Les zombies sont parmi nous!

  • Forum
  • Le 23 avril 2012

  • Mathieu-Robert Sauvé

Il hante les cimetières et défie les vivants; sa morsure peut faire basculer les bienpensants dans le monde des morts-vivants. Le zombie est partout, même au 80e congrès de l'Association francophone pour le savoir-Acfas, où ce thème réunira 16 conférenciers de plusieurs universités québécoises. «Depuis le début des années 2000, le zombie connait un regain de popularité au cinéma, dans la littérature et les jeux vidéos. Nous postulons qu'il contamine l'imaginaire occidental contemporain», explique Jérôme-Olivier Allard, coresponsable du colloque avec Simon Harel, directeur du Département de littérature comparée de l'Université de Montréal.

 

C'est l'étudiant au DESS en art, création et technologie qui a eu l'idée d'organiser cette rencontre, à laquelle le comité scientifique de l'Acfas a donné son aval avec empressement. Les propositions de communications ont afflué au point où il a fallu prolonger les plages horaires et refuser des offres. L'écrivain Joël Des Rosiers, Prix David 2011, prononcera l'allocution d'ouverture.

Traditionnellement, dans la culture vaudou, le zombie est un corps ramené à la vie par des pouvoirs surnaturels. Selon Wikipédia, il tire plutôt ses origines «des revenants putréfiés et agressifs qui apparurent dans l'art occidental à la fin du Moyen Âge et à la Renaissance». Sa version contemporaine est un corps partiellement décomposé, dépourvu de langage, qui se nourrit de chair humaine. Les organisateurs du colloque y voient la figure de l'étranger menaçant. «Vu de cette façon, le zombie est la figure symbolique de ces ennemis intérieurs qui peuvent nous contaminer. Ils sont présents autour de nous. Ils peuvent être des parents, des amis», signale Simon Harel.

Si la naissance du zombie comme vedette de cinéma remonte à La nuit des morts-vivants, de George A. Romero, en 1968, les attaques terroristes du 11 septembre 2001 marquent la relance officielle de cette figure postmoderne. Selon la Zombie Movie Database, une centaine de films mettant en scène des zombies ont été répertoriés depuis une décennie et une vingtaine de nouvelles productions s'ajouteront en 2012. Sans compter les jeux vidéos où le joueur doit combattre des zombies affamés. «Le zombie envahit aussi la littérature, la bande dessinée, les séries télé et l'art visuel. Comment expliquer cet engouement du public pour le mort-vivant anthropophage?» demande le texte de présentation du colloque.

Plus près de nous, des «marches de zombies» ont été organisées à Montréal en octobre 2011 et des étudiants ont repris ce thème dans une des manifestations contre la hausse des droits de scolarité au début du printemps. «Le zombie comme citoyen de troisième zone qui revendique le respect de ses droits, c'est une nouvelle expression de ce phénomène», indique Jérôme-Olivier Allard, qui rédige actuellement un mémoire sur ce thème à l'UQAM.

«Figure polysémique et investie idéologiquement, le zombie permet aux créateurs de représenter les citoyens marginalisés et de tenir un discours renouvelé sur la justice et l'équité sociale», peut-on lire dans la présentation du colloque.

Mathieu-Robert Sauvé

 

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