Quand les dentistes sortent de leur clinique

  • Forum
  • Le 23 avril 2012

  • Mathieu-Robert Sauvé

Des étudiants en médecine dentaire montrent à un itinérant comment se brosser les dents de manière efficace.Quand les jeunes itinérants ont mal aux dents, ils sont très souvent livrés à eux-mêmes et souffrent en silence dans les rues de Montréal. Or, la Faculté de médecine dentaire de l'Université de Montréal offre depuis plus d'une décennie des soins en plein centre-ville grâce à des équipes d'étudiants qui, encadrées par des dentistes cliniciens, soignent gratuitement ces jeunes démunis un jour par semaine à la clinique dentaire de la rue. Les étudiants qui ont participé à la création de cette clinique ont reçu un prix Forces Avenir en 2007.

 

Ce qu'on sait moins, c'est qu'il existe d'autres programmes destinés aux clientèles ayant des besoins particuliers en matière de santé dentaire et qui sont aussi pris en charge par la faculté. Par exemple, des étudiants se rendent deux fois par semaine depuis 2008 à la clinique REZO, de Montréal, qui se spécialise dans les soins pour les personnes à risque de contracter le virus du sida. Un autre programme de soins dentaires a été mis sur pied pour les gens âgés tributaires des services de soins à domicile en collaboration avec le CLSC de Notre-Dame-de-Grâce–Montréal-Ouest. Enfin, des étudiants supervisés par un dentiste clinicien se rendent au chevet des ainés hospitalisés ou en centre de jour à l'Institut universitaire de gériatrie de Montréal (IUGM).

«Tous ces programmes extramuros ont été instaurés afin d'offrir une formation adéquate à nos futurs dentistes tout en assurant un service clinique adapté à ces groupes vulnérables», explique le Dr Daniel Kandelman, professeur au Département de santé buccale et directeur du Centre international de prévention en santé dentaire pour les populations ayant des besoins spécifiques (le CIPSD). Créé il y a deux ans, le CIPSD vise à regrouper les différents programmes cliniques ainsi constitués et à favoriser le partage d'expertises internationales avec des spécialistes venus d'ailleurs.

«Le premier objectif de ces programmes est de sensibiliser les futurs dentistes aux réalités socioéconomiques vécues par d'importants groupes de la population afin qu'ils puissent traiter leurs problèmes buccodentaires dans les meilleures conditions possible», précise le Dr Kandelman, qui se consacre à la promotion de la santé buccale depuis plus de 25 ans.

Daniel KandelmanLe deuxième objectif est de faire connaitre le savoir-faire de l'UdeM aux échelons national et international. On veut, de plus, démontrer qu'il est possible de construire des partenariats entre la faculté, le ministère de la Santé et des Services sociaux, l'Ordre des dentistes du Québec, l'Association des chirurgiens dentistes du Québec et le réseau de la santé communautaire.

Approche fructueuse

Cette approche sociale de la médecine dentaire a donné de bons résultats. Aujourd'hui par exemple, les équipes cliniques peuvent se déplacer au domicile de patients âgés avec des équipements portatifs. On a aussi élaboré un programme de prévention pour les femmes enceintes des milieux défavorisés et d'immigration récente. «Nous avons constaté que les futures mères de quartiers pauvres manquaient de services non seulement pour elles mais aussi pour leurs bébés à naitre», mentionne le directeur du CIPSD.

Le Dr Guy Rostenne a implanté au CSSS de la Montagne une clinique où il effectue des examens dentaires chez les futures mamans. Il les dirige vers les cliniques spécialisées de la faculté quand leur cas est complexe. Le Dr Denys Ruel est depuis plus de 10 ans à la direction de la clinique dentaire de la rue et du programme dentaire en vigueur à la clinique REZO. Ces clientèles plus fragiles exigent une approche clinique particulière et adaptée à leurs besoins: «Un bon dentiste doit savoir intervenir auprès de l'ensemble de la population, signale le Dr Kandelman. La formation que nous proposons à nos étudiants tient compte de cette réalité.»

La plupart de ces activités pédagogiques ne sont pas obligatoires, mais le directeur du CIPSD affirme que les responsables n'ont aucun mal à recruter des étudiants. Le personnel est également très dévoué à ces causes. D'autres collaborateurs se sont ajoutés au cours des années: les Drs Joseph Outmezguine, Elissar Srouji et Germain Turgeon, respectivement responsable du programme des soins à domicile pour les personnes âgées, responsable du programme de promotion de la santé dentaire à l'IUGM et clinicien à la clinique dentaire de la rue.

S'est également jointe au mouvement l'association humanitaire Dentraide, composée d'étudiants en médecine dentaire. Seul organisme d'aide internationale formé par des étudiants en médecine dentaire au pays, le groupe se consacre à différents projets dans des pays en développement. L'Arménie, les Philippines, le Viêtnam, le Guatemala, l'Équateur, la Bolivie et le Mexique ont accueilli leurs membres venus entreprendre différentes missions. Puis, plus récemment, Dentraide s'est engagée de façon très assidue dans les programmes du CIPSD. Le Dr Kandelman est très fier d'avoir contribué au développement de ce secteur de la faculté. D'ailleurs, son engagement ne s'arrête pas là, puisqu'il utilise son passetemps favori, le piano, pour soutenir des ONG et des causes qui lui tiennent à cœur (voir «Mon dentiste est un pianiste!», Forum, 23 novembre 1998).

Mathieu-Robert Sauvé

 

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