Qu'est-ce que l'éthique de la recherche?

  • Forum
  • Le 16 avril 2012

  • Marie Lambert-Chan

Longtemps, la recherche scientifique a agi selon le proverbe «on ne fait pas d'omelette sans casser des œufs». Au nom de la science, on a effectué des expériences discutables sur des populations diverses et vulnérables (enfants, handicapés, minorités ethniques, prisonniers, patients, etc.) sans jamais se soucier de l'individu.

Ces dérapages ont amené la société à se questionner sur les enjeux éthiques liés à la recherche. «Nous devons désormais prendre en considération à qui appartiennent les œufs et comment nous distribuerons de façon équitable l'omelette», illustre Simon Hobeila, éthicien intérimaire au Comité universitaire d'éthique de la recherche de l'Université de Montréal (CUER).

L'éthique de la recherche vise la protection des êtres humains qui prennent part à la recherche scientifique. «Elle est fondée sur le respect des personnes, le souci de leur bienêtre et de la justice», mentionne François Bowen, président du CUER.

On retrouve ces principes dans l'Énoncé de politique des trois Conseils: éthique de la recherche avec des êtres humains, la référence en cette matière au sein des universités canadiennes, ainsi que dans des dispositions du Code civil du Québec.

«En pratique, nous veillons à minimiser les risques associés à la recherche, nous nous assurons que les sujets qui participent aux études scientifiques le font de leur plein gré et en toute connaissance de cause et nous aidons les chercheurs et les étudiants à respecter leurs obligations envers ces derniers», signale M. Bowen.

L'approbation éthique

Pour les étudiants des cycles supérieurs, l'éthique de la recherche prend tout son sens quand vient le temps d'obtenir l'approbation du comité d'éthique. «Dès qu'on fait de la recherche impliquant des êtres humains, on a besoin de l'assentiment d'un comité d'éthique de la recherche (CER) avant de procéder au recrutement des participants», résume Simon Hobeila.

À l'UdeM, trois CER sectoriels évaluent les projets de recherche. Chacun emploie un conseiller en éthique de la recherche qui peut répondre aux questions des étudiants.

«Les étudiants appréhendent souvent cette évaluation, remarque l'éthicien. Pourtant, nous ne sommes pas un tribunal. Notre but est d'aider les étudiants à faire en sorte que leur recherche respecte les participants.»

François Bowen invite les étudiants à ne pas courir de risque: «Même si vous croyez que votre recherche ne nécessite pas d'évaluation, vérifiez auprès de votre conseiller en éthique.» Si, par malheur, vous poursuivez votre projet alors que vous aviez besoin d'une approbation, vous seriez potentiellement en situation de manquement vis-à-vis des règlements applicables. On pourrait même refuser de vous accorder votre grade. «Et certaines revues scientifiques rejetteront vos articles», ajoute Simon Hobeila.

La procédure pour obtenir cet aval est simple: une fois que votre directeur de recherche a approuvé votre projet, vous communiquez avec le conseiller de votre CER pour savoir s'il doit être évalué. Si c'est le cas, vous vous rendez sur le site Web du comité et montez un dossier qui répond aux exigences formulées.

«Ces documents devraient être remplis au fur et à mesure que l'étudiant établit son devis de recherche. Cela évitera bien des problèmes», estime François Bowen.

Vous pouvez déposer votre dossier en tout temps au comité et devez compter un minimum de trois semaines pour obtenir l'évaluation de votre projet. Pour éviter des délais inutiles dans votre échéancier, prenez connaissance du calendrier des réunions du CER. «Et sachez que les comités font relâche pendant l'été», rappelle M. Bowen.

Le conseiller vous transmettra ensuite les commentaires du comité auxquels vous devrez répondre afin d'obtenir l'approbation de votre projet. Attention, il ne s'agit pas d'un chèque en blanc, précise M. Hobeila. «Ce feu vert concerne le projet déposé. Si vous y apportez des changements, vous devez en informer votre CER.»

(Illustration: Benoît Gougeon.)