boutique après deux ans d'activité, Google l'ayant exclu de ses liens à la suite de nombreuses plaintes et les annonceurs ayant déserté ses pages. «Ce site était explicitement voué au commérage sur les étudiants et les professeurs. Le plus souvent, ce sont les femmes qui sont victimes des propos diffusés sur de tels sites», a souligné l'intervenante.

Mmes Audy, Naimi et Poudrette ont ouvert les yeux de l’assistance sur le cyberharcèlement en milieu universitaire.Le même phénomène contamine les médias sociaux comme Facebook, où des pages anonymes diffusent des faits de nature privée mis en ligne par des témoins ou ciblent directement une personne pour en faire une critique destructrice.

Selon la spécialiste du cyberespace, ce type d'intimidation s'avère plus pernicieux que le harcèlement direct parce que les médias électroniques permettent un certain anonymat et réduisent l'empathie du harceleur du fait qu'il n'est pas en présence de sa victime.

Un geste de nature criminelle

La notion de cyberharcèlement couvre toute forme d'intimidation, de menace ou de diffamation faite au moyen d'un outil informatique, que ce soit le Web ou un téléphone portable. Le geste doit être vexatoire, répété, hostile ou non désiré, porter atteinte à l'intégrité physique ou psychologique, ou encore être néfaste au climat de travail.

De telles situations seraient plus fréquentes qu'on pense en milieu universitaire, selon ce qu'a exposé Pascale Poudrette, directrice du Bureau d'intervention en matière de harcèlement de l'UdeM. «Très souvent, la situation part d'une simple rumeur ou d'informations fausses, souligne-t-elle. Il peut s'agir d'insultes, d'atteintes à la réputation et de diffamation. Ceux qui en sont responsables ne sont pas toujours conscients des conséquences de leur geste; les médias électroniques permettent une diffusion immédiate et illimitée de ces informations alors que l'agresseur peut facilement demeurer anonyme.»

Chez la victime, il peut s'ensuivre une perte de sécurité et d'estime de soi, un sentiment de vulnérabilité, un état dépressif et même des idées suicidaires. L'agresseur s'expose lui aussi à la honte et pourrait à son tour être la cible de harcèlement.

La cyberintimidation est explicitement interdite par le Code criminel, a rappelé Carole Audy, superviseure au Bureau de la sûreté de l'UdeM. La personne qui en serait reconnue coupable risque donc de se retrouver avec un casier judiciaire et de faire face à un congédiement, puisque l'Université a son propre règlement interdisant le harcèlement.

Quelle que soit la forme de harcèlement, «il ne faut pas hésiter à dénoncer la situation et à porter plainte. Il faut aussi noter les détails tels que l'heure et les circonstances entourant les faits et conserver tous les éléments de preuve», recommande Carole Audy. Il est également conseillé de ne pas répondre aux courriels de hameçonnage et de bloquer les adresses de ces expéditeurs.

Les plaintes peuvent être acheminées au Bureau de la sûreté ou au Bureau d'intervention en matière de harcèlement. On peut aussi trouver des ressources sur des sites comme cyberstop.ca, géré par un groupe d'intervention en matière de cyberintimidation dont fait partie Nika Naimi.

Daniel Baril

 

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