La mémoire peut vaciller sans être un symptôme de l'Alzheimer

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  • Le 9 avril 2012

  • Mathieu-Robert Sauvé

Le stress peut engendrer des troubles de mémoire passagers. (Photo: iStockphoto)Le stress causé par des examens médicaux peut entrainer des troubles de mémoire chez les personnes âgées, ce que le personnel médical peut parfois confondre avec des symptômes de la maladie d'Alzheimer. «Quand on fait passer des tests à des ainés, on ne prend presque jamais en considération le facteur stress, qui est déterminant dans certains cas», mentionne Sonia Lupien, qui a dévoilé le 29 mars les résultats d'un sondage sur cette question mené auprès de gens âgés l'automne dernier.

 

Des éléments comme le délai d'attente avant le rendez-vous chez le médecin, le moment de la journée où la rencontre a lieu et même le moyen de transport pour s'y rendre peuvent déclencher un stress qui altèrera significativement la performance du patient âgé lors de tests sur son état de santé, révèle ce sondage. «C'est la chose qui m'a le plus surprise lorsque j'ai pris connaissance des résultats: un rendez-vous en milieu d'après-midi est un facteur de stress important pour un ainé, particulièrement dans un hôpital qu'il ne connait pas. Comment s'y rendre, parviendra-t-il à se garer, sera-t-il à l'heure? Voilà des éléments perturbateurs qui peuvent avoir une influence sur sa performance mnésique», explique la chercheuse rattachée au Centre de recherche Fernand-Seguin de l'Hôpital Louis-H. Lafontaine.

La Dre Lupien soupçonnait cet état de choses depuis longtemps dans le cadre de ses travaux sur le stress et l'une de ses étudiantes, Shireen Sindi, a entrepris des études de doctorat sur la question à l'Université McGill (où Mme Lupien enseignait jusqu'en 2008). Elle a mené une recherche clinique encore inédite où des sujets âgés étaient soumis à des conditions d'évaluation qui comportaient des éléments stressants. La chercheuse a noté des différences majeures de performance mnésique chez les personnes âgées placées dans des conditions d'évaluation peu adéquates. «Les pertes de mémoire peuvent être de l'ordre de 20 à 25 %. Quand on cherche à évaluer des symptômes de la maladie d'Alzheimer, cela peut fausser les données», dit-elle.

Quand on élimine les facteurs de stress, les gens âgés obtiennent des résultats très semblables à ceux des sujets plus jeunes, a-t-elle observé.

Le diagnostic n'est pas un souci

Sonia LupienLe sondage rendu public récemment faisait état d'une rencontre tenue en septembre dernier qui réunissait 86 personnes âgées (62 ans d'âge moyen) à l'Hôpital Louis-H. Lafontaine à qui l'on a posé des questions sur les éléments stressants du rendez-vous médical. Les sujets devaient évaluer sur une échelle de 1 à 10 le niveau de stress provoqué par exemple par le temps d'attente entre la prise du rendez-vous et la visite à l'hôpital, l'accueil téléphonique, le moyen de transport, le fait d'être accompagné ou non à ce rendez-vous... On a même interrogé les sujets sur leur heure préférée dans la journée ou la saison de leur choix pour passer des tests.

Les réponses ont été exprimées clairement: les rendez-vous en milieu d'après-midi, alors que la petite sieste est une habitude bien ancrée, sont peu appréciés. Les longs délais d'attente précédant la visite sont aussi déconseillés. «Souvent, les personnes âgées appréhendent les problèmes liés à leur rendez-vous à l'hôpital; les longs délais d'attente amplifient donc leur stress.»

Des éléments secondaires sont également apparus: les ainés préfèrent un jeune médecin à un clinicien plus âgé. Le premier leur apparait plus «à jour» dans ses connaissances que le «vieux» médecin...

Mis dans l'ordre, les facteurs les plus stressants sont le délai d'attente, le transport, le moment dans la journée et la saison du rendez-vous, l'environnement médical et l'équipe de professionnels. C'est en sixième position seulement que se situent l'examen médical et le diagnostic.

À la lumière de ces données, le personnel médical doit déployer des efforts pour diminuer le plus possible les effets négatifs des tests sur les personnes âgées. «Ces changements devraient faire baisser le niveau de stress associé aux examens médicaux et cognitifs, et permettre au personnel d'obtenir des résultats plus fiables», a conclu la chercheuse dans sa présentation.

Chose certaine, la question intrigue suffisamment la communauté scientifique et médicale pour que 120 professionnels soient venus entendre ce qu'avait à en dire Sonia Lupien à l'Hôpital Louis-H. Lafontaine. «Plusieurs participants m'ont dit qu'ils ne procèderaient plus de la même façon, à l'avenir, pour faire passer des tests aux gens âgés», indique-t-elle.

La prochaine étape des travaux de la Dre Lupien: rédiger un guide permettant au personnel médical de diminuer les biais de stress liés aux examens médicaux.

C'est grâce à une subvention des Instituts de recherche en santé du Canada sur le transfert des connaissances que l'équipe du Centre d'études sur le stress humain a pu effectuer le sondage, organiser la rencontre du 29 mars et entreprendre la rédaction du guide.

Mathieu-Robert Sauvé

 

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