André Dallaire forme des chasseurs cris à la salubrité des viandes

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  • Le 23 avril 2012

  • Marie Lambert-Chan

Le pathologiste clinicien André Dallaire a donné un atelier visant à sensibiliser les chasseurs et les trappeurs aux anomalies, lésions ou parasites chez l’animal. (Photo: Bruno Girard)«L'animal est-il anormalement maigre? A-t-il la face couverte de poils piquants de porc-épic, signe qu'il en a mordu un et qu'il souffrirait de la rage? Le thorax contient-il un liquide jaunâtre? Les organes internes, comme le foie et la rate, sont-ils couverts de petites taches blanches? Tout cela devrait mettre la puce à l'oreille du chasseur averti», décrit le Dr André Dallaire.

 

C'est ce genre de renseignements que ce pathologiste et clinicien de la Faculté de médecine vétérinaire de l'Université de Montréal a communiqué à une quinzaine de chasseurs et trappeurs cris au cours d'une formation de trois jours donnée en mars dernier sur la qualité et la salubrité des viandes.

«Ces hommes fournissent volontairement à l'hôpital de Chisasibi des aliments traditionnels aux patients cris atteints de maladies chroniques, mentionne le Dr Dallaire. Il s'agit de personnes malades depuis longtemps et qui ont donc un système immunitaire affaibli. C'est pourquoi on tient à s'assurer que la viande sauvage qui leur est servie est de la meilleure qualité. Nous cherchions à aider ces chasseurs et trappeurs à reconnaitre des lésions ou des changements chez les animaux capturés leur indiquant qu'ils ont affaire à des bêtes malades.»

En collaboration avec le Conseil cri de la santé et des services sociaux de la Baie-James, l'hôpital de Chisasibi offre depuis quelques années des aliments traditionnels aux patients de la communauté admis pour des soins de longue durée. «L'établissement souhaite leur en fournir trois fois par semaine, mais il peine à atteindre cet objectif en raison du nombre insuffisant de chasseurs agréés», fait remarquer celui qui travaille aussi au Centre québécois sur la santé des animaux sauvages, dont les activités portent sur le diagnostic des maladies affectant la faune du Québec.

Plusieurs études scientifiques ont démontré les bienfaits de la nourriture traditionnelle sur la santé des peuples autochtones. «L'alimentation nord-américaine est problématique pour ces communautés où l'obésité et le diabète sont répandus, observe le Dr Dallaire. Les aliments traditionnels, de leur côté, ont non seulement une grande valeur nutritive, mais leur consommation force à faire de l'exercice. En effet, il faut chasser, pêcher et cueillir si l'on veut se les procurer. Et pour les patients, il y a un aspect très réconfortant à l'idée de manger une nourriture qui leur est familière, particulièrement chez les personnes âgées.»

Théorie et formation pratique

L'orignal, l'ours noir, le caribou, le lièvre d'Amérique, le porc-épic, le rat musqué, le castor, l'oie, la perdrix et le lagopède des saules sont les espèces que les chasseurs et trappeurs peuvent proposer à l'hôpital. C'est pourquoi les formateurs ont structuré leur atelier autour de ces animaux.

«Il y avait d'abord une partie théorique où, de façon simple et concise, nous leur expliquions différentes maladies propres à chaque espèce. Nous couvrions quatre aspects: la description de la maladie, sa cause, la possibilité de manipuler l'animal infecté sans danger pour eux, ainsi que la salubrité de la viande de l'animal pour l'être humain et pour le chien.»

Des nécropsies de petits mammifères, d'oiseaux et de poissons suivaient les exposés. Avec l'aide d'un pathologiste du ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec, les formateurs cherchaient à illustrer l'anatomie normale de ces animaux en plus de faire la démonstration de lésions potentielles ou de la présence de parasites. «Ce que nous n'avons pu faire, car tous les cas présentés semblaient en bonne santé», ajoute-t-il.

Les chasseurs et les trappeurs ont aussi été initiés à l'emballage sous vide, une méthode permettant une meilleure préservation de la viande à long terme que la simple congélation.

Les formateurs ont pu compter sur la présence de sages de la communauté, qui ont raconté leur expérience de la chasse et de la pêche à la nouvelle génération. «Cette rencontre fut très intéressante pour nous, rapporte le pathologiste. Ces sages parlaient des mêmes maladies que nous sans leur donner le même nom. Leur bagage de connaissances est important et c'est une chance qu'ils puissent le transmettre.»

La formation fut un grand succès, à un point tel que les organisateurs prévoient offrir l'atelier dans les prochains mois à d'autres communautés. «Cela me fera plaisir d'y participer de nouveau», annonce avec enthousiasme le Dr Dallaire.

Marie Lambert-Chan

 

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