Renards, couleuvres, grands pics et phasmes sur le campus

  • Forum
  • Le 23 avril 2012

  • Mathieu-Robert Sauvé

Le 18 avril dernier, notre photographe a trouvé sur son chemin un grand pic, posé sur une souche, dans le petit boisé bordant le boulevard Édouard-Montpetit, près des résidences étudiantes. Il s’agit de la femelle du seul couple de grands pics observé sur le mont Royal, qui aurait élu domicile aux abords du lac aux Castors il y a trois ans.Salamandres, couleuvres, renards, oiseaux de proie, phasmes, en plus d'une érablière exceptionnelle en milieu urbain, voilà ce que cachent les boisés du campus de l'Université de Montréal. «Quand on y regarde de près, la biodiversité du mont Royal est beaucoup plus riche qu'on aurait cru. Elle l'est presque autant que celle du mont Saint-Hilaire», mentionne Alexandre Beaudoin, conseiller en biodiversité au Vice-rectorat aux affaires étudiantes et au développement durable.

 

Au cours de la dernière année, le biologiste, apiculteur et étudiant de deuxième cycle a sillonné les boisés de l'UdeM afin d'inventorier la faune et la flore environnantes. Le rapport qu'il a déposé en décembre dernier fait état de 62 espèces d'insectes (dont près de 20 % de toutes les espèces de papillons observables au Québec) et d'une végétation étonnante.

L'érablière à caryer et l'érablière à chêne rouge, situées entre les résidences et la station de métro Université-de-Montréal, suscitent l'intérêt en raison de leurs valeurs patrimoniale et biologique. «En milieu urbain, c'est assez rare de trouver une forêt comme celle-là», indique Pascale Léger, architecte paysagiste (diplômée de l'UdeM) chargée d'étudier la valeur écologique du boisé pour le compte de la Ville de Montréal.

Bien que les promeneurs soient parfois envahissants – un réseau anarchique de sentiers s'est créé avec les années –, la forêt compte quelques noyers cendrés, cette essence rare qui est menacée par le chancre du noyer, un champignon qui a décimé la population nord-américaine. L'expérience de biologiste d'Alexandre Beaudoin pourrait être mise à profit, car il cherche à découvrir des individus capables de résister à la maladie. Le recours à des méthodes de séquençage d'ADN n'est pas exclu.

«Les observations d'Alexandre vont nous servir à mieux connaitre les lieux qui nous entourent, explique Stéphane Béranger, coordonnateur au développement durable. Certaines de ses recommandations sont déjà à l'étude, notamment l'installation de nichoirs pour des espèces fragiles ou vulnérables.»

Alexandre Beaudoin et Stéphane Béranger, deux personnes qui veillent à la protection des boisés de l’UdeM.Trente-deux recommandations

En effet, le rapport d'Alexandre Beaudoin sur la biodiversité se termine par 32 recommandations dont certaines sont plutôt originales. Ainsi, récolter de l'eau d'érable entre deux stations de métro... «C'était prévu dès cette année, les 3 et 4 avril, répond le jeune homme sans hésiter. Nous avions obtenu un permis de la Ville pour entailler quelques arbres. C'était une première. On se préparait à boire la montagne.» Malheureusement, l'activité a dû être annulée.

On pourrait aussi voir apparaitre des mangeoires à oiseaux ici et là, de façon à permettre aux amateurs d'ornithologie de se rincer l'œil. «Cent-quatre-vingt-deux espèces d'oiseaux ont été observées sur le mont Royal, dont 110 l'été et 19 l'hiver», dit le rapport. Certaines sont communes (mésange à tête noire, merle d'Amérique, pigeon biset) et d'autres plus occasionnelles (grand pic, bec-croisé bifascié, sizerin blanchâtre), rares (passerin indigo) ou exceptionnelles (petit-duc maculé, pic à tête rouge).

Ce qui a le plus surpris le biologiste durant la rédaction de son rapport? La variété d'espèces d'insectes. Les phasmes, qui prennent la forme de brindilles et de branches, sont communs dans la chênaie; certains jours d'octobre, il y en a tant qu'ils tombent littéralement du ciel. Le mont Royal serait le seul endroit au Québec où l'on peut les apercevoir.

Il a cherché à recueillir lui-même des spécimens d'insectes mais sans succès. Les pièges ont été visités par des ratons laveurs (endémiques sur le mont Royal), qui les ont pris pour des garde-mangers. Heureusement, un bilan entomologique avait été commandé en 2007. «C'est une partie bien documentée de la vie animale, déclare-t-il. Un entomologiste, Samuel Pinna, a répertorié les insectes existants il y a quelques années et nous avons pu utiliser ces informations précieuses.»

Forum avait évoqué les découverte de M. Pinna: 13 espèces de papillons avaient fait l'objet d'une première observation sur le mont Royal alors qu'un carabe, Trichotichnus autumnalis, était officiellement signalé pour la première fois au Québec (voir «Les insectes du campus sont d'une richesse insoupçonnée», Forum, 4 juin 2007).

An 2 des ruches

Pour Alexandre Beaudoin, la biodiversité n'exclut pas l'agriculture urbaine, qu'il pratique avec conviction. L'an dernier, avec un groupe d'étudiants, il a entretenu un potager sur un terrain vacant près du pavillon de la Direction des immeubles. La récolte de cerises de terre et de tomates s'est avérée particulièrement fructueuse. On relance le projet cette année en augmentant la superficie cultivée.

Les ruches «universitaires» pourraient doubler également et passer à quatre, car l'apiculteur a obtenu un succès respectable l'an passé, récoltant 20 kilos de miel de bonne qualité.

Alexandre Beaudoin a remporté une bourse d'implication sociale 2012 de 1000 $ offerte par les Services aux étudiants.

Le public est invité à découvrir les «Trésors cachés à l'UdeM: nature et apiculture» à l'occasion des 24 heures de science, le 11 mai de 13 h à 18 h. Le 6 mai, on invite aussi la communauté universitaire à participer à la corvée de nettoyage du boisé avec les Amis de la montagne.

Mathieu-Robert Sauvé

 

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