Découverte d'un profil neuronal associé à la consommation de drogue

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  • Le 7 mai 2012

  • Daniel Baril

(photo : iStockphoto)Qui dit adolescence dit comportements impulsifs. Cette caractéristique, observable également chez les autres mammifères et qui conduit parfois le jeune à agir avec témérité, peut être considérée comme une étape normale du passage de la dépendance de l'enfance à l'indépendance de l'âge adulte. Mais lorsque l'inhibition fait défaut, une trop grande impulsivité peut pousser à des comportements aux conséquences néfastes pour le jeune, telle la consommation abusive d'alcool et de drogue.

 

Comme l'impulsivité est un concept à multiples composantes, il parait plausible qu'elle repose sur divers réseaux cérébraux associés à ses divers aspects cognitifs et comportementaux. Cette multiplicité de réseaux vient d'être démontrée pour la première fois par la plus vaste étude en imagerie cérébrale à avoir jamais été réalisée.

L'étude, publiée dans l'édition en ligne de Nature Neuroscience du 29 avril, a mis à contribution 32 chercheurs de sept pays, dont Patricia Conrod, professeure au Département de psychiatrie de l'Université de Montréal, chercheuse au Centre de recherche du CHU Sainte-Justine et deuxième auteure de l'article. Près de 1900 adolescents âgés de 14 ans, recrutés au sein du projet européen de recherche longitudinale IMAGEN et vivant en Irlande, en Angleterre, en France et en Allemagne y ont participé.

Prédisposition à la consommation

Les sujets devaient accomplir une simple tâche consistant à appuyer sur un bouton lorsqu'ils en recevaient le signal sur un écran. Parfois, un second signal leur commandait de stopper le geste déjà amorcé. Cette tâche vise en fait à mesurer le degré d'impulsivité du jeune: plus il est impulsif, plus il aura de difficulté à inhiber son geste.

Les travaux ont permis de mettre au jour différents réseaux corticaux et sous-corticaux liés à l'inhibition du comportement. Un premier réseau, situé dans le cortex orbitofrontal, est apparu comme étant associé au risque de consommation d'alcool et de drogue. Les 99 adolescents qui avaient déjà fumé, bu ou consommé des drogues illégales affichaient en effet une activation neuronale réduite dans ce circuit.

Selon les chercheurs, cette hypoactivation précède la consommation plutôt qu'elle n'en résulte. Les adolescents affichant une activation réduite dans la zone en question sont plus impulsifs, éprouvent plus de difficulté à contrôler leurs gestes et, aux yeux des chercheurs, sont plus à risque de s'adonner à la consommation de cigarettes, d'alcool et de drogue. Ils y voient un biomarqueur potentiel qui pourrait éventuellement permettre de dépister les consommateurs à risque.

Patricia Conrod explique que l'hypoactivation neuronale précéderait la consommation de drogue plutôt que d'en être une conséquence.Impulsivité et TDAH

L'impulsivité est aussi l'une des caractéristiques du trouble déficitaire de l'attention avec hyperactivité (TDAH). Bien que les adolescents présentant l'un des symptômes du TDAH aient eux aussi des difficultés à inhiber leurs gestes, l'étude a montré que l'impulsivité est liée à ce trouble par un autre circuit que celui qui caractérise les consommateurs d'alcool et de drogue.

Les 171 adolescents ayant des symptômes précliniques du TDAH se sont distingués des jeunes du groupe témoin par une activation plus faible dans le cortex frontal et dans les ganglions de la base (noyau caudé, putamen, striatum) situés sous le cortex au centre du cerveau.

Pour l'équipe de chercheurs, ces résultats portent à penser que les structures cérébrales à la source des difficultés de contrôle de l'inhibition observées dans le TDAH et dans la consommation de stupéfiants sont sans doute indépendantes l'une de l'autre.

Les travaux ont également permis de découvrir qu'une variante du gène SLC6A2, qui code pour la noradrénaline (un neurotransmetteur de l'hypothalamus), est associée aux fonctions d'inhibition notées dans le cortex frontal droit.

La contribution de Patricia Conrod à cette première internationale a plus particulièrement porté sur les mesures de divers marqueurs de l'impulsivité validés dans des travaux antérieurs portant sur les comportements à risque liés à la consommation de tabac et d'alcool chez les adolescents.

Daniel Baril

 

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