«Ça va vraiment mal!»

  • Forum
  • Le 16 avril 2012

  • Mathieu-Robert Sauvé

Au Canada, une personne sur cinq aura souffert d’une maladie mentale au cours de sa vie. (Photo: iStockphoto)«Si je vous dis “grosse Corvette”, à quoi pensez-vous?» demande Luc Legris lorsqu'il donne des conférences. Bien sûr à «petite quéquette», répond-on dans l'auditoire. Cette idée tordue voulant que les hommes au volant d'une Corvette aient un petit pénis s'est imposée avec tant de force que les ventes de cette voiture sont désastreuses depuis les années 80 au Canada français.

 

«Aucune campagne de publicité ne parvient à renverser cette tendance. Pourtant, la Corvette est un modèle haut de gamme auparavant considéré comme un symbole de virilité et de puissance», a expliqué le docteur en psychologie au cours d'une conférence midi intitulée «Comment ça va?» organisée par la Direction des ressources humaines le 4 avril. Le but de cette conférence était de «sensibiliser et outiller les gens pour mieux reconnaitre les signes de la dépression pour agir en amont par le dépistage précoce et la consultation des ressources appropriées».

Pourquoi cet exemple? Pour démontrer que les perceptions sont parfois tenaces et qu'elles ne sont pas nécessairement justifiées. Il en est ainsi de la maladie mentale. «Au Canada, une personne sur cinq aura souffert d'une maladie mentale au cours de sa vie et 80 % des gens en seront indirectement affectés. Un membre de la famille, un ami ou un collègue aura vécu un problème de santé mentale. En 2020, rapporte l'Organisation mondiale de la santé, la dépression pourrait être la deuxième cause d'invalidité dans le monde après les maladies cardiovasculaires.»

Définies comme «l'ensemble des problèmes affectant l'esprit», les maladies mentales sont pour la plupart des dysfonctionnements momentanés qu'on peut soigner. Pour y arriver, il faut trouver le moyen d'exprimer son malaise. Moins du tiers des personnes atteintes de troubles mentaux demandent de l'aide. «On dit que les femmes souffrent deux fois plus que les hommes de dépression majeure. Elles consultent davantage. N'oublions pas que le taux de suicide est beaucoup plus élevé chez les hommes», a souligné le spécialiste.

Signes avant-coureurs

Les symptômes de la dépression sont connus, mais ils peuvent se manifester différemment d'un individu à l'autre. «Il y a des gens qui franchissent sans difficulté des épreuves très dures, d'autres qui basculent devant des situations en apparence anodines, a-t-il ajouté. Il faut savoir reconnaitre les signes avant-coureurs des déséquilibres mentaux et ceux-ci dépendent de la personnalité en cause.»

Luc Legris L'épuisement ou la déprime passagère ne sont pas aussi graves que la dépression. Lié au monde professionnel, l'épuisement survient à la suite d'un engagement excessif dans le travail et ses symptômes disparaissent souvent si la personne est retirée de son milieu de travail. S'il y a des similitudes avec la dépression, il y a aussi des différences. La Fondation des maladies mentales précise: «Un individu dépressif a tendance à se sentir coupable de ce qui lui arrive. Une personne vivant un épuisement éprouvera plutôt de la colère, du détachement et du cynisme envers son travail et les employés qui l'entourent.»

C'est dans la rupture qu'il faut voir des indices significatifs de la dépression. Une personne calme devient subitement explosive ou inversement. Presque toujours, l'estime de soi est ébranlée. «Malgré tous ses efforts, la personne atteinte de dépression ne trouve plus de plaisir dans son quotidien ni même dans ses activités préférées, dit un document de la Fondation des maladies mentales distribué à l'assistance. Les sentiments négatifs et les pensées désagréables persistent, la tristesse s'accentue. Tous les aspects de la vie sont touchés et l'on constate des changements de comportement marqués par une profonde tristesse et une détresse psychologique intense.»

CRAC!

Il faut savoir déceler les indices des comportements qui mèneront aux dépressions majeures, voire aux tentatives de suicide. La Fondation propose la méthode CRAC, abréviation des mots «comportement», «rien», «à bout» et «culpabilité».

Troubles du sommeil ou problèmes d'appétit? Irritabilité? C'est le «comportement» qui est en cause. Si l'intérêt ou le plaisir viennent à manquer dans des activités qui jusqu'à récemment vous emballaient, c'est que «rien» ne vous intéresse. Ressentez-vous de la fatigue ou un manque d'énergie presque tous les jours? Vous êtes sans doute «à bout». Enfin, la «culpabilité» vous envahit si vous avez une mauvaise opinion de vous-même, si vous croyez ne pas être à la hauteur aux yeux de vos collègues.

Ce questionnaire simple s'applique aussi bien à soi qu'aux autres. Le conférencier insiste du reste pour dire que le milieu de travail est parfois une partie du problème. «Les situations difficiles qu'on vit au travail peuvent amener les gens à adopter des attitudes négatives. Les collègues ont une responsabilité. Ils doivent aider les individus en détresse à exprimer leur malaise et éventuellement à consulter un spécialiste. Il y a encore trop de cas de dépression qui ne sont pas diagnostiqués à temps.»

Dans le doute, le collègue de travail cherchera à décoder les symptômes et amènera la personne à briser son isolement. Il la dirigera ensuite vers un spécialiste. Les dépressions non traitées risquent deux fois plus de réapparaitre dans l'avenir. Médicaments et psychothérapie sont des moyens de surmonter la crise. Mais des activités physiques pratiquées régulièrement peuvent agir de manière préventive.

D'ailleurs, on sait que les traitements précoces des maladies mentales aident à en diminuer l'intensité.

Mathieu-Robert Sauvé

 

Sur le Web