Un colloque souligne les 80 ans de Charles Taylor

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  • Le 9 avril 2012

  • Paule Des Rivières

Charles TaylorLorsque Daniel M. Weinstock, professeur au Département de philosophie de l'Université de Montréal, a cherché un conférencier pour parler d'accommodements raisonnables à un colloque consacré à l'œuvre du philosophe Charles Taylor, il a joint 12 personnes... qui ont toutes poliment décliné l'invitation.

 

«Est-ce un hasard? Je ne le crois pas», a dit M. Weinstock, avant de se porter lui-même volontaire. Il était coorganisateur d'un colloque international sur Charles Taylor qui a eu lieu les 29, 30 et 31 mars au Musée des beaux-arts de Montréal. Et, en effectuant un retour sur la commission Bouchard-Taylor sur les accommodements raisonnables, M. Weinstock a rappelé que, même dans un dossier aussi explosif, la «posture» de Charles Taylor demeurait ancrée dans la réalité par opposition à la fuite dans l'abstraction, à laquelle les philosophes peuvent aisément succomber.

«J'ai beaucoup observé Charles Taylor, a confié M. Weinstock aux quelque 200 personnes assistant à cette tranche du colloque. Il ne craint pas de prendre publiquement position pour ou contre un enjeu, mais jamais il ne se pose en détenteur de la vérité.»

Daniel M. Weinstock, qui aime lui-même commenter l'actualité, essaie pour sa part d'éviter trois écueils: être aride, être militant et être sentencieux. Et, indique-t-il, M. Taylor est un modèle.

Daniel M. Weinstock«L'attitude de Charles Taylor s'appuie sur l'interprétation de la réalité.  M. Taylor estime que le philosophe doit s'accrocher à la réalité en partant de l'endroit même où se trouvent ceux à qui il s'adresse. Ainsi en fut-il de son interprétation des accommodements raisonnables: si Charles Taylor pense que la religion ne doit pas dominer les institutions publiques mais qu'elle peut néanmoins y avoir une place avec ses symboles, c'est parce qu'il s'appuie sur l'histoire des Québécois, accommodants et ouverts.»

Prenant à son tour la parole, Charles Taylor a mentionné qu'«il y a des moments où il faut prendre position, mais tout en sachant convaincre et créer un cheminement possible pour la population».

Plus tôt au cours de cette soirée, trois personnalités ont souligné l'engagement social de M. Taylor, honoré à l'occasion de son 80e anniversaire. L'avocat Julius Grey a parlé de l'engagement du philosophe au sein du Nouveau Parti démocratique, dont il a été l'un des membres fondateurs; Michel Bastarache, ancien juge de la Cour suprême, a rappelé que M. Taylor s'était élevé contre une interprétation uniforme de la Charte canadienne des droits et libertés parce que cela nuirait au caractère distinct du Québec; enfin, Guy Laforest, professeur à l'Université Laval, a salué le philosophe «qui a toujours tenté de trouver une réponse à l'absence de sens de la vie».

La langue du colloque

Les conférenciers du colloque, aussi organisé par l'Université McGill et l'Université Laval, venaient du Canada, d'Espagne, d'Italie, de France, de l'Inde et des États-Unis. Toutes les communications ont eu lieu en anglais, ce qui a laissé une partie de l'auditoire perplexe. Seule la soirée hommage du 30 mars s'est déroulée principalement en français.

M. Weinstock a expliqué il y a quelques jours que non seulement les couts de la traduction simultanée sont exorbitants, mais que le procédé s'avère généralement peu efficace pour ce genre de rencontre. «L'œuvre de Charles Taylor traverse une variété de champs et des experts se sont exprimés sur des sujets pointus. Cela n'a rien à voir avec le langage plus convenu d'un forum comme l'ONU», a-t-il fait valoir. Il croit qu'un participant francophone au colloque qui a compris 50 % des contenus n'en aurait pas appris davantage avec la traduction simultanée.

«Pour moi, a poursuivi M. Weinstock, mettre en valeur le Québec ne veut surtout pas dire s'extraire des hautes sphères de l'activité intellectuelle en refusant l'anglais. Au contraire, il ne faudrait pas se priver de recevoir des gens de haute volée. Promouvoir nos institutions francophones ne veut pas dire s'immuniser contre ce qui se fait en anglais.»

Paule des Rivières

 

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