Plongée au cœur d'une communauté autochtone

  • Forum
  • Le 9 avril 2012

  • Mathieu-Robert Sauvé

Marie-Pier Arsenault, à droite, est revenue «transformée» de son stage à Wemotaci.Après 10 jours comme stagiaire dans la communauté attikamek de Wemotaci, en Haute-Mauricie, Marie-Pier Arsenault, étudiante de quatrième année en médecine, a été invitée au rituel de la tente à sudation. «Je peux vous dire qu'on en sort transformé», confie la jeune femme originaire de la Gaspésie.

 

Pendant trois heures, relate-t-elle, on n'a vu dans la hutte que le rougeoiement des pierres incandescentes ou «mocom» qui surchauffaient l'atmosphère à la manière d'un sauna. Un guide spirituel récitait des prières, chantait et racontait des histoires dans la langue locale. «Je connaissais les peuples autochtones de réputation, mais je n'avais jamais eu la chance d'entrer en contact avec une communauté. Cette année, j'ai eu un choc culturel très fort qui m'a donné envie d'y retourner», mentionne-t-elle.

Avec sa collègue Gabrielle Chabot, Marie-Pier Arsenault inaugurait le stage en santé des Premières Nations (MMD 3513D), créé l'an dernier pour «favoriser le développement de la compétence clinique et culturelle des étudiants», comme on peut le lire dans le programme pédagogique. Au cours de leur formation, les étudiants ne passaient que trois heures auprès de cette clientèle particulière. C'est le Dr Stanley Vollant, consultant à la Faculté de médecine, qui a eu l'idée de ce stage.

Pour la future médecin, la condition des Premières Nations est désormais beaucoup plus concrète, car elle lui est apparue avec «sa grandeur et ses difficultés à surmonter». «Les autochtones sont aux prises avec des problèmes de santé différents de ceux qu'on rencontre dans un hôpital montréalais, dit-elle. Surpoids, diabète et dépendance à l'alcool et aux drogues font partie de leur quotidien. Ces gens meurent en moyenne huit ans plus tôt que l'ensemble de la population. Comme si on reculait dans les années 60...»

Croissance démographique et surpopulation

Suicide, toxicomanie et violence familiale marquent les communautés autochtones du Québec. Les habitants de Wemotaci, un village de 1700 âmes situé aux confins du réservoir Gouin, n'y échappent pas. Ce village a connu une croissance démographique exponentielle dans son histoire récente, puisqu'on ne comptait qu'environ 400 résidants en 1972. Aujourd'hui, plusieurs habitations sont insalubres à cause des moisissures qui ont envahi les murs et les plafonds. Une pénurie de logements entraine une surpopulation dans les maisons. Cette promiscuité exacerbe les problèmes familiaux.

Les membres des deux communautés se sont apprivoisés au fil des  jours.Les habitants sont pourtant souriants et accueillants, souligne Marie-Pier Arsenault, qui n'a eu aucun mal à se faire accepter. Elle a dû se montrer ouverte à une médecine plus holistique. «On ne peut pas simplement prescrire un antibiotique aux patients en leur disant de respecter la posologie et de revenir si leur état ne s'améliore pas. Il faut prendre le temps de leur parler, de les écouter, mais surtout respecter une manière différente de vivre et de comprendre la maladie. Pour les traitements d'affections chroniques, les infirmiers revoient les patients sur une base régulière.»

Il faut aussi, lorsque c'est possible, prendre en compte l'approche traditionnelle des guérisseurs, qui adoptent une vision longitudinale de la santé. «Les Attikameks, au nombre de 6000, accordent beaucoup d'importance aux savoirs de leurs ancêtres, aux plantes médicinales. Il ne faut pas rejeter ces traditions, sous peine d'être soi-même rejeté.» Et il y a l'«Indian time», qu'on peut traduire par un certain laxisme du côté de la ponctualité...

En plus de travailler auprès du personnel médical dans le centre de santé, les stagiaires ont effectué des visites dans les classes de l'école secondaire pour parler aux élèves d'alimentation, de santé mentale et de prévention des infections sexuellement transmissibles. Mais comme le fait remarquer Mme Arsenault, ce n'est pas facile de promouvoir une saine alimentation lorsque la section des légumes de l'épicerie ne compte que quelques pommes et une laitue défraichie...

«Les jeunes ne partent pas avec les mêmes chances dans ces communautés que dans le reste du Québec», commente la clinicienne.

On sent malgré tout dans la communauté une grande volonté de se prendre en main. Quelques jeunes s'en vont vers les villes afin d'entreprendre des études postsecondaires, en soins infirmiers par exemple. Avec leur diplôme, ils reviennent travailler chez eux, ce qui donne beaucoup d'espoir à leurs compatriotes et améliore les rapports entre le personnel médical et la population locale.

Mathieu-Robert Sauvé

 

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