Les faces cachées de la sérotonine

  • Forum
  • Le 7 mai 2012

  • Daniel Baril

Le Dr Édouard Kouassi est le principal organisateur d'un colloque de deux jours sur les multiples rôles que joue la sérotonine chez l'être humain.«La sérotonine est une petite molécule, mais elle en a dedans!» s'exclame Édouard Kouassi, professeur à la Faculté de médecine de l'Université de Montréal et chercheur au Centre de recherche de l'Hôpital Maisonneuve-Rosemont. Le professeur Kouassi est le principal organisateur d'un vaste colloque de deux jours consacré aux plus récents travaux sur la sérotonine qui se tiendra au 80e Congrès de l'Association francophone pour le savoir-Acfas.

 

La sérotonine est surtout connue en tant que neurotransmetteur présent dans une foule de fonctions dont le sommeil, la douleur, l'agressivité, le contrôle moteur, les fonctions alimentaires et sexuelles ainsi que la dépression. Pourtant, c'est dans le sang, plus précisément dans le sérum (d'où son nom), que la sérotonine a été découverte.

«La sérotonine cérébrale ne représente que cinq pour cent de toute la sérotonine que contient le corps, précise le chercheur. On la trouve dans tous les tissus, mais principalement dans les muqueuses gastro-intestinales et dans les plaquettes sanguines.»

Le colloque fera notamment le point sur les recherches de l'équipe du professeur Kouassi qui ont montré que la sérotonine protège les globules rouges de la mort cellulaire. «Il est important que les globules rouges demeurent dans le sang suffisamment longtemps pour qu'ils jouent correctement leur rôle, souligne-t-il. Le sang prélevé pour les transfusions commence à se dégrader après deux semaines et cela comporte des risques dans certains cas comme lors des chirurgies à cœur ouvert.»

Cette découverte ouvre donc la voie à des procédés de conservation qui pourront assurer la meilleure qualité possible des cellules sanguines. Un brevet a d'ailleurs été enregistré avec l'aide d'Univalor et d'Héma-Québec.

Placenta et neurotransmetteurs

Pas moins de 25 communications et une dizaine de présentations par affiches sont au programme de ce colloque intitulé «Les faces cachées de la sérotonine». Plus d'une centaine de chercheurs du Québec, du Canada et de France y présenteront leurs travaux.

Parmi les chercheurs de réputation internationale, on pourra entendre Francine Côté, du Centre national de la recherche scientifique à Paris, qui travaille sur un modèle animal – une souris mutante sans sérotonine périphérique (en dehors du cerveau) – pour étudier l'importance de cette molécule dans les globules rouges.

Cathy Vaillancourt, de l'Institut national de la recherche scientifique, détaillera une découverte récente, soit la production de sérotonine par le placenta.

La sérotonine cérébrale ne sera pas laissée de côté, puisque Luc Maroteaux, de l'Institut national de la santé et de la recherche médicale à Paris, traitera de l'interaction entre sérotonine et dopamine dans l'impulsivité. Stéphane Potvin, professeur à la Faculté de médecine de l'UdeM et chercheur au Centre de recherche Fernand-Seguin de l'Hôpital Louis-H. Lafontaine, abordera le rôle de la sérotonine dans la douleur chez l'être humain. M. Potvin fait également partie d'une équipe qui se penche sur les débalancements des systèmes sérotoninergiques dans les cas de dépression et de fibromyalgie.

Une séance du colloque sera consacrée au rôle de la sérotonine dans les troubles de l'alimentation, de l'humeur et du sommeil. Y prendra entre autres la parole le Dr Roger Godbout, professeur à l'UdeM et responsable de la Clinique du sommeil à l'Hôpital Rivière-des-Prairies, qui parlera de la production atypique de la sérotonine chez les autistes, une cause possible de leurs troubles du sommeil.

Club francophone de la sérotonine

Le colloque se terminera par le lancement du Club francophone de la sérotonine. «Il s'agit d'un forum de discussion qui regroupera les scientifiques du monde francophone qui travaillent sur la sérotonine, explique Édouard Kouassi. Il existe déjà un forum anglophone centré sur la sérotonine cérébrale et qui se réunit une fois tous les deux ans. Nous voulons créer le pendant francophone avec notre club, qui sera axé sur la sérotonine périphérique et qui tiendra des rencontres en alternance avec celles du forum anglophone.»

Ce colloque se déroulera les 9 et 10 mai.

Daniel Baril

 

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