L'alzheimer et le parkinson altèrent l'odorat

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  • Le 16 avril 2012

  • Daniel Baril

Les patients atteints de la maladie de Parkinson ont plus de difficulté à percevoir les odeurs, alors que ceux qui souffrent de la maladie d’Alzheimer les perçoivent mais en oublient les caractéristiques. (Photo: iStockphoto)La maladie d'Alzheimer et la maladie de Parkinson sont bien connues pour leurs symptômes respectifs qui sont la perte de mémoire pour la première et le tremblement ou la rigidité des muscles pour la seconde. Mais ces deux maladies neurodégénératives ont aussi comme caractéristique commune moins connue d'altérer l'odorat.

 

«C'est l'un des premiers et des plus importants symptômes à se manifester et qui affecte de 80 à 90 % des personnes atteintes de l'une ou l'autre de ces deux maladies», affirme Johannes Frasnelli, stagiaire postdoctoral au Centre de recherche en neuropsychologie du Département de psychologie de l'Université de Montréal.

Le fait est connu depuis 20 ou 30 ans, mais a reçu peu d'attention de la part des chercheurs sans doute parce que ce symptôme est considéré comme moins incommodant que les autres manifestations de ces maladies. Johannes Frasnelli estime toutefois que sa détection peut permettre un dépistage hâtif et distinctif des maladies d'Alzheimer et de Parkinson.

«Plusieurs causes peuvent expliquer l'atténuation de l'odorat et l'âge en est une, explique le chercheur. Dans l'ensemble de la population, 15 % ont un odorat réduit et 5 % n'en ont plus du tout. Mais dans le cas des maladies d'Alzheimer et de Parkinson, ce symptôme peut se manifester dès 50 ans, au stade préclinique des maladies.»

Johannes FrasnelliDégénérescence de l'odorat

Avec le doctorant Shady Rahayel et le professeur Sven Joubert, il a passé en revue les recherches qui ont tenu compte de ce facteur afin de brosser un tableau des connaissances actuelles. En tout, 81 études ont été regroupées selon la maladie étudiée, les tests utilisés, l'âge des patients et le recours à des groupes témoins.

Il en ressort d'une part que les patients atteints de l'une ou l'autre de ces maladies sont affectés de façon très nette par une diminution de l'odorat par rapport aux sujets en santé et que l'importance de cette baisse semble égale pour les deux maladies.

La comparaison des résultats selon les tâches auxquelles ont été soumis les sujets dans les travaux a conduit d'autre part à des constatations intéressantes. Quatre tâches ont en fait été utilisées selon les diverses études: la mesure du seuil de détection d'une odeur; la désignation d'une odeur parmi quatre choix de réponses; la distinction d'une première odeur parmi quatre nouvelles; et la reconnaissance d'une odeur après un délai pouvant varier de quelques minutes à quelques heures.

Dans le cas des patients atteints de la maladie de Parkinson, il y a très peu de différences de performance entre les quatre tâches: comparés aux groupes témoins, ces patients semblent être affectés de façon égale dans chacune des tâches. Par contre, pour ceux qui souffrent de la maladie d'Alzheimer, des différences significatives sont observées dans les tâches visant la distinction et la reconnaissance des odeurs, deux tâches impliquant la mémoire.

Le seuil diffère

En comparant les performances selon le type de maladie dégénérative, il ressort que les patients parkinsoniens ont un seuil de détection des odeurs plus faible que ceux souffrant de la maladie d'Alzheimer. «Les mécanismes neurologiques touchés ne sont donc pas les mêmes, en conclut Johannes Frasnelli. Les effets de la maladie d'Alzheimer se font surtout sentir dans les tâches nécessitant la mémorisation, alors que ceux de la maladie de Parkinson réduisent la sensibilité de la perception des odeurs, ce qui a des conséquences sur les trois autres tâches.»

À son avis, les tests de dépistage de ces deux maladies auraient donc avantage à inclure des tâches olfactives, puisque l'odorat est l'un des premiers sens altéré et qu'il l'est de façon très nette. La détermination du seuil de détection permettrait en outre d'établir de façon précoce si la perte neurodégénérative est due à la maladie d'Alzheimer ou à celle de Parkinson.

«Plus ces maladies sont détectées de bonne heure, plus on est en mesure de freiner leur évolution avant le stade clinique», souligne-t-il.

Les résultats de cette étude doivent paraitre sous peu dans la revue Behavioural Brain Research.

Daniel Baril

 

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