Comment tirer un livre de votre thèse?

  • Forum
  • Le 23 avril 2012

  • Marie Lambert-Chan

Maintenant que vous avez en poche votre diplôme de Philosophiæ Doctor, avez-vous songé à donner une seconde vie à votre thèse en la transformant en ouvrage grand public? Votre directeur de recherche a-t-il déjà évoqué cette possibilité au cours de vos rencontres? En tant que nouveau diplômé, cette avenue peut se révéler très intéressante pour vous... dans la mesure où vous acceptez de consacrer encore quelques mois à votre sujet de thèse.

«Une fois la thèse terminée, le vrai travail commence. Il se publie beaucoup de livres chaque année: comment se démarquer ? En ayant le souci d'intéresser les lecteurs qui n'ont pas les mêmes préoccupations ni la même perspective qu'un directeur de thèse», confirme Antoine Del Busso, directeur général et responsable de la vente de droits des Les Presses de l'Université de Montréal (PUM).

Tout d'abord, la responsabilité de communiquer avec un éditeur vous revient. L'inverse se produit rarement. Envoyez votre manuscrit accompagné d'une courte lettre de présentation qui résume le sujet de votre thèse. «Soyez bref, car les maisons d'édition reçoivent de nombreuses propositions et disposent malheureusement de peu de temps, indique Nadine Tremblay, éditrice aux PUM. Nous accusons réception du manuscrit dans les jours qui suivent, mais le processus d'évaluation et d'édition peut parfois prendre de trois mois à un an. C'est le temps nécessaire pour lire le manuscrit, en évaluer la portée et vérifier si un ouvrage semblable n'a pas été lancé récemment ou ne le sera pas dans un avenir prochain.»

Toutes les thèses ne sont pas publiables. Et ce n'est pas la valeur du fruit de votre doctorat qui est remise en cause, mais plutôt l'attrait que votre livre exercera sur un public plus large.

Sachez que ce même public sera votre préoccupation constante si un éditeur vous prend sous son aile. «Avant, vous vous adressiez à votre directeur de recherche et aux membres du jury de soutenance, rappelle Antoine Del Busso. Vous deviez prouver que vous maitrisiez votre sujet en présentant une revue de la littérature, des références, des notes de bas de page, des tableaux, etc. Vous aurez à vous délester de ces composantes critiques, car vous serez appelé à transmettre vos connaissances à un public qui tient pour acquis votre compétence à traiter du sujet. C'est tout un changement de perspective.»

Assumez votre propos

Tirer un livre d'une thèse peut exiger plusieurs mois de travail. La première étape consiste à élaguer votre manuscrit original. Attendez-vous à devoir faire des coupes, qui peuvent aller jusqu'au tiers du manuscrit. «C'est un processus difficile, sinon douloureux, reconnait Nadine Tremblay. Les nouveaux docteurs sont habitués à justifier chacune de leurs assertions, ce qu'ils n'ont plus besoin de faire. Ce sont désormais des experts dans leur domaine et ils doivent assumer leur propos.»

Antoine Del Busso conseille pour sa part de miser sur les idées fortes que vous avez souvent gardées pour la conclusion. «Dans un livre, il sera sans doute trop tard: vous aurez perdu votre lecteur. Souvent, il est préférable de les intégrer à votre introduction. C'est ainsi que vous convaincrez votre lectorat de l'intérêt de votre ouvrage.»

Après cette transformation suivent plusieurs révisions, la mise en page, l'impression et la promotion. Encore une fois, lâchez prise. Le réviseur et l'éditeur vous suggèreront des modifications qui ont pour objectif de rendre votre message plus accessible et plus intéressant. «Le message vous appartient, signale Nadine Tremblay, mais vous devez permettre à vos lecteurs de se l'approprier.» Si vous voulez propager les connaissances que vous avez accumulées pendant toutes vos années d'études, vous savez maintenant par où commencer.

(Illustration: Benoît Gougeon)