Diminution des cas d'anémie chez les Cris

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  • Le 9 avril 2012

  • Daniel Baril

Sophie VadeboncoeurÀ la fin des années 90, l'incidence de l'anémie par déficience en fer chez les nourrissons cris de la Baie-James était de près de 32 %. C'est un taux quatre fois plus élevé que celui observé chez les bébés de neuf mois parmi la population canadienne non autochtone, où il est de 8 %.

 

Ce taux très élevé a de quoi surprendre, puisque les Cris mangent abondamment de la viande rouge, riche en fer. «Le problème vient du fait que les mères nourrissent leurs enfants exclusivement au sein pendant plus de six mois, explique Sophie Vadeboncœur. Le lait maternel n'est pas une bonne source de fer et le lait de vache peut même être un facteur d'anémie chez l'enfant de moins de un an parce que les protéines bovines du lait peuvent causer un saignement de la paroi intestinale.»

Programme de dépistage

Actuellement résidente en dermatologie à la Faculté de médecine de l'Université de Montréal, la Dre Vadeboncœur a participé à deux études transversales de dépistage de l'anémie dans neuf villages cris alors qu'elle était doctorante en médecine.

L'allaitement au sein comporte plusieurs avantages pour la santé du nourrisson: il réduit les infections respiratoires, les otites, les épisodes de diarrhée et l'obésité, ce dernier problème touchant particulièrement les populations autochtones.

«Pendant les premiers six mois de la vie, l'allaitement au sein protège de l'anémie et il n'y a pas de contre-indication à le poursuivre. Mais au-delà de cette période, il faut ajouter une nourriture riche en fer», précise la Dre Vadeboncœur.

Si l'anémie par déficience en fer n'est pas corrigée, l'enfant risque un retard dans son développement psychomoteur ainsi qu'un affaiblissement de son système immunitaire.

Dans la population non autochtone, le supplément de fer est souvent apporté par les céréales enrichies, mais il s'agit d'une denrée difficilement disponible chez les Cris et qui ne fait pas partie de leurs habitudes alimentaires. Les spécialistes de la santé recommandent donc d'ajouter des viandes rouges, notamment les viandes sauvages, facilement accessibles et économiques.

La première phase du programme de dépistage, réalisée entre 1995 et 2000, a permis de sensibiliser les mères à cette nécessité. La seconde phase du programme, qui s'est étendue de 2002 à 2007, réservait des résultats encourageants aux chercheurs. Chez l'ensemble des nourrissons de neuf mois, le taux d'hémoglobine moyen était passé de 114 grammes par litre de sang à 121 grammes, le seuil de diagnostic de l'anémie se situant à 110 grammes. Seulement 12,5 % des nourrissons se trouvaient sous ce seuil, comparativement à 31,7 % lors de la première phase.

«L'amélioration est due au travail des intervenants du programme de dépistage, qui ont amené les mères à ajouter un supplément de fer à leur lait maternel, affirme Sophie Vadeboncœur. L'anémie peut aussi être de source inflammatoire et il est possible qu'il y ait eu moins de cas d'infection.»

À son avis, il est permis de penser que l'incidence a continué de diminuer au cours des cinq dernières années. Bien qu'elle demeure supérieure à la moyenne nationale, la chercheuse estime qu'il n'est plus nécessaire de maintenir un programme de dépistage universel tant les résultats sont positifs. Le dépistage devrait toutefois être maintenu pour les personnes à risque, dont les femmes enceintes qui souffrent déjà d'anémie.

Les résultats de la seconde phase du programme de dépistage étaient publiés dans le numéro de février dernier du magazine Canadian Family Physician/Le médecin de famille canadien.

Daniel Baril

 

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